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Politique

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9 mai : fonctionnaires et Gilets Jaunes dans la rue pour construire le rapport de force

Après la présentation du rapport CAP 2022 et du projet de loi concernant la fonction publique, un arc de forces syndicales appelle à la grève ce jeudi 9 mai. Une opportunité de convergence avec les Gilets Jaunes qui luttent contre la casse du service public depuis de nombreux mois.

mardi 7 mai

En dépit de la profonde mobilisation des Gilets Jaunes qui dure depuis plus de six mois, malgré la mobilisation massive des enseignants récemment et la colère sourde des travailleurs de la santé, Macron et son gouvernement comptent bien dérouler leur agenda de contre-réforme. Après la casse du code du travail et de la SNCF, c’est la fonction publique qui est dans le viseur.

Cette réforme est clé pour Macron à plus d’un titre. D’un point de vue économique, après avoir promis quelques mesurettes (baisses des impôts, suppression de la taxe d’habitation…), les suppressions de postes dans la fonction publique représentent les principales sources de financements.

Politiquement, la fonction publique incarne « l’irréformable » par excellence du système français. Pour Macron s’en prendre au « mammouth » c’est réaliser une démonstration de force politique en vue d’envoyer un message à sa base sociale, notamment la droite, réaffirmant sa volonté de « dégraisser » et réaliser des économies. Contraint de reculer sur son ambition réformatrice après six mois de Gilets Jaunes, la bourgeoisie tend à s’impatienter et perd confiance dans la capacité de son héraut à poursuivre l’offensive, à tel point que certains n’y croient plus.

Nicolas Beytout, éditorialiste à l’Opinion, se lamentant de l’absence de résultat d’Emmanuel Macron après deux ans pouvoir, lui qui avait tant promis : « Il serait, disait-il, un président « et-de-gauche-et-de-droite », un chef de l’Etat efficace. Deux ans après, les résultats ne sont pas là, et beaucoup de chances ont été perdues. Alors, on va vite, dans l’espoir fébrile que les résultats apparaîtront. »

Repartir vite et fort, et s’assurer le soutien de sa base sociale : voilà l’enjeu pour Macron lorsqu’il s’en prend à la fonction publique.

Suppressions de poste, précarisation, privatisation…

En cohérence avec le rapport CAP 2022, le projet de loi de « transformation de la fonction publique » représente une attaque sans précédent.

Tout d’abord, il y a les suppressions de poste prévues d’ici 2022 : pas moins de 120 000 emplois sont concernés. Et ce alors que dans de nombreux secteurs de la fonction publique, le travail s’effectue déjà à flux tendus. Il suffit de penser aux conditions de travail désastreuses du personnel hospitalier, et les conséquences sur la prise en charge des patients.

Mais ce projet de loi vise également à fournir tout un arsenal permettant de précariser massivement les fonctionnaires. D’une part en favorisant l’embauche via des contrats courts (CDD, contrats de projet – sur le modèle des contrats de chantier dans le BTP – pouvant aller jusqu’à six ans non renouvelables…) et en facilitant les licenciements, notamment avec l’instauration de la rupture conventionnelle. D’autre part en permettant l’externalisation de services entiers et le détachement obligatoires des fonctionnaires dans le privé.

Cette contre-réforme cherche également à individualiser le parcours professionnel dans la fonction publique, au travers d’un système d’évaluation au mérite et de sanctions, laissés au bon vouloir des supérieurs hiérarchiques, et de la disparation des instances représentatives du personnel, notamment le CHSCT. Ce qui n’est pas sans rappeler la casse du code du travail introduite par les lois travail successives. En d’autres termes, les travailleurs seront laissés à la merci de la direction de leur établissement (en pouvoir de décider de leur avancement, de leur salaire…), sans possibilité de se défendre collectivement.

Enfin, cette loi veut également renforcer l’arsenal répressif existant dans la fonction publique, avec par exemple la possibilité d’exclure durant trois jours un agent de l’enseignement supérieur et de la recherche sans même passer par un conseil de discipline. C’est-à-dire donner toute latitude à la direction pour priver un travailleur de trois jours de salaire.

Des conséquences directes sur les usagers

Au-delà des conditions de travail dramatiques que cela augure pour les fonctionnaires, si ce projet de loi venait à être appliqué il aurait évidemment une incidence importante sur la qualité du service public et donc sur les usagers.

L’augmentation de la charge de travail reposant sur un nombre toujours plus restreint d’agents, le manque de moyens humains et financiers, a des conséquences graves dans de nombreux secteurs de la fonction publique. Problèmes de sécurité dans les transports et exposition croissante à des accidents, problèmes d’hygiène et impossibilité de prendre en charge les patients convenablement dans le domaine de la santé, classes surchargées dans les écoles…

Celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’accéder à des cliniques privés, de payer l’entrée de leurs enfants dans des écoles d’élite, vont faire les frais de ce service public au rabais, avec le lot de violence sociale que cela implique.

Une jonction nécessaire entre travailleurs et usagers

Dans ce contexte, les Gilets Jaunes se sont saisi de cette problématique et ont mis la défense du service public à l’honneur lors du dernier acte de mobilisation, en faisant notamment la tournée des hôpitaux pour exiger davantage de moyens.

La journée de grève du 9 mai, appelée par un arc de force très large (CFE-CGC, CFTC, CFDT, CGT, FA-FP, FO, FSU, Solidaires et Unsa) est une opportunité pour qu’un pan important du monde du travail se joigne à celles et ceux qui se mobilisent depuis plus de six mois, autour d’intérêts communs. La radicalité des Gilets Jaunes a déjà permis de faire chanceler Macron. Ce dernier, mis dos au mur, ne peut reculer dans son ambition réformatrice sans envoyer un signal terrible à sa base sociale.

Pour le faire plier, il est nécessaire que les travailleurs, du public comme du privé, se mettent massivement en grève afin d’instaurer un rapport de force conséquent. En poursuivant dans la lignée des contre-réformes tout en se heurtant à l’opposition dans la rue des Gilets Jaunes, ce dernier prend le risque d’aiguiser le climat de tension sociale, ce qui ne manque pas d’échapper aux plus lucides des analystes de la classe dominante, dont Jérôme Sainte-Marie, politologue qui livre son point de vue au Figaro : « Mais en réussissant à durer, même à travers des mobilisations réduites, les « gilets jaunes » ont instillé un doute quant à la capacité du pouvoir macronien à réformer le pays dans un climat raisonnablement apaisé. […] Malgré des renforts venus de la droite et de la gauche, le pouvoir en place a renoué avec l’impopularité de ses prédécesseurs. Or, son programme est beaucoup plus ambitieux, ce qui crée une tension inédite dans la société dont le phénomène des « gilets jaunes » est une des traductions. Dans ces conditions, l’impopularité d’Emmanuel Macron ouvre la voie à une opposition extraparlementaire avec tous les risques pour la paix civile que cela comporte. »

En cela, le 9 mai constitue une date importante, susceptible d’ouvrir un nouveau front contre le gouvernement et sa logique de rentabilisation. Fragilisé après les fake news en série de Castaner, et face à une difficulté croissante de maintenir l’ordre, il est important de faire de cette date une mobilisation d’ampleur en vue de préparer la suite.




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