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Société

Habitats insalubres

A Marseille, la mairie adopte une « charte du relogement »…à l’impact très limité

Après des milliers d'évacuations à Marseille dues à l'insalubrité et la dangerosité de nombreux immeubles, une « charte du relogement » vient d'être signée le 17 juin par le conseil municipal, fruit d'une mobilisation importante. Mais cela suffira-t-il pour pallier aux drames récurrents liés au logement à Marseille ?

mercredi 26 juin

crédit image : rassemblement à Marseille, devant le conseil municipal lundi 24 juin

Le 5 novembre 2018, les numéros 63 et 65 de la rue d’Aubagne s’écroulent, 8 morts, 8 familles meurtries. Ce drame a fait éclater au grand jour le grave problème d’insalubrité des logements à Marseille. Immeubles fissurés, plafonds, balcons, planchers, tout menace de s’écrouler dans certains quartiers de la ville. À cela s’ajoute l’insalubrité, les murs noirs d’humidité, les conduits en plomb, les grands blocs des quartiers Nord abandonnés. En réaction à ce drame survient alors une vague de délogement, plus de 3000 personnes évacuées, aujourd’hui 1500 sont toujours dans l’attente d’un relogement définitif.

Face à cela, associations et collectifs se sont organisés pour venir en aide aux délogés mais aussi pour exiger que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités. Après de nombreuses mobilisations, 10 000 personnes ont défilé dans Marseille en décembre, ce lundi, le conseil municipal a signé une « charte du relogement ». Elle est le fruit de plusieurs mois de négociations houleuses entre associations, collectifs, la mairie et l’État.

Sur le papier, la « charte » a pour vocation d’encadrer les évacuations et d’améliorer la vie des délogés. Les associations appellent les concernés et avocats à se saisir de ce texte afin de faire respecter au mieux leurs droits. Parmi les mentions les plus importantes le droit au retour dans le quartier d’origine, conditionné à la salubrité des logements, mention évidemment politique qui évite l’éviction des populations paupérisées de certains quartiers, notamment le centre-ville. Cependant, Ce document ne comprend aucunes mesures quant à la l’amélioration des logements marseillais, se contentant de prétendre à une meilleure « gestion » des dommages collatéraux de la politique criminelle de la métropole, des bailleurs et des propriétaires d’immeubles.

Face à l’insalubrité de milliers de logements à Marseille, dont seraient victimes près de 100 000 habitants, sans compter toutes les personnes sans logements, les pouvoirs publics restent complètement inactifs, entre coût de la rénovation et volonté de gentrifier la ville. Les classes populaires sont laissées dans cette situation d’extrême précarité, sans logement décents. A Marseille il y a pourtant 36 000 logements vides. Selon le journal « La Marseillaise », 10 000 seraient inhabitables, les autres appartiennent à des fonds de pensions, des banques ou des compagnies d’assurance et sont donc susceptibles de réquisition. Face au mal-logement marseillais, l’expropriation sans dédommagements et l’occupation de ces logements vides, dont une bonne part ne sert qu’aux intérêts des spéculateurs, est d’une urgence vitale. La charte est bien loin d’avancer de telles mesures, pourtant de bon sens, se contentant de principes creux sans aucune garantie. On pourra notamment s’étonner d’y lire que c’est la Préfecture de police qui sera garante de son application, elle-même qui expulse les logements vides occupés illégalement à tour de bras, obligeant des centaines de familles à dormir à la rue plutôt que dans des bâtiments inoccupés.

Si ce document est une première démonstration que l’Etat et ses relais locaux peuvent fléchir, son adoption par le conseil municipal a surtout pour objectif de canaliser institutionnellement une colère avec l’illusion d’une possible gestion « à l’amiable » des drames que vit la cité phocéenne. C’est précisément dans ce piège que ne devront pas tomber les habitants mobilisés, qui ont fait la démonstration que la seule manière de faire trembler les pouvoirs public passe par la mobilisation ouvrière et populaire.




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