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Notre classe

Licenciement abusif

A Marché Frais, une caissière est licenciée pour avoir… fait une fausse couche !

Une caissière du magasin Marché Frais a été licenciée pour avoir eu le malheur de faire une fausse couche. Grossesse, fausse couche, les licenciements abusifs envers les femmes travailleuses sont dans les faits réalités courantes et tendent à s’aggraver avec la course au profit et le management de plus en plus agressif opéré par de nombreuses entreprises.

samedi 1er juin

« Le jour de l’accident, il y avait beaucoup de monde dans le magasin. J’étais enceinte de quatre mois et demi, stressée, j’avais la boule au ventre, je savais qu’il faudrait aller vite. J’ai pris dans les mains une grosse pastèque pour la peser. J’ai entendu un bruit. L’eau tombait. J’avais des contractions, ça tirait, j’ai commencé à pleurer. J’ai tout de suite appelé la caisse centrale. »

Le 8 Juin 2016, Ayélé Ajavon, caissière du magasin Marché Frais, perd les eaux en soulevant une pastèque de 13 kg pour la passer en caisse. Elle est alors transportée d’urgence à l’hôpital et perd son bébé. Quelque mois plus tard, le groupe décide de la licencier en lui reprochant des erreurs de caisse, 1 mois après avoir repris son travail.

En réalité, l’entreprise l’a poussé à aller toujours plus vite juste après son incident, à porter des charges lourdes, remplir de caddies, rester debout. Quand bien même la fausse couche est reconnue comme accident de travail, le groupe a intensifié ses cadences de travail. Avec des rythmes difficiles à suivre, ce qui a probablement poussé l’entreprise a considérer que cette dernière n’était pas assez « productive », comme cela avait été le cas pour des salariées enceintes d’Amazon et comme cela est souvent le cas pour les licenciements abusifs envers les femmes enceintes https://www.revolutionpermanente.fr/Amazon-Sept-femmes-ont-ete-licenciees-pour-avoir-eu-le-tort-d-etre-enceintes.

De plus, avant sa fausse couche, et ce malgré son certificat de grossesse apporté à son employeur, aucun aménagement de poste n’a été mis en place. Elle rentrait dès lors chez elle le dos cassé, la boule au ventre, extenuée.

Marché Frais, un management brutal

D’après l’avocat de madame Ajavon, Marché Frais pratique des méthodes de harcèlement des employés, de management par la peur. Les employés travaillent jusqu’à 6 heures de suite sans pause, avec interdiction d’aller aux toilettes « il y en a parmi nous qui se mouillent », déclare une collègue de l’ex caissière. Avec une présence massive de caméras visant à surveiller les employés.

Cette méthode de management instaurée par la direction du groupe pousse au stress, à la fatigue, à la dégradation des conditions de santé des travailleurs, et ce pour une paye au lance pierre. 13 autres salariés ont porté plainte contre le groupe aux Prud’hommes en l’espace de 2 ans, une quinzaine ont quant à eux préféré démissionner.

La direction s’amusait également à humilier les employés, les poussant à nettoyer les toilettes pour les punir. Celles qui revenaient d’arrêts maladies étaient "assignées aux caisses les plus froides proches de la porte d’entrée", témoigne une caissière. Ils forçaient aussi les caissiers à faire le ménage pendant 5 heures, et ce alors que cela n’est pas dans leurs fonctions.

La décision le 24 septembre des Prud’Hommes

Ayelé a alors porté plainte pour licenciement sans cause sérieuse et a demandé une indemnité de 100 000€ et 150 000 de dommages et intérêts à son ancien employeur. Elle est soutenue par l’Union locale de la CGT de la Courneuve, qui mène depuis un certain temps une bataille contre ce magasin et ces pratiques.
L’audience avait lieu le 29 Mai après une audience en Mars 2018 qui n’avais pas permis de trouver un accord. Pour soutenir Ayelé Ajavon, une pétition a été mise en ligne juste après son licenciement :

https://www.change.org/p/licenci%C3%A9e-pour-avoir-perdu-son-b%C3%A9b%C3%A9

Une triste affaire qui témoigne une nouvelle fois du fait que les travailleuses subissent de plein fouet et sont les premières victimes de la dégradation des conditions de travail, de l’intensification de l’exploitation et du management de la terreur.

Image d’illustration : MIGUEL MEDINA / AFP




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