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« A Lyon, une politique pénale du "deux poids, deux mesures" » : tribune de soutien aux militants antifascistes

Depuis le 23 septembre, sept militants antifascistes lyonnais sont poursuivis par le parquet, et quatre d'entre eux incarcérés. Face à la gravité de cette offensive judiciaire et à quelques jours de leur procès, nous relayons cette tribune de solidarité avec les militants antifascistes. Exigeons leur relaxe !

samedi 30 octobre

Crédits photo : Mathys R

Les poursuites contre sept militants antifascistes lyonnais suite à une altercation avec des militants d’extrême-droite de Civitas est le symbole d’une justice de classe au service de la répression de nos luttes. Nous relayons cette tribune de soutien aux militants, signée par de nombreuses figures et publiée initialement sur Mediapart. Un rassemblement de soutien aura lieu le 4 novembre pour leur procès à partir de 14h au Tribunal Judiciaire de Lyon.

Depuis le 23 septembre 2021, sept militants antifascistes lyonnais sont poursuivis par le parquet de Lyon pour une altercation avec des membres du groupe Civitas. Cette organisation catholique intégriste combat notamment le droit à l’avortement et s’inscrit dans la galaxie de l’extrême-droite française qui prend part aux marches contre le pass sanitaire pour y diffuser des discours antisémites et de haine. C’est lors d’une de ces manifestations, le 28 août dernier, que l’altercation a eu lieu.

Le parquet, requérant le placement en détention provisoire de l’ensemble des sept militants antifascistes, a obtenu du juge des libertés et de la détention l’incarcération de quatre d’entre eux immédiatement après leur garde-à-vue, les trois autres étant soumis à un strict contrôle judiciaire.

Dans le cadre de cette affaire, il nous paraît important de souligner plusieurs points :

- Le parquet s’est auto-saisi de ces faits et a mené une procédure entièrement à charge contre les militants antifascistes, alors même qu’aucune plainte des supposées « victimes » (pour lesquelles aucune ITT n’aura été constatée) n’a été enregistrée. Les militants de CIVITAS n’ont quant à eux été ni convoqués, ni auditionnés pour s’expliquer sur les faits de violence. Par contre, la police les a bien contactés, sans que l’on puisse comprendre les liens entre les enquêteurs et Civitas, ni même qui a été contacté. Le parquet de Lyon, pourtant soumis au principe d’impartialité et devant veiller à ce que les investigations soient menées à charge et à décharge, apparaît n’orienter les services d’enquête que dans un sens.

- Les interpellations sont intervenues après 3 semaines d’enquête et ont donné lieu à des gardes-à- vue d’une durée de 48 heures. Au terme de ces délais, le parquet a utilisé le retard pris par les services de police dans l’exploitation des données téléphoniques pour saisir le tribunal selon la procédure de « comparution immédiate à délai différé »(1). L’utilisation de cette procédure, dont la création récente a largement été analysée comme visant à faciliter l’incarcération, relève d’une volonté répressive explicite et a permis de balayer les observations des conseils des mis en cause.

Le parquet s’engage ainsi dans un choix politique : apporter la réponse forte et répressive de la comparution immédiate, sans présenter un dossier d’enquête complet permettant à un juge de se prononcer au fond. Et ce, aux dépens de la liberté des mis en cause.

Le traitement judiciaire de cette affaire illustre une politique pénale du parquet de Lyon toute particulière dans ce type d’affaires. Il accumule les poursuites à l’encontre des militants antifascistes, tout en brillant par son absence dans le traitement des violences commises par l’extrême-droite à Lyon, pourtant nombreuses et documentées .

Les nombreux groupes néo-fascistes de Lyon forment une véritable nébuleuse et disposent de locaux ayant pignon sur rue. Au cours des dernières années, ces militants tentent d’imposer un véritable climat de terreur sur la ville.

Lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations le 14 juillet 2019, ils agressent des supporters algériens aux cris de « sales bougnoules ».

Le 28 juin 2021, en marge du match de football entre l’équipe de France et celle de Suisse, ils agressent de jeunes supporters de l’équipe de France, pas assez blancs à leur goût, utilisant une arme blanche contre un jeune qui devra se faire recoudre la lèvre. Lors de ce dernier événement des militants d’extrême-droite ont été filmés et reconnus par de nombreux témoins. Pourtant, la Préfecture démentira le caractère raciste de l’agression et qualifiera l’événement de « bagarres entre supporters ».

Le 12 décembre 2020, deux militants syndicalistes qui participent à une collecte de jouets sont passés a tabac par ces mêmes personnages devant la librairie La plume noire, dans les pentes de la Croix-Rousse.

Le 20 mars 2021, une quarantaine de militants d’extrême-droite attaquent cette même librairie et brisent ses vitrines puis traversent plusieurs quartiers de la ville avec des barres de fer, cagoulés, sans être inquiétés. Le groupe « Ouest Casual » diffuse avec fierté les vidéos de ces violences en septembre 2021. Mais ne semble pas attirer l’attention du parquet.

Lors de la marche des fiertés lesbiennes du 24 avril 2021 une quarantaine de néo-fascistes tente d’attaquer, sans succès, la manifestation. Le 29 septembre 2021 des militants d’un groupe antifasciste, la Jeune Garde, sont agressés dans la gare de Perrache par des individus armés de cutter et de barres de fer à la sortie d’une conférence sur l’extrême droite.

Cette liste n’est malheureusement pas exhaustive. Elle ne détaille pas l’ensemble des bris de verre et des tags menaçants à l’encontre de locaux d’organisations de gauche et de syndicats comme le PCF, la CNT ou la CGT, visés a de nombreuses reprises. La radio libertaire Radio Canut a ainsi subi troisattaques de l’extrême-droite au cours de la seule année 2017 .

Comment expliquer l’absence de poursuites suite à ces violences multiples de la part de l’extrême droite lyonnaise, documentées, parfois filmées et même revendiquées ? Comment expliquer que trois militants antifascistes dorment en prison pour une altercation n’ayant pas entraîné d’ITT, dont tous les protagonistes n’ont pas été entendus, alors que des agressions à l’arme blanche restent impunies ? Comment expliquer que des groupes dissous par décision gouvernementale, tels que « Bastion social » et « Génération identitaire », puissent encore se réunir et disposer de salles ayant pignon sur rue ?

Le parquet de Lyon semble engagé dans une politique du « deux poids, deux mesures » qui conforte l’impunité des militants d’extrême-droite.

Nous dénonçons les orientations politiques du parquet de Lyon dans ce type d’affaires et nous nous questionnons quant à la mise en œuvre de procédures gravement attentatoires aux libertés dans le cadre de la procédure initiée le 28 août 2021.

Nous demandons la relaxe des 7 militants antifascistes et la liberté pour les 3 militants encore en détention provisoire, et nous tiendrons à leurs côtés à leur procès du 4 novembre prochain.

(1) Instaurée par la loi n° 2019-222 de programmation 2018-2022 et de réforme de la Justice en date du 23 mars 2019.

Signataires :

Sonia AKUE, avocate (barreau de Lyon)

Arié ALIMI, avocat (barreau de Paris)

Jean-Christophe ANGAUT, maître de conférences en philosophie (ENS Lyon)

Dimitra ANTONOPOULOU, militante antifasciste et travailleuse sociale

Daniel APTEKIER-GIELIBTER, membre du bureau du RAAR (Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes)

Eric AUNOBLE, historien (Université de Genève)

Ludivine BANTIGNY, historienne (Université de Rouen)

Arnaud BEAL, maître de conférences en psychologie (Ecole de Psychologues Praticiens, Lyon)

Miguel BENASSAYAG, philosophe, psychanalyste et écrivain

Geneviève BERNANOS, Collectif des Mères solidaires, Réseau international des mères antifascistes (RIMAF)

Pierre BERNAT, observateur des pratiques policières à Toulouse.

Sophie BEROUD, maîtresse de conférences en science politique (Université Lumière Lyon 2)

Saïd BOUAMAMA, sociologue et militant du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires - FUIQP

Paul BOINO, professeur en urbanisme et aménagement (Université Lumière Lyon 2)

Taha BOUHAFS, journaliste

Ahmed BOUBEKER, professeur de sociologie (Université Jean Monnet Saint-Etienne)

Agnès BOUQUIN, avocate (barreau de Lyon)

Vincent BRENGARTH, avocat (barreau de Paris)

Anne-Sophie CHAMBOST, professeure en histoire du droit (Sciences Po Lyon)

Philippe CORCUFF, maître de conférences en science politique (Sciences Po Lyon)

Enzo CORMANN, écrivain

Adrien CORNET, raffineur, militant à la CGT Total

Sylvain CREUZEVAULT, metteur en scène

Nicolas DA SILVA, économiste (Université Paris 13)

Mireille DAMIANO, avocate (barreau de Nice)

Emmanuel DAOUD, avocat associé inscrit sur la liste des Conseils de la Cour Pénale Internationale

Sonia DAYAN-HERZBRUN, professeure émérite (Université de Paris-Diderot)

Sylvain DEBRAY, avocat (barreau de Lyon)

Laurence DE COCK, historienne

Alexandre DERKSEN, avocat (barreau de Lyon)

Virginie DESPENTES, romancière

Sophie DESROSIERS, maîtresse de conférences en histoire (EHESS)

Nicolas DESSAUX, conservateur du patrimoine

Alessandro DI GIUSEPPE, comédien (alias PAP40 de l’Eglise de la Très Sainte Consommation)

Keith DIXON, professeur honoraire de civilisation britannique (Université Lumière Lyon 2)

Emmanuel DOCKES, professeur de droit privé (Université Lumière Lyon 2)

David DUFRESNE, écrivain cinéaste

Sylvain DUBRAY, avocat (barreau de Lyon)

Montserrat EMPERADOR BADIMON, maîtresse de conférences en science politique (Université Lumière Lyon 2)

Amandine FABREGUE, avocate (barreau de Lyon)

Jules FALQUET, professeure des universités (université Paris 8)

Nicolas FANGET, avocat (barreau de Lyon)

Eric FASSIN, sociologue (Université Paris 8)

Mathieu FERRÉ, vigneron et éditeur

Olivier FORRAY, avocat (barreau de Lyon)

Fanny GALLOT, historienne (Université Paris-Est Créteil)

Isabelle GARO, enseignante de philosophie

Franck GAUDICHAUD, professeur des universités, historien (Université Toulouse 2 Jean Jaurès)

Ariane GHIRARDELLO, économiste (université Paris 13)

Thierry GUILABERT, écrivain

Gunter GORHAN, philosophe

Dominique GRANGE, chanteuse engagée

Manuela GREVY, avocate au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation

Frédéric GRIMAUD, enseignant, militant et écrivain

Anis HARABI, avocat (Barreau de Paris)

Samuel HAYAT, chercheur en sciences politiques (CNRS)

Odile HELIER, anthropologue

Cédric HERROU, paysan et militant solidaire

Albert HERSZKOWICZ, président de Memorial 98

Tomás IBÁÑEZ, professeur retraité (Université Autonome de Barcelone)

Chantal JAQUET, philosophe, professeure (Université Paris1 Panthéon-Sorbonne)

Sarah JUST, avocate (barreau de Lyon)

Giorgos KALAITZIDIS, ouvrier et militant antifasciste

Anasse KAZIB, cheminot, candidat à la présidentielle pour Révolution Permanente

Raphaël KEMPF, avocat (barreau de Paris)

Pia KLEMP, navigatrice et militante solidaire

Aurore KOECHLIN, autrice

Michel KOKOREFF, professeur des universités en sociologie (Université Paris 8)

Stathis KOUVELAKIS, philosophe

Nicolas KRAMEYER, militant des droits humains

Memphis KRICKEBERG, sociologue

Eloise LEBOURG, réalisatrice et journaliste indépendante, coordination des médias libres

Geneviève LEGAY, militante et retraitée éducatrice spécialisée

Aracely LEON MEDINA, campaña #libertadparamateo, Colombie

Simon LE ROULLEY, chercheur en sociologie

Frédéric LORDON, philosophe

Lilian MATHIEU, directeur de recherche en sociologie (CNRS)

Maguy MARIN, chorégraphe

Pascale-Marie MILAN, anthropologue

Hugo MONTERO, doctorant en anthropologie et cinéaste (ENTPE)

Stéphane MERCURIO, réalisatrice

Carine MONZAT, avocate (barreau de Lyon)

Olivier NEVEUX, professeur des universités (ENS Lyon)

Julien O’MIEL, maître de conférences en sciences politiques (Université de Lille)

Yves PAGES, écrivain et éditeur (Verticales)

Ugo PALHETA, sociologue, maître de conférences (Université de Lille)

Aïnoha PASCUAL, avocate (barreau de Paris)

Lisa PAGANI, élève-avocate

Willy PELLETIER, sociologue (université de Picardie)

Charles PENNEQUIN, écrivain

Marie PLASSART, maîtresse de conférences en études anglophones (Université Lumière Lyon 2)

Serge QUADRUPPANI, auteur et traducteur

Matthieu QUINQUIS, avocat (barreau de Paris)

Florian REGLEY, avocat (barreau de Lille)

Mathieu RIGOUSTE, militant et chercheur, descendant de victimes du fascisme

Thibaut RIOUFREYT, maître de conférences en science politique (Université Lumière Lyon 2)

Cécile RITOUET, avocate (barreau de Lyon)

Maud RIVIÈRE, militante et psychologue

Marcel ROELANDTS, chercheur en géographie appliqué

Karine ROUDIER, maîtresse de conférences en droit public (Sciences Po Lyon)

Jean-Jacques RUE, animateur et programmateur Cinémas Utopia

Muriel RUEF, avocate (barreau de Lille)

Rémi RUIZ, avocat (barreau de Lyon)

Bettina SACEPE, avocate (barreau de Lyon)

Max SANIER, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication (Sciences Po Lyon)

Serge SLAMA, juriste (université de Grenoble)

Alessandro STELLA, directeur de Recherche (CNRS)

Julien TALPIN, chercheur en science politique (CNRS)

TARDI, dessinateur

Julien THERY, historien, professeur des universités (Université Lumière Lyon 2)

Daniel THIN, professeur émérite de sociologie (Université Lumière Lyon 2)

Enzo TRAVERSO, historien

Sébastien TULLER, juriste et militant des droits humains

Vincent UBEDA, élève avocat

Patrick VASSORT, maître de conférence en sociologie (Université de Caen)

Françoise VERGES, actrice, militante féministe décoloniale antiraciste

Christiane VOLLAIRE, philosophe, chercheure associée au CNAM

Maud YOULOUNTAS, militante antifasciste et photographe

Yannis YOULOUNTAS, militant antifasciste et réalisateur

Jean-Claude ZANCARINI, professeur émérite (ENS Lyon)

Michelle ZANCARINI-FOURNEL, professeure émérite d’histoire contemporaine (Université Lyon 1)




Mots-clés

Antifascisme   /    Lyon   /    #JusticeDeClasse   /    Extrême-droite   /    Notre classe