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À Bali, un G20 marqué par les tensions géopolitiques et les conséquences de la guerre en Ukraine

Ces mardi et mercredi, les chefs d’État des grandes puissances mondiales sont réunis à Bali, en Indonésie. La rencontre entre Joe Biden et Xi Jinping et l’absence de Vladimir Poutine ont été largement remarquées, mais les bonnes intentions ne sauront cacher le contexte de tensions internationales renforcé par la guerre en Ukraine.

mardi 15 novembre

Une rencontre marquée par la situation mondiale

La traditionnelle rencontre entre les grandes puissances mondiales s’organise cette année à Bali, en Indonésie. Tout au long du sommet, les volontés d’afficher un réchauffement des relations internationales ont été affirmées, après plusieurs années d’interruption de rencontres multilatérales aussi larges. On retiendra tout particulièrement la première rencontre en présentiel entre Joe Biden et Xi Jinping en tant que chefs d’État depuis l’élection de Joe Biden. Autre fait notable : le sommet s’est déroulé en l’absence de Vladimir Poutine, remplacé par son ministre des Affaires Étrangères Lavrov ce mardi, et en présence -via vidéo-conférence- du président ukrainien Zelensky.

La rencontre rassemble généralement les États dont la place dans la définition de la situation géopolitique mondiale est centrale (90% du PIB mondial et deux tiers de la population mondiale), ainsi que les institutions internationales comme l’ONU et le FMI. Derrière un slogan vide, appelant à se « retrouver tous ensemble, plus forts  », on voit mal comment les déclarations de bonnes intentions pourraient cacher la montée des tensions géopolitiques internationales et les incertitudes économiques, bien qu’elles cherchent à montrer des intentions de dialogue.

Poutine absent, les occidentaux cherchent à isoler la Russie

Plusieurs chefs d’États étaient absents de cette rencontre, comme Jair Bolsonaro, qui se fait discret depuis sa défaite aux élections présidentielles contre Lula, le 30 octobre dernier. Mais l’absence la plus marquante cette année reste bien évidemment celle de Vladimir Poutine. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, déclarée le 20 février dernier, les occidentaux ont cherché à cette occasion à isoler Vladimir Poutine. Preuve en est la volonté de signer une déclaration commune d’intention, condamnant « l’époque des guerres » et donnant lieu à une condamnation potentielle de l’utilisation des armes nucléaires qui devrait être définitivement signée ce mercredi. L’intention initiale des occidentaux était de proposer une déclaration qui condamnerait la guerre déclarée par la Russie à l’Ukraine, mais celle-ci a vite été balayée par la Russie et ses alliés, ou par les États cherchant à conserver un certain degré d’indépendance du fait de leur propre agenda géopolitique, comme l’Inde.

De son côté, le président ukrainien a profité de l’occasion pour parler d’un provocateur « G19 » sans la Russie, et a tenu son discours belliciste habituel, renforcé par la débâcle russe récente à Kherson. En effet, la situation militaire de la Russie depuis le début de la guerre s’est surtout illustrée par une suite d’échecs, qui pourraient prendre une dimension stratégique, et ses alliés le savent. En témoigne la réaffirmation par Xi Jinping, allié mondial le plus important de Poutine, de l’idée selon laquelle le G20 « doit résolument s’opposer à la tentative de politiser les questions alimentaires et énergétiques ou de les utiliser comme outils et armes », faisant référence aux incertitudes quant à l’attitude russe concernant les accords sur l’exportation des céréales ukrainiennes par la Mer Noire dont les conséquences internationales seraient désastreuses.

Afficher de bonnes intentions ne cachera pas la réalité de la situation géopolitique mondiale

La situation internationale de ces derniers mois a été marquée par une montée des tensions géopolitiques et une incertitude économique importante. Les États Unis et l’Union Européenne connaissent des séquelles importantes de la guerre en Ukraine, avec une inflation historique. L’Asie est marquée par une montée des tensions générées par les chocs entre les États-Unis et la Chine, comme en témoignent la dernière crise initiée par le lancement de 23 missiles par la Corée du Nord le 2 novembre dernier, ou encore la venue de Nancy Pelosi à Taïwan qui avait aboutit à un niveau maximal de tensions militaires.

Ces tensions sont en réalité liées à des tendances de fond, que les déclarations de bonnes intentions ne sauraient cacher : la volonté de Joe Biden de restructurer le front occidental autour de l’OTAN et sous l’égide américaine pourrait très vite se trouver érodée du fait des conséquences économiques de la guerre, alors même qu’Olaf Scholz visitait la semaine dernière Pékin pour la première fois depuis le début du troisième mandat de Xi Jinping. Comme le rappelait récemment Juan Chingo : « Parallèlement aux dissensions croissantes sur le front oriental, notamment sur la manière dont la guerre doit se terminer, et aux voix qui commencent à se faire entendre au sein de la politique étrangère allemande pour critiquer la guerre économique contre la Russie comme une « aberration » et recommander une fin rapide des sanctions, cette opposition allemande à la politique menée par les États-Unis contre la Chine promet des relations orageuses entre Berlin et Washington dans un avenir proche. »

De plus, on saurait difficilement confondre les reculs militaires récents de la Russie avec une potentielle résolution pacifique du conflit. Au contraire, la fragilisation de la Russie sur le front ukrainien pourrait aussi aboutir à une compensation par une escalade militaire, comme en témoignent les récents bombardements massifs d’infrastructures. De plus, les soupçons de l’implication russe quant à l’explosion qui a eu lieu ce mardi soir à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine, ayant fait deux morts, pourraient avoir des conséquences importantes dans les prochains jours.



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