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Politique

Extrême droite

A Fréjus, Marine le Pen joue (encore) la carte de la surenchère sécuritaire

Ce dimanche, Marine Le Pen faisait le discours de rentrée du RN en écumant une nouvelle fois une rhétorique sécuritaire et le thème de “la barbarie qui s’installe”. Si la cheffe du RN a cherché à « réveiller les Français », c’est dans une atmosphère soporifique que le parti d’extrême-droite enclenche sa rentrée politique. Un manque de dynamique qui ouvre la voie à des dissensions en interne auxquelles Marine Le Pen a cherché à répondre

lundi 7 septembre

crédit photo : VALERY HACHE / AFP
 
 

« Barbarie » : Marine Le Pen fait de la surenchère sécuritaire

 
Le discours servit ce dimanche par Marine Le Pen à Fréjus dans la ville du très frontiste David Rachline aurait pu passer inaperçu tellement il reprend tous les poncifs dont l’extrême droite se sert et use jusqu’à la corde pour faire tourner sa rhétorique raciste et réactionnaire. Mais dans le climat actuel où Macron et son gouvernement ne parlent que « d’ensauvagement » et de « séparatisme » la cheffe du RN a cherché à se présenter comme seule solution responsable sur la question sécuritaire. Critiquant le laxisme supposé du ministre de la justice Eric Dupont-Moretti, assimilé à une « Taubira en pire », Marine Le Pen a critiqué le choix « d’une doctrine pénale qui se préoccupe plus des délinquants que des victimes » qu’elle entend bien redresser si elle parvient au pouvoir. La cheffe du RN s’est ainsi immiscée dans une faille du nouveau gouvernement macroniste tiraillé entre la position du garde des sceaux et celle du ministre de l’intérieur qui a fait sienne la thématique de « l’ensauvagement ».
 
Déroulant une véritable liste à la Prévert de formules sécuritaires, Marine Le Pen a critiqué le « naufrage sécuritaire » du gouvernement, envers de sa mauvaise gestion de la crise sanitaire. Pour elle, « une véritable barbarie est en train de s’installer » alors que « la France sombre dans une ultraviolence endémique ». La présidente du RN n’a pas hésité à parler d’un « été meurtrier », poursuivant par-là la campagne lancée sur les réseaux sociaux d’élus d’extrême droite qui montent en épingle tous les faits divers possibles pour en appeler à des mesures fortes. Des événements de Dijon au #OnVeutLesNoms, l’extrême droite est prête à tout pour mettre un couvercle sur la dynamique anti-raciste et contre les violences policières qui s’est ouvertes avec les manifestations en opposition à la mort de George Floyd et qui ont donné lieu aux très grands rassemblements en France autour du comité Vérité pour Adama Traoré. Marine Le Pen n’a pas de mot assez dur pour combattre cette génération qui se lève contre l’impunité policière et le racisme systémique quand elle critique « la mise en cause systématique de la police par les campagnes “antiflics” de militants racialistes ».
 
Contrairement au gouvernement actuel, Marine Le Pen l’a réaffirmé, avec elle, « sa main ne tremblera pas » face à la « barbarie ». Comme toujours, elle en appelle à des mesures sécuritaires encore plus renforcée. La présidente du RN a ainsi voulu rappeler « une triple certitude : la certitude des poursuites », « des sanctions » et « de l’exécution de la peine ». Dans sa diatribe, elle a repris l’argument mille fois utilisé du laxisme judiciaire et rappeler qu’avec elle « l’impunité, c’est fini, les peines fictives, c’est fini, la prison garderie c’est fini ».
 
Conformément à sa stratégie d’ethnicisation, Marine Le Pen s’en est remis à « l’immigration anarchique et incontrôlée imposée aux Français depuis des années » pour expliquer les choses, cherchant ainsi à construire l’ennemi intérieur responsable des violences, trafics, du chômage, en somme de tous les maux de la société. Visant les quartiers populaires et les musulmans y habitant, la cheffe du RN a mis en garde contre « la vision tribale de bandes violentes engagées dans des guerres de quartier » et le « racisme anti-Français ou même anti-Blancs » qui gangrène ces « territoires perdus » de la République. Valeurs Actuelles n’aurait pas dit mieux...
 

2022 : Marine Le Pen se place en seule opposante du « système » mais apparait toujours plus intégré au système

 
Le discours de Fréjus prend place dans un contexte alimenté par l’extrême-droite où les enjeux sécuritaires occupent le devant de la scène, ce quin théoriquement ouvre un boulevard au RN une carte à jouer pour se positionner pour les présidentielles de 2022. Pourtant, c’est avec un parti quelques peu affaibli, sur fond de municipales où le RN sort affaibli->https://www.revolutionpermanente.fr/Malgre-Perpignan-le-RN-voit-son-nombre-de-conseillers-municipaux-s-effondrer],empêtré dans des affaires de détournement d’argent et obligé de vendre son local de Nanterre, que Marine Le Pen a essaimé son discours.
 
S’appuyant sur l’hégémonie de ses thématiques (ensauvagement, immigration massive, péril sécuritaire, islamophobie...), le RN table sur un réveil des français et sur une recomposition politique des forces de droites polarisées entre LREM et le RN. En effet, Marine Le Pen s’est positionnée comme l’unique recours face à Emmanuel Macron, évacuant les « forces résiduelles que sont devenues La France insoumise et Les Républicains ». Défendant le « localisme » contre le « mondialisme », la cheffe du RN entend imposer les termes du débat pour attirer à elle une partie de l’électorat de la droite. Dans une déclaration la veille du discours, la présidente du RN a affirmé que « beaucoup d’électeurs LR partagent notre vision, et ce processus va être accéléré par le macronisme décomplexé de nombreux ténors de droite ». Comptant s’appuyer sur le bilan de Macron qu’une partie de la droite, à l’instar de Christian Estrosi, appelle à rejoindre en vue des présidentielles de 2022, le RN veut capitaliser sur le discours sécuritaire d’une part et sur la crise économique d’autre part en mettant en avant les TPE et les PME cherchant à se distinguer du plan de relance de Jean Castex.
 
Toujours extrême dans les thématiques sécuritaires, sur l’immigration et l’islam, le RN sait également se faire opportuniste dans cette période qui voit ses thèmes de prédilection repris de toute part. Et si dans ce contexte d’offensive réactionnaire, le parti devrait avoir en théorie se voir ouvrir un boulevard, les difficultés s’amoncèlent pour le parti d’extrême droite, de sorte que certains comme Robert Ménard mettent en doute la capacité de Marine Le Pen à gagner la présidentielle. Des difficultés qui, si elles ne doivent pas être grossis tant le parti d’extrême-droite reste toujours en première ligne pour le second tour des présidentielles, illustrent les difficultés du parti à renouveler des cadres et à forger des figures de gouvernements. Mais c’est aussi l’expression des difficultés structurelles d’un parti et de sa stratégie de « dédiabolisation » qui à force de se maintenir dans le jeu Républicain rend la rhétorique « antisystème », moins crédible qu’à l’accoutumée.




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