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Notre classe

A Bridgestone et ailleurs, les patrons licencient, les directions syndicales essayent de dialoguer

Les directions syndicales, y compris les plus « contestataires » comme celles de la CGT continuent de réclamer plus de dialogue social avec Macron et attendent qu’il bataille contre le Medef. L’annonce de la fermeture de Bridgestone est une énième démonstration que cette politique mène les travailleurs à la défaite, et au chômage. Il faut un plan de bataille global contre les licenciements !

samedi 14 novembre

Jeudi matin, Philippe Martinez était invité dans la matinale de France 2. Confinement, écoles, petits commerces, vaccin, télétravail, le secrétaire général de la CGT a été questionné sur les sujets d’actualité. Une grande orientation bien présente sur tous les sujets : Martinez a besoin de dialoguer socialement avec Macron et le gouvernement, « d’être associé aux décisions ».. Après avoir crié sur tous les toits leurs espoirs en Castex, homme de dialogue (comme cela avait déjà été le cas avec Delevoye sur les retraites, avec la même déconvenue), les directions syndicales sont encore une fois très déçues. « On nous passe un coup de fil un quart d’heure avant, on nous dit "voilà comment ça va se passer" et on considère que c’est du dialogue social ». Est-ce parce que Macron refuse de leur parler qu’elles restent si silencieuses quand près d’un million d’emplois ont été détruits ces derniers mois et que les PSE se multiplient dans tous les secteurs, arrosés d’argent public ?

La scène a de quoi être un peu redondante, même pour les amateurs du comique de répétition. Les directions syndicales appellent au dialogue, sont ignorées, rappelées de justesse quand le gouvernement se sent en faiblesse (d’innombrables cadres de dialogues ont été annoncés pendant le mouvement des Gilets jaunes, le Ségur de la santé visait à canaliser la colère qui menaçait d’exploser dans la santé), puis de nouveau mises à la porte. Mais toujours confiantes, et conscientes de leur rôle de « partenaires » à prendre en compte et écouter pour les que mesures gouvernementales soient « mieux acceptées » comme le dit Martinez ce jeudi matin, elles se remettent à patienter. Sauf que le comique finit toujours par virer au tragique. Dernier exemple en date à Béthune où Bridgestone vient d’annoncer la fermeture définitive.

« Nous y avons cru, raison pour laquelle le site est resté admirablement calme pendant 2 mois, le gouvernement nous a apporté un projet, on l’a mis sur la table, on l’a regardé, on était prêt à l’accepter, il y avait des solutions cela tenait la route et Bridgestone l’ont balayé en 5 minutes. » explique le délégué syndical CGT local.

Il est clair que le patronat veut profiter du contexte marqué par la crise sanitaire, le confinement, la crise économique et la peur du chômage qu’elle engendre, pour passer en force et justifier les pires attaques anti-sociales et autoritaires. Mais loin d’opposer une contre-pression à cette situation, les directions syndicales contribuent à la renforcer et justifient par elle leur politique de conciliation de classe.

La direction politiques qu’elles impriment au mouvement ouvrier et aux sections locales est celle de l’accompagnement des plans sociaux aux côtés du gouvernement, des capitalistes qui licencient, et des potentiels capitalistes qui voudraient bien reprendre l’activité, les subventions qui vont avec et repartir dans quelques années.

A Béthune, l’intersyndicale, à peine remise du choc de l’annonce de la fermeture poursuit dans sa politique de collaboration avec Xavier Bertrand (ministre du travail de 2010 à 2012 qui se rêve aujourd’hui en candidat de la droite pour 2022), qui y connaît donc un rayon dans l’art d’aider les capitalistes à licencier leurs salariés, fort de l’expérience des grèves contre les fermetures d’usines post-2008.

« Face au refus cynique de Bridgestone, nous attendons un soutien sans faille des pouvoirs publics pour appuyer nos revendications et permettre la mise en place d’un plan social ambitieux donnant aux salariés le temps et les moyens de retrouver un emploi et d’être indemnisés à la hauteur du préjudice subi » Communiqué de l’intersyndicale.

Après avoir voulu négocier avec l’État et les patrons pour éviter la fermeture de l’usine, sans opposer la moindre résistance (un véritable fiasco pour les travailleurs), l’intersyndicale accélère dans cette direction mais cette fois pour des indemnités de départ ! Que pèsent ces quelques miettes face à la perte d’un emploi, occupé parfois depuis plusieurs années ? Que valent ces quelques mois de salaire face à la perspective d’un chômage de longue durée, quand le tic-tac de la bombe à retardement des faillites en chaîne se fait de plus en plus pressant : les prêts garantis et la politique de chômage partiel ne maintiendront pas éternellement la faillite inévitable de nombreuses entreprises (la dette privée battant aujourd’hui des records). Une perspective où les capitalistes feront payer leur crise encore plus fort aux salariés, plus de suppressions d’emploi, plus de chômage !

Face aux PSE, APC et autres attaques, il faut un plan global. Ce qui implique de faire la guerre et de rompre une bonne fois pour toute avec l’idée du dialogue social, si chère aux directions syndicales. Quel dialogue possible entre les exploiteurs et les exploités, entre les patrons et les ouvriers ? Qu’est-ce que l’on peut attendre de Macron et ses sbires du capital (que l’intersyndicale de Bridgetstone appelle modestement « les pouvoirs publics ») alors qu’ils ont passé le plus clair de leur temps à massacrer les droits des ouvriers et des classes populaires, qu’ils ont été élus avec un programme de combat au nom du patronat ? Il faut refuser de manière intransigeante les licenciements, toute lutte serait autrement vouée à la défaite : on ne peut pas se battre en ayant déjà accepté les règles du patron et qu’à la fin il arrivera à mener ses plans à bien pour sauver les profits au détriment de la vie des travailleurs. Rompre avec le dialogue social d’une part mais surtout engager une lutte d’ensemble, travailleurs de tous les secteurs, chômeurs contre les licenciements, contre toute baisse de salaire ! Si Macron ne veut pas discuter avec Martinez, Veyrier, Berger ou les autres, le patronat ne cesse de rappeler la nécessité du dialogue sociale entreprise par entreprise : un excellent moyen de diviser les forces des travailleurs, de les enfermer dans des rythmes de négociation différents et empêcher toute coordination entre salariés chez les sous-traitants, donneurs d’ordres, entre différentes branches etc.

La réponse des directions syndicales est criminellement absente. Face à des licenciements qui touchent de la même manière tous les travailleurs et travailleuses du pays, aucune riposte globale n’est à l’ordre du jour. La seule perspective évoquée par Martinez dans « ses 4 vérités » sur France 2 ce jeudi matin est une interpellation à Elisabeth Borne, ministre du travail, pour qu’elle « cogne du poing sur la table » face au Medef sur le dossier du télétravail face à la sur-exploitation permise par le travail à la maison. Sauf que quand Borne et ses collègues tapent du poing sur la table, au bout de la chaîne, c’est un flic qui tape sur les travailleurs, contre les cheminots, contre les traminots de la RATP pour détruire le service public des transports et l’ouvrir à la concurrence.

Nous n’avons pas besoin de suppliques au gouvernement. Nous avons besoin d’un plan de bataille car, pendant que le gouvernement et les patrons nous font la guerre, les bureaucraties restent l’arme au pied. Une entrée en jeu du mouvement ouvrier sur la scène politique, contre les licenciements, les baisses de salaire et les fermetures de boîtes pourraient radicalement changer l’ambiance sécuritaire et anti-populaire qui domine. Les grèves les plus combatives devraient être mises en avant comme des exemples à suivre, à l’image de Toray dans les pyrénées-Atlantiques, devraient être soutenues financièrement, matériellement par toutes et tous et les fonds des centrales syndicales mises à contribution dans ce but, pour les faire gagner et encourager toujours plus de salariés à relever la tête.

A Béthune, dès maintenant cela implique de rompre avec ceux qui ont mené les ouvriers dans le mur avec la stratégie perdante d’avance du dialogue social et du « pas de vagues » à coup de marches silencieuses, rompre avec tous les politiques qui ne voient dans la misère sociale que des bulletins de vote et des tremplins pour leur propre carrière. Les travailleurs de Bridgestone peuvent se battre pour empêcher tout licenciement et la fermeture, en occupant l’usine, en empêchant la destruction des infrastructures, des machines. L’attaque contre Bridgestone est déjà un symbole de la rapacité et de la violence patronale, la riposte ouvrière pourrait être un signe et un exemple pour toute notre classe qu’il est l’heure de passer à l’action.

Dans tous les cas, l’immobilité imposée par la stratégie des directions syndicales aux ouvriers de Béthune (mais les cas similaires se comptent par dizaines) doit être un signal d’alarme pour toute notre classe que les attaques des patrons contre nos vies ne sont pas soumises à amendement. Elles doivent être refusées et combattues en bloc.




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