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Société

85 organisations et 176 personnalités contre l'expulsion des migrants

A Calais, Cazeneuve détruit une partie de la « jungle » à coup de bulldozer

Dom Thomas Vendredi dernier, la Préfecture de Calais a pris un arrêté ordonnant aux occupants de la zone sud du camp de migrant.e.s, zone appelée « La Lande », de quitter les lieux d'ici ce soir mardi 23 février. Dans un appel publié aujourd'hui, 85 organisations et 176 personnalités affichent leur opposition à cette décision et incitent à soutenir les migrant.e.s concerné.e.s.

lundi 22 février 2016

Le couperet est tombé vendredi 19 février : l’Etat, par l’intermédiaire de la Préfecture de Calais, a ordonné à une partie des migrants vivant dans la dite « jungle » de Calais d’évacuer les lieux. Cette évacuation concerne plusieurs milliers de personnes vivant dans des conditions déjà précaires, et qui pour la plupart n’auront d’autre recours que de se déplacer ailleurs pour reconstruire les maigres abris qu’ils avaient réussi à installer. Evacuer puis raser la « jungle » signifie détruire une à une les installations établies peu à peu par les migrants pour tenter d’améliorer leur quotidien : cafés, restaurants et épiceries de fortune, lieux de culte, petites écoles, cabane d’aide juridique, espaces de soins, et même un théâtre sous chapiteau. Rien ne sera proposé à la place puisque les migrants sont incités à accepter d’être dispersés ailleurs en France, sous prétexte de bénéficier d’un accompagnement réservé à certains seulement, et proposé à court terme. Sur place, les installations sont construites par les autorités sont des baraquements dignes de camp de concentration : les migrants sont invités à dormir dans des cabanes de chantier contenant 12 lits par pièce, où tout autre mobilier est interdit et où aucune intimité n’est possible.

Dans ces conditions, il est bien évident que l’évacuation ne répond pas à la nécessité de lutter contre des conditions de vie indécentes, mais bien de pourchasser encore et toujours les migrants.

Dès vendredi, huit organisations humanitaires ont adressé une lettre ouverte à Bernard Cazeneuve. Elles se sont vu répondre que l’opération visant à raser le camp aurait lieu en vertu du respect des droits des migrants. Sous prétexte d’ « opération humanitaire », le ministre de l’Intérieur affirme que l’opération se fera par la persuasion et non par la contrainte.

Bernard Cazeneuve n’est pas à une hypocrisie près. En mai 2014, fraîchement nommé, il supervisait donc les évacuations dans le centre-ville de Calais, dont les raisons affichées étaient les mêmes : il est évident que pour lutter contre une épidémie de gale, la meilleure manière consiste à précariser encore plus les personnes concernées.

Faut-il également rappeler à Cazeneuve qu’en septembre 2009, à l’annonce de l’évacuation d’une partie de la « jungle » par Eric Besson qui se targuait d’humanisme exactement comme Cazeneuve le fait aujourd’hui, le PS avait publié un communiqué dans lequel il dénonçait cette logique de déplacements successifs et de précarisation, « les mêmes causes produisant les mêmes effets », et exigeait « des garanties sur les conditions d’hébergement, l’accès au droit d’asile des exilés et l’accompagnement des mineurs isolés » ?

Cette politique ne date pas d’hier, et s’inscrit dans la continuité de l’évacuation du camp de Sangatte en décembre 2002. Le hangar de la Croix Rouge avait alors été vidé puis détruit par l’Etat, sous la pression de la société Eurotunnel qui déplorait des pertes financières, et celle des élus locaux qui craignaient des agressions qui n’avaient pas eu lieu

Une audience aura lieu cet après-midi pour tenter d’annuler l’arrêté : une étape de plus dans l’épopée judiciaire concernant Calais. En novembre, le tribunal administratif de Lille avait condamné l’État à procéder en urgence à des améliorations, décision qui avait été confirmée par le Conseil d’État.

Mais on voit bien que les décisions judiciaires, déjà rarement favorables aux migrants, ne suffisent pas : à quoi bon ordonner d’installer des points d’eau, des toilettes et le ramassage des ordures, quand l’Etat procède quelques mois plus tard à la destruction d’une partie du camp ?

L’appel en soutien aux migrants contre la décision de la Préfecture de Calais, lancé il y a 48h, a d’ores et déjà été signé par 85 organisations et 176 personnalités. Relayé par Le Monde et Mediapart ainsi que les sites des organisations signataires, il s’inscrit dans la continuité de l’appel des 800, lancé il y a 4 mois, et des autres initiatives de solidarité telle que celle de comédiens britanniques, dont Jude Law, venus jouer un spectacle devant 200 migrants dimanche dernier. Il est encourageant de voir que de part et d’autre de la frontière, malgré l’instrumentalisation de la situation par les médias et les partis politiques, PS en tête, les prises de conscience se multiplient au gré de la répression qui s’abat sur les migrants et leurs soutiens, à l’image de Rob Lawrie, condamné pour avoir aidé une fillette de 4 ans à passer en Angleterre, ou des personnes arrêtées pendant la manifestation du 23 janvier, dont six migrants condamnés à un mois de prison ferme. Il en faudra néanmoins beaucoup plus pour faire reculer le gouvernement et permettre un droit de circulation réel pour toutes et tous, ainsi que l’arrêt des guerres impérialistes qui font basculer dans la misère et l’horreur des millions de personnes.




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