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Politique

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746 morts depuis 1977 : oui la police tue

Oui, la police tue. Si le gouvernement et Darmanin souhaitent réduire au silence ceux qui le rappellent, il faut le dire à nouveau. La police tue et plutôt 746 fois qu'une depuis 1977 d'après une enquête de Basta media.

vendredi 15 octobre

Crédits photo : THOMAS SAMSON / AFP

« Évidemment la police tue. Steve à Nantes, à Marseille, une dame qui fermait ses volets [NDLR : Zineb Redouane] pendant une manif des gilets jaunes, Rémi Fraisse il y a quelques années, et je crois que dans les quartiers populaires c’est une quinzaine de jeunes qui sont tués par la police annuellement » a déclaré le conseiller municipal bordelais Philippe Poutou, invité sur le plateau de FranceInfo ce jeudi matin.

Suite à ce passage de Philipe Poutou sur le plateau de FranceInfo, Darmanin s’est empressé d’attaquer le porte-parole du NPA, jugeant ses mots « insultants et indignes d’un élu de la République ». La veille déjà, il avait dénoncé une « attaque portée aux femmes et hommes qui nous protègent », lorsqu’un membre de la mairie de Cachan avait déclaré « croyais que le but de la police, c’était de protéger la population et pas nécessairement de posséder des armes pour tuer, parce que c’est ça la signification en bon français courant »

Oui, la police tue

Comme l’a affirmé Anasse Kazib dans son tweet de soutien à Philippe Poutou « il faut l’affirmer haut et fort : la police tue et en toute impunité. Darmanin veut faire taire la dénonciation des crimes policiers et insulte toutes les familles de victimes ». Oui la police tue, et ce n’est pas un phénomène nouveau. C’est d’ailleurs pour ça que des milliers de personnes sont sorties dans la rue et ont manifesté, pour la justice et la vérité et pour dénoncer les violences policières, il y a un peu plus d’un an suite au meurtre de George Floyd aux États-Unis.

À quelques jours du 17 octobre, date de commémoration des 60 ans du 17 octobre 1961, lors duquel plus de 100 algériens étaient jetés dans la seine par la police, il est central de rappeler que la police a toujours eu pour rôle de réprimer dans la violence les personnes de notre camp social et en premier lieu les populations des quartiers populaires et issues de l’immigration.

On pense évidemment à toutes ces personnes qui sont mortes entre les mains de la police, de Zyed et Bouna, à Ibo, à Cédric Chouviat, Zineb Redouane, ou encore à Ibo, pour qui une marche était organisée il y a quelques jours à Sarcelles. Une enquête menée par Basta media a montré que 746 personnes sont décédées des suites d’une intervention policière ou suite à l’action d’un policier en dehors de son service, de janvier 1977 à juin 2020 en France. C’est sans compter tous les mutilés, les personnes humiliées, celles qui croupissent en prison alors qu’elles sont en réalité victimes, à l’image de ce qu’aurait subi Michel Zeckler si son agression n’avait pas été filmée.

Toujours selon l’enquête de Basta média, les 213 affaires à propos desquelles des informations quant à d’éventuelles poursuites sont accessibles, seules dans 10 cas les policiers coupables ont fait l’objet d’une condamnation à une peine de prison. Donc dans 95% des cas les policiers accusés bénéficient de non-lieu, ne sont même pas poursuivis, ou bénéficient de peine de sursis. L’impunité règne donc, sans aucun doute, puisque les policiers auteurs de telles violences ne sont jamais condamnés, voire sont même parfois récompensés..

Derrière cette plainte, la volonté de museler toute critique des violences policières et institutionnelles

Le fait pour Darmanin de porter plainte contre Philippe Poutou qui affirme que « la police tue », est l’expression d’une volonté de faire taire toute critique de la police, de murer dans le silence tous les militants antiracistes et politiques qui se battent au quotidien contre ces violences policières mais plus largement contre les institutions de l’État. Dans cette période électorale très marquée par les discours réactionnaires et sécuritaires, le gouvernement envoie un message clair à toutes celles et ceux qui dénoncent les violences et pratiques policières : ils n’ont pas leur place dans le débat et oser en parler peut leur valoir une attaque en justice.

Cette offensive n’est pas nouvelle, on pense par exemple à la famille Traoré qui se bat pour la justice et la vérité après la mort d’Adama entre les mains de la police, et qui subit une offensive d’une extrême violence par la classe politique, dont plusieurs de ses membres ont par exemple fait l’objet de poursuites en justice. On pense aussi à Darmanin qui s’était offusqué à l’Assemblée nationale que l’on puisse parler de violences policières suite à la mort de Cédric Chauviat entre les mains de la police. On pense aussi à des féministes comme Anna Toumazoff qui, après avoir recueilli et publié sur les réseaux sociaux des témoignages démontrant les violences subies par des victimes d’agressions sexuelles de la part de policiers lorsqu’elles ont porté plainte, a fait l’objet d’une offensive du préfet de la région qui n’a pas hésité à la menacer de poursuites judiciaires pour diffamation.

Ces offensives permettent de maintenir une impunité totale grâce à une inversion des rôles : les policiers sont dépeints comme les victimes, et ceux qui luttent pour la justice comme les « séparatistes », les « antirépublicains » qui osent remettre en question les institutions.

Cette attaque s’inscrit aussi dans la continuité de l’offensive islamophobe et liberticide du gouvernement, qui a prononcé ces derniers mois la fermeture administrative de plusieurs associations ou organisations telles que le CCIF et Barakacity, puis plus récemment la LDNA.. De la même manière, il s’agit d’envoyer des messages politiques forts et d’intimider les organisations politiques et associatives de gauches qui dénoncent les institutions étatiques telles que la police et les discriminations structurelles qui sont entretenues par celles-ci. Alors que les discours réactionnaires et racistes en tout genre nous sont servis à longueur de journée, avec Zemmour faisant l’apologie de la haine raciale et de la guerre de civilisations, critiquer l’institution policière n’est pas permis.

Darmanin et le gouvernement cherchent aussi par là à maintenir les débats sur un terrain très à droite, en plaçant le curseur sur un terrain extrêmement réactionnaire pour éviter tout débat sur les questions réelles soulevées par la population, telles que la question des violences policières, mais aussi des violences de genre, du chômage, de la casse des services publics, etc. C’est aussi une manière pour eux de chercher à rallier la gauche institutionnelle derrière un front « républicain », qui respecte les institutions de la république et en l’occurrence la police.

En ce sens, l’ensemble des organisations syndicales, politiques et associatives qui se revendiquent de gauche et du progrès social devraient dénoncer cette offensive et apporter leur soutien à Philippe Poutou, pour faire front contre cette volonté de nous passer sous silence et de nous interdire toute critique des institutions. Accepter cette offensive et ne pas se solidariser avec Philippe Poutou, c’est accepter que l’on nous empêche toute dénonciation de l’institution policière, mais plus largement toute dénonciation des politiques de l’État et de ses institutions. Nous devons réaffirmer sans aucune concession que oui, la police tue, et que oui, nous continuerons de le dénoncer.




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