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Du Pain et des Roses

Du Pain et des Roses

8 mars : une journée de lutte internationale contre le capitalisme patriarcal et impérialiste

Dans l'Etat Espagnol, les militantes du collectif Du Pain et Des Roses (Pan y Rosas) appellent à faire du 8 mars une journée de lutte révolutionnaire pour les droits des femmes et contre le capitalisme, en refusant les illusions institutionnelles de la coalition au pouvoir !

mercredi 4 mars

Ce 8 mars, encore une fois, des centaines de milliers de femmes à travers l’État Espagnol doivent se mobiliser dans une grande journée de lutte contre la violence machiste, contre l’obscurantisme de l’éducation religieuse financée par l’État, pour mettre fin à la précarité du travail, contre la xénophobie de l’extrême droite et le racisme institutionnel.

Alors qu’une centaine de femmes meurent encore chaque année de féminicides dans l’État Espagnol, l’extrême droite tente de remonter des siècles en arrière en imposant son PIN parental [proposition de réforme visant à autoriser les parents à refuser les cours d’éducation sexuelle dans les écoles] et en niant la violence sexiste. De son côté, face aux attaques les plus conservatrices, le gouvernement propose comme mesure principale une loi d’égalité sexuelle qui, bien qu’elle intègre plusieurs revendications des derniers mouvements de femmes, continuera à renforcer le Code Pénal pour augmenter les peines, sans aborder le problème de fond des changements fondamentaux qui seuls permettent de combattre la violence de cette société capitaliste et patriarcale.

Parce que les jeunes femmes et les étudiantes veulent plus d’éducation sexuelle en classe et pour éradiquer l’éducation religieuse dans nos écoles, nous exigeons la séparation immédiate et totale de l’Église et de l’État et une augmentation du budget de l’éducation.

Parce que les travailleuses les plus précaires ont de nombreuses raisons de se battre, parce que nous sommes accablées par la double journée de travail, la précarisation, le chômage et les attaques historiques contre les droits du travail, produits des réformes du PP et du PSOE, que ce gouvernement de coalition n’a pas l’intention d’abroger, mais seulement de retoucher. Nous demandons l’abrogation des réformes du travail et la fin de la sous-traitance.

Parce que nous continuons à exiger la fermeture des prisons pour migrants que sont les CIE [Centres d’Internements pour Etrangers que le gouvernement de coalition n’entend pas remettre en cause] et que nous luttons pour l’abrogation de la loi sur les migrations, nous manifestons contre les politiques xénophobes de l’Europe « forteresse » appliquées par le ministre Marlaska, qui renforce les frontières et maintient les expulsions.

Parce que dans nos quartiers, nous voyons comment la gentrification se répand et nous chasse, avec des milliers de femmes expulsées de leurs maisons et des loyers de plus en plus inaccessibles aux jeunes et la multiplication des maisons’ de jeu et paris profitant de la jeunesse précaire, pour continuer à profiter des grands contrats de football et des fonds d’investissement. Nous demandons l’expropriation des appartements vides aux mains des banques et la mise en place de logements sociaux, des logements adaptés pour toutes les femmes qui subissent la violence de genre.

Contre les pièges du progressisme néolibéral et les attaques de l’extrême droite : renforcer la lutte dans les rues

Depuis deux ans maintenant, la grève des femmes en Espagne est un exemple international, qui a permis de paralyser complètement les écoles, collèges et lycées et les universités, des centaines de bureaux, de magasins et d’entreprises dans tout le pays. Le mouvement féministe a réussi à imposer aux directions bureaucratiques des syndicats majoritaires d’appeler à la grève – pour au moins deux heures - tandis que les syndicats les plus à gauche appelaient à des grèves de 24 heures, ce qui a généré une extension et une profondeur jamais vues auparavant dans les jours de lutte de 8M.

Cette année, dans plusieurs pays, des grèves ont été déclenchées le 8 mars, comme en Italie (désormais interdite par le gouvernement sous prétexte du coronavirus) et au Chili, mais ce ne sera pas le cas dans la majeure partie de l’État Espagnol. Comme le 8 mars tombe un dimanche, une grande partie des syndicats ont profité de ce prétexte pour ne pas appeler à la grève - à l’exception de certaines régions comme la Catalogne et l’Aragon, entre autres.

Dans les assemblées féministes, certaines ont repris différents arguments pour s’opposer à la grève du travail, en expliquant que le 8 mars était un dimanche, qu’il est difficile pour les femmes immigrées sans contrat de faire grève - ce qui est vrai, mais qui ne justifie pas d’abandonner cette arme de lutte – ou encore que nous devrions « institutionnaliser » nos revendications. La réalité est que de nombreuses femmes favorables aux partis au pouvoir ont estimé qu’il n’était pas approprié de faire grève cette année, deux mois avant le début de l’investiture de la coalition au pouvoir. Des secteurs du mouvement des femmes accompagnent cette idée en regardant davantage du côté des institutions que de celui des grandes avancées que le mouvement des femmes a réalisées après deux années de grèves générales féministes et de manifestations massives, organisées lors de réunions nationales qui n’ont pas eu lieu cette année – alors même que d’autres pays ont lancé de telles initiatives sur la base de l’exemple espagnol.

Aussi, bien que nous ayons été nombreuses à défendre la nécessité de préparer une grande grève générale féministe qui paralyserait tout, les tendances à la modération ont prévalu, en lien avec la volonté du gouvernement qui préfère que la rue se taise et diffuse l’idée que les revendications seront réalisées par l’action des ministres depuis leurs bureaux et leurs ministères.

Pourtant, à un mois et demi de la mise en place du gouvernement de coalition, son double discours et ses énormes limites sont déjà visibles, et Podemos et IU devront accepter de nombreuses concessions pour satisfaire le gouvernement social-libéral. L’exemple d’Alberto Garzón, qui a reculé face aux intérêts des sociétés de jeu et des magasins de paris, est une nouvelle illustration, après que Podemos ait signé un pacte avec le PSOE dans lequel ils s’engageait à remplir les objectifs de « l’équilibre fiscal » de l’UE, applaudit le monarque pour sa « loyauté constitutionnelle » ou réaffirmé la légitimité des pactes internationaux avec l’OTAN et leurs missions impérialistes. Les lois sur les étrangers, les déportations sauvages et les CIE sont également maintenues, ainsi que le refus d’abroger toutes les réformes du travail qui nous précarisent.

Hormis quelques gestes symboliques, quelques mesures cosmétiques et des modifications du Code Pénal concernant la violence de genre, le gouvernement dirigé par le PSOE n’ira pas au-delà d’un féminisme social libéral. Alors qu’Irene Montero propose une loi sur l’égalité des sexes au ministère de l’égalité, les clés du gouvernement sont contrôlées par Nadia Calviño, une ministre néolibérale qui est une amie d’Ana Botín [Présidente de la Banque Espagnole Santander, l’une des banques espagnoles les plus puissantes au monde, elle s’est notamment faite connaître comme une femme entrepreneuse « forte » et est reconnue par la classe politique et économique espagnole]. Il ne peut y avoir d’égalité des sexes quand il y a de la précarité, des loyers inaccessibles et de la pauvreté pour des millions de personnes. Il ne peut y avoir d’égalité entre les sexes lorsque les femmes migrantes sont traitées comme du matériel jetable dans des emplois sans droits.

Ce 8 mars, les partis du régime seront à nouveau dans les manifestations, pour défendre un féminisme à visage social-libéral, tandis que des franges du mouvement féministe crient dans les rues « Patriarcat et capital, alliance criminelle », dénonçant le racisme institutionnel et les multiples oppressions dont le système nous accable.

C’est pourquoi il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de reprendre ces banderoles et de laisser ce 8 mars exprimer dans les rues un bloc anticapitaliste, anti-impérialiste, antiraciste et anti-patriarcal, qui rassemble les organisations politiques, les syndicats et les collectifs féministes combatifs dans la perspective d’un mouvement indépendant du régime, du gouvernement et de ses partis.

De Pain et des Roses vous invite à manifester à ses côtés, et à construire un féminisme révolutionnaire pour mettre fin au système capitaliste patriarcal. Parce que nos droits ne se mendient pas, ils se conquièrent !




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