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Edito

6 février. Retraites, E3C, LPPR : construire un second round contre Macron et son monde

Il ne faut pas se mentir : la manifestation interpro du 6 février ne suffira pas à elle seule à faire reculer le gouvernement. Pourtant, deux mois après le 5 décembre, la colère est toujours aussi profonde avec une tendance à la coagulation de différents secteurs. De la bataille des retraites encore ouverte à la lutte contre les E3C dans les lycées ou la LPPR dans l’enseignement supérieur, jusqu’aux avocats toujours fortement mobilisés, les fronts de lutte se multiplient, même si une nouvelle locomotive, à même de lancer une nouvelle grève majoritaire, fait encore défaut.

mercredi 5 février

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Gare de l’Est – Nation, après la manifestation en demie-teinte du 29 janvier, la journée de mobilisation de demain pourrait apparaître comme une énième journée isolée, impuissante à défaire le gouvernement. Une impression plutôt en phase avec le dernier communiqué de l’intersyndicale, dont la tonalité semblait indiquer une forme de résignation à une stratégie de « pression », qui abandonnerait tendanciellement l’objectif du retrait au profit de maigres concessions obtenues par les parlementaires.

Pourtant, la dynamique générale semble loin d’acter une quelconque défaite. Si la grève reconductible est en pause à la RATP et à la SNCF,moteurs de la première phase du mouvement, l’ambiance n’est pas à la démoralisation. De sorte même que de nombreux cheminots, traminots, machinistes, techniciens pourraient être à même de se lancer dans un nouveau round si une nouvelle locomotive partait en grève reconductible ou si la jeunesse prenait massivement la rue. C’est en ce sens que avant-garde reste mobilisée et prépare activement cette perspective en se liant à des secteurs de poids tels que les raffineries ou l’énergie.

Dans les lycées, les blocages des E3C se poursuivent malgré la répression qui se déchaîne. Lycéens et enseignants entendent bien faire retirer la réforme Blanquer tout en continuant de se lier à la mobilisation interprofessionnelle pour peser face au gouvernement. Dans les universités, les professeurs, personnels et étudiants construisent patiemment une mobilisation contre la LPPR et la réforme des retraites, que beaucoup considèrent comme des combats indissociables. Avec une vague de blocages de facs prévu demain à Paris, Saint-Denis ou Montpellier, ce mouvement qui entre dans une semaine importante pourrait opérer un saut.

Cette dynamique exprime les éléments de coagulation et de contagion de la détermination de l’avant-garde mobilisés autour du noyau de la SNCF et de la RATP au cours d’une grève historique en durée. , Une mobilisation qui voit maintenant s’élargir les revendications qui vont au-delà de la réforme des retraites. D’autant que du côté de la lutte contre le projet de loi du gouvernement, de nouveaux secteurs se font entendre. Ces derniers jours, ce sont les éboueurs qui à Marseille et à Paris, ont fait la une de l’actualité. A Marseille, c’est la grève des éboueurs qui est au cœur de la dynamique. A Paris, si les éboueurs sont mobilisés et actifs dans les blocages, c’est la mobilisation des personnels des incinérateurs, salariés du privé en grève à 60%, et l’arrêt des fours qui a durci le mouvement. Les ordures commençant à s’accumuler, la Préfecture a lancé une nouvelle réquisition lundi pour briser la grève en relançant l’un des incinérateurs pour traiter les déchets qui emplissent les fosses de stockage..

Cette dynamique générale, couplée à la multiplication des signaux de faiblesse du côté du gouvernement, à l’image des récentes décisions du Conseil d’Etat ou de la polémique autour du congé de deuil, mais aussi des possibilités offertes par un calendrier parlementaire semé d’embûches, ouvre des nouvelles perspectives pour un retour à un niveau de conflictualité supérieur, une grève reconductible majoritaire qui pourrait s’étendre à de nouveaux secteurs. Le début d’extension montre que cela est possible, mais il révèle aussi en creux l’absence de travail de l’intersyndicale en ce sens.

Sans porter un programme offensif contre la précarité, le chômage et les licenciements, l’extension au privé apparaît en effet comme purement incantatoire. En ce sens, à l’heure où de nouveaux secteurs s’agrègent à la mobilisation contre les retraites, il est temps d’élaborer un programme à même d’englober une bataille plus large contre le gouvernement, ses réformes néo-libérales et son monde. C’est à cette condition qu’il est possible de vaincre et de mettre dans la bataille l’ensemble des forces combatives du mouvement ouvrier, de la jeunesse ou encore des quartiers populaires.




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