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Politique

Des moyens pour les hôpitaux !

5ème vague : Véran dévoile une stratégie sanitaire dictée par le MEDEF

Alors que la situation sanitaire s’aggrave partout sur le territoire, le gouvernement se met une nouvelle fois au service du patronat en mettant au cœur de ses annonces de ce jeudi la responsabilité individuelle et en refusant toute mesure conséquente face à la 5e vague. À l’allègement du protocole dans les écoles primaires et la stigmatisation des non-vaccinés, opposons l’augmentation des moyens dans les hôpitaux et l’Education Nationale ainsi que la gratuité des tests et des masques !

jeudi 25 novembre

Crédit Photo : AFP

« Je ne vous annoncerai ni confinement, ni couvre-feu, ni fermetures, ni restrictions » a jugé bon d’annoncer avant toute chose le ministre de la Santé ce jeudi. En conférence de presse, Olivier Véran accompagné du directeur général de la santé Jérôme Salomon s’est essayé à la délicate démarche du « en même temps » version sanitaire. Tout en assumant que, « oui, le virus circule à nouveau, vite et partout en France », le ministre de la Santé a voulu distiller de l’espoir – « il n’y a aucune fatalité face à ce Covid et ses cycles » – en revendiquant la politique du gouvernement comme étant suffisamment efficace pour éviter toute mesure drastique. « La donne a changé, nous avons les moyens de nous prémunir collectivement (…) nous avons une des couvertures vaccinales les plus fortes au monde (…) le passe sanitaire est très efficace » a-t-il poursuivi, faisant ensuite allusion à la flambée épidémique dans les pays européens à laquelle nous échapperions grâce aux mesures de l’exécutif.

Les chiffres de la reprise épidémique ont été détaillés par Jérome Salomon, jouant les sages scientifiques lors de cette conférence de presse. Dressant une « tendance internationale préoccupante » du fait de la faible couverture vaccinale générale, le directeur général de la santé a néanmoins insisté sur le statut d’épicentre de la 5e vague de l’Europe avec un taux d’incidence de 270 pour 100 000 habitants, plus de cinq fois supérieur au taux mondial. En France, ce taux est de 193 pour 100 000 habitants et l’indice de contamination est établi à R1,6 ce qui équivaut à un doublement des cas tous les onze jours. Ainsi, le pays s’apprête à dépasser le pic de nouvelle contamination de la 4e vague avec 36 000 nouveaux cas en 24 heures.

Une stratégie criminelle de responsabilisation individuelle : le pari du gouvernement pour satisfaire le patronat

S’il est difficile d’apprécier précisément la dynamique de contamination à défaut de tests massifs et gratuits, il est certain que la situation est très tendue et suit de près les courbes européennes avec quelques jours de retard. Selon le médecin Christian Lehmann dans Libération, « le système de santé de ville est en extrême tension, et l’hôpital en passe d’être submergé » alors que le pic devrait être atteint courant décembre et que les soignants sont profondément épuisés et en sous-effectifs – sans compter les congés de nombre d’entre eux qui doivent être pris à cette période de l’année.

Mais pour le gouvernement, pas question de prendre quelconque mesure conséquente contre l’épidémie. Non seulement Macron est à quelques mois d’une nouvelle élection présidentielle et compte bien conserver un bilan victorieux du chapitre sanitaire, mais il s’agit aussi de rassurer le patronat qui indiquait il y a quelques jours s’opposer à toute restriction sur l’économie et en particulier au retour au télétravail.

C’est donc sans surprise que la responsabilité individuelle a constitué l’axe centrale de l’intervention d’Olivier Véran, allant même jusqu’à dire que « nous sommes tous en première ligne face aux gestes barrières ». Hormis la réinstauration plus que tardive du masque en intérieur décrétée à partir de ce vendredi, le gouvernement fait mine de contrecarrer la cinquième vague en misant sur les mesures individuelles. « Consommer un maximum de gel », « éviter de se faire la bise », « prendre des bonnes habitudes et rester vigilent à tout instant » : le ministre n’a pas hésité à faire de son allocution un tuto des bons réflexes face au rebond épidémique – un comble alors que Jean Castex et Gérald Darmanin se serraient la main devant les caméras avant que le premier soit diagnostiqué positif au Covid.

Dans le même temps, le ministre de la Santé a annoncé officiellement le conditionnement de la validité du passe sanitaire aux plus de 18 ans vaccinés il y a plus de sept mois à une dose de rappel avant le 15 janvier. Se fondant sur une étude de The Lancet indiquant la réduction de l’efficacité du vaccin à partir du cinquième mois, l’exécutif en profite pour renforcer sa stratégie du tout-vaccinal alors même qu’elle ne permet pas de prévenir toute flambée courant décembre.

D’une part car « cette ré-augmentation de la protection contre les contaminations a été calculée à deux semaines (…), on ne sait pas à l’heure actuelle si ce rappel augmente durablement, ou seulement passagèrement, la protection contre la contamination » indique le médecin Christian Lehmann. D’autre part car seul le fait de briser les chaînes de contamination par les tests permettent d’infléchir la courbe en ciblant la question clé de la transmission. Or, le gouvernement refuse de revenir sur le déremboursement des tests et a même annoncé réduire à 24h la durée de validité des tests. Une mesure préjudiciable comme l’indique l’épidémiologiste Pascal Crépey de l’université de Rennes dans l’Obs. « Dans une période de rebond épidémique, pendant laquelle l’enjeu est de s’assurer que tous les outils de lutte contre le Covid-19 sont au maximum de leur efficacité, il faut pouvoir s’assurer que les personnes infectées, quel que soit leur statut vaccinal, soient détectées le plus rapidement possible. En étant positives plus longtemps sans s’isoler les personnes malades peuvent potentiellement contaminer plus de monde. »

En parallèle, Jean Michel Blanquer a annoncé lors de cette conférence la généralisation sur tout le territoire de l’allègement du protocole sanitaire dans les écoles primaires, consistant à ne plus fermer les classes lorsqu’un élève est contaminé. Après avoir admis que le secondaire constituait l’épicentre de l’épidémie dans les établissements scolaires avec 8 500 classes fermées et plus de 3 000 cas d’élèves malades, le ministre de l’Education Nationale prévoit ainsi une mesure allant totalement à rebours de toute logique de prévention qui ouvre la porte à l’aggravation du rythme de contamination dans les écoles tout en ne donnant aucune indication sur la manière dont les élèves confinés pourront suivre les cours sans que l’enseignant n’ait à se dédoubler. Une façon d’évacuer la problématique brûlante du manque de moyens dans l’Éducation afin de faire face à la pandémie en faisant reposer sur les parents et les enseignants la prise en charge de l’isolement des élèves tout en permettant aux parents de continuer à travailler au bureau comme le préconise le Medef.

Les non-vaccinés toujours en ligne de mire du gouvernement et de ses mesures autoritaires

Tout en revendiquant qu’il soit possible « encore de passer cette vague sans recourir aux outils les plus contraignants », Olivier Véran n’hésite pas à revendiquer l’efficacité du passe sanitaire – et son extension aux marchés de Noël – qui incarne pourtant une mesure très autoritaire comme le rappelle l’épidémiologiste Antoine Flahault : « La France a déjà, dans une certaine mesure, confiné les non-vaccinés puisque l’on ferme les bars, les cinémas, les salles de sport et les transports publics à ceux qui ne détiennent pas le pass ».

En parallèle, le ministre ne lésine pas sur les allusions au confinement et pointe d’ores et déjà les non-vaccinés du doigt comme les coupables des éventuelles futures mesures autoritaires en cas de flambée – qu’il affirme pourtant pouvoir éviter grâce à quelques gestes barrières. Appelant « solennellement à franchir le pas » de la vaccination, le ministre n’hésite néanmoins pas à durcir le ton face aux non-vaccinés en estimant qu’il « est dommage de mettre sa vie en danger pour une idée fausse ». L’idée sous-jacente est finalement donnée en fin d’intervention : « si nous agissons en liberté et en responsabilité, nous pourrons dépasser cette 5e vague sans davantage de restrictions c’est notre vœu le plus cher ». Autrement dit, si flambée il y a, elle sera uniquement le fait des non-vaccinés qui pousseront alors le gouvernement à mobiliser son arsenal répressif habituel. De quoi se déresponsabiliser en agitant les tensions entre vaccinés et non-vaccinés, largement cultivées par les médias.

Usant à outrance tout au long de l’intervention l’exemple autoritaire des pays européens comme l’Autriche ou les Pays-Bas, Olivier Véran fait ainsi planer le spectre de nouvelles mesures restrictives sans prendre aucune mesure de nature à sérieusement freiner la courbe de contamination afin de satisfaire le patronat.

Pour faire face à la 5e vague : gratuité des tests et des masques, et des moyens pour l’hôpital

Alors que la tendance européenne est extrêmement préoccupante et que l’ensemble du système hospitalier ne semble pas en mesure d’absorber une nouvelle vague quand bien même celle-ci serait plus étalée dans le temps, il s’agit de revendiquer une stratégie sanitaire conséquente à rebours de celle du gouvernement.

En premier lieu, le retour à la gratuité des tests doit se faire en urgence afin d’avoir une réelle visibilité sur l’état de la situation. En parallèle, la gratuité des masques est importante pour réduire les contaminations sans appauvrir les ménages déjà acculés par la hausse du coût de la vie. Plus largement, c’est l’augmentation des moyens dans les établissements de santé ainsi que la hausse des salaires et des effectifs de soignant qu’il faut revendiquer pour mettre fin à la casse criminel de l’hôpital public. Des revendications à arracher par la mobilisation.




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