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Politique

Précarité étudiante

À Amiens, une chercheuse interpelle Macron sur la précarité des doctorants

Jeudi 21 novembre, lors de sa visite à l'université d'Amiens, une chercheuse a interpellé Macron à propos des conditions précaires de vie et de travail des doctorants.

samedi 23 novembre 2019

Dans un contexte où un camarade lyonnais s’est immolé devant le CROUS, le tabou de la précarité étudiante jusqu’alors normalisé a éclaté. Les étudiants, qui jusqu’alors baignaient dans l’idée qu’être pauvre était normal et que tout s’arrangerait après leurs études avec leur entrée dans le marché du travail, remettent aujourd’hui leurs perspectives d’avenir en cause. Macron, sentant bien le mouvement étudiant prêt à éclater à tout moment, est allé rendre une visite à l’université d’Amiens pour tâter le terrain auprès des étudiants.

C’est alors qu’une jeune doctorante l’interpelle, mettant en lumière la précarité qui touche aujourd’hui les doctorants : “on parle de gens qui n’ont rien à manger. Pourquoi on n’a pas agi plus tôt ?”. En effet, un quart des doctorants ne sont pas financés ; en sciences humaines et sociales, ils sont 38% seulement à l’être. Beaucoup font des cours en tant que vacataires et 10% n’ont aucun revenu. Ces chiffres montrent une fois de plus le manque de moyens alloués aux étudiants, les mettant ainsi dans une situation de précarité qui les pousse à devoir travailler. Ainsi, “il y a 17 000 vacataires qui effectuent plus d’un demi-temps plein d’enseignants-chercheurs”. Opportunité idéale pour le gouvernement qui s’économise la création de 13 000 postes d’enseignants-chercheurs à temps plein.

Face à cette précarité, les promesses en l’air ne fonctionnent plus, la doctorante lance ainsi à Macron : “on leur dit, ce sera l’année prochaine que vous mangerez, mais c’est tous les jours qu’on mange, [...] être au-dessus du SMIC, ce serait la moindre des choses”. En effet, les chercheurs reçoivent un financement de 14 centimes en-dessous du SMIC.

Face à ce mécontentement, la réponse de Macron se limite à un projet de loi “[visant] justement à pouvoir rémunérer les doctorants”. Mais cette loi, loin d’augmenter les financements des doctorants, vise au contraire, dans le cadre général du projet néolibéral de Macron, à restreindre cet accès au financement. Ainsi, Macron déclare “Il faut être clair dès le début sur ce qu’on décide de financer. Quand il n’y a pas de postes, il faut leur dire. Il faut ouvrir des postes, mais ne pas laisser les gens s’engager dans des filières sans financement.” Ce qui est très clair, c’est que le gouvernement compte bien diminuer encore plus le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, comme il l’a fait pour tous les services publics, des hôpitaux aux transports.

Contre cette casse de l’enseignement supérieur, la réponse doit venir des étudiants eux-mêmes. Ainsi, des assemblées générales ont eu lieu dans plusieurs universités, réunissant plusieurs centaines d’étudiants, comme à Lyon 2 ou au Miral/Jean Jaurès à Toulouse. Tous se sont accordés pour dire que la seule façon de mettre fin à la précarité étudiante, c’est d’accorder un revenu étudiant à la hauteur de nos besoins, soit à la hauteur du SMIC. Mais ce sur quoi les diverses organisations du mouvement étudiant devraient s’entendre, c’est sur le moyen de financer ce revenu ; ainsi, nous refusons qu’il soit financé par les impôts “en général”, ce qui laisserait la porte ouverte au gouvernement pour asphyxier encore plus les classes populaires, notamment par le biais de taxes à la consommation, ces mêmes taxes qui avaient jeté les Gilets jaunes dans la rue. 500 familles les plus riches de France possèdent 19% du PIB, c’est à elles de payer ! De plus, nous revendiquons l’expropriation sans rachat des logements vides pour qu’ils soient mis à la disposition des étudiants, ainsi que des plans de construction à proximité des campus pour loger dans l’urgence tous les étudiants qui risquent de se retrouver à la rue à l’approche de l’hiver ou le sont déjà. Nous réclamons aussi un accès à la santé pour toutes et tous, ainsi que le retrait des mesures sélectives mises en place par Macron (loi ORE, hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers,...). Enfin, nous demandons le retrait de la réforme des retraites, mais également l’instauration d’une retraite à 60 ans (55 pour les métiers pénibles) pour toutes et tous, quelle que soit la durée de cotisation et le type de contrat, financée par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes.

Pour obtenir toutes ces revendications, le mouvement étudiant a un rôle à jouer, surtout dans la perspective de la grève illimitée à partir du 5 décembre. Les étudiants ont tout à gagner à se battre aux côtés des travailleurs, qui ne se battent pas que pour leur retraite mais également pour l’avenir de leurs enfants. Dans ce sens, les étudiants doivent s’organiser sur leurs facs dans le sens de cette grève, afin de construire une véritable grève générale qui puisse affronter le gouvernement.

Crédits photo : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP




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