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Politique

Zone d'alerte maximale

A Marseille, une gestion répressive de la crise pour masquer la responsabilité de l’État

Alors que l’épidémie de coronavirus connaît un rebond en France, Olivier Véran vient d’annoncer un ensemble de nouvelles mesures. La ville de Marseille passe en « zone d’alerte maximale », ce qui implique un très grand nombre de mesures restrictives pour les petits commerçants notamment, tandis qu’il pleut dans l’hôpital de La Timone.

jeudi 24 septembre

Alors que la situation sanitaire s’aggrave en France, le ministre de la santé Olivier Véran s’est exprimé ce mercredi 23 septembre lors d’une conférence de presse pour annoncer la mise en place de nouvelles mesures face à l’épidémie de coronavirus.

Marseille, zone « rouge écarlate »

Lors de sa prise de parole, le ministre de la santé a révélé une nouvelle carte de l’épidémie, ainsi qu’une nouvelle classification. En effet, cette nouvelle cartographie découpe la France en différentes zones d’alertes qui varient en fonction de l’intensité de la circulation du virus. Quatre nouvelles catégories ont donc émergé et seront réévaluées tous les quinze jours : la zone d’alerte, la zone d’alerte renforcée, la zone d’alerte maximale et l’état d’urgence sanitaire.

Ainsi, 69 départements sont placés en « zone d’alerte », seuil qui donne la possibilité aux préfets de mettre en place des mesures restrictives.

Les zones « d’alertes renforcées » désignent les lieux où le taux d’incidence (le nombre de contamination pour 100 000 personnes) a dépassé 150, et où celui-ci est au-dessus de 50 chez les personnes de plus de 65 ans. Cette catégorisation concerne les villes comme Paris, Toulouse, Montpellier ou encore Lyon, dans lesquelles à partir de lundi les rassemblements de plus de 1000 personnes et les grands événements seront interdits, et les salles de sports et les bars devront fermer au maximum à 22H.

Les « zones d’alertes maximales », désignent les zones où le taux d’incidence est supérieur à 250, et dépasse le chiffre 100 chez les personnes âgées. Pour que ce seuil d’alerte soit déclenché, le taux d’occupation des services de réanimation par les patients touchés par le coronavirus doit également avoir franchi les 30%. Seules la Guadeloupe et l’agglomération de Marseille sont concernées par ce niveau d’alerte qui implique un très grand nombre de restrictions dès ce week-end, comme la fermeture totale des bars et des restaurants ainsi que des établissements recevant du public (à l’exception de ceux jugés capables de respecter un protocole sanitaire strict comme les théâtres ou les cinémas).

Un bras de fer engagé entre les élus locaux et le gouvernement

A Marseille, les élus locaux déplorent le manque de concertation de l’Etat et font part de leur incompréhension : le président de la région PACA Renaud Muselier dénonce une « prise de décision unilatérale », et la maire de la ville, tout comme ses adjoints ont multiplié les déclarations où ils s’opposent à un reconfinement qui ne dit pas son nom.

Mais les plus remontés contre les récentes annonces gouvernementales, ce sont les petits commerçants qui vont à nouveau devoir baisser leurs stores, pour certains définitivement. Car ce ne sont certainement pas les restaurateurs et les commerçants qui ont bénéficié du plan de relance, ces 100 milliards d’euros offerts aux grands patrons qui ne se privent pas pour licencier massivement.

Ainsi, par le biais de leur principal syndicat, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), les restaurateurs de Marseille se disent « très très en colère ».

Une gestion répressive de la crise

Alors qu’Olivier Véran maintien ses décisions et affirme que ces mesures « visent à protéger les marseillais », ces mesures restrictives s’inscrivent en réalité dans le tournant répressif et autoritaire du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire, comme ont notamment pu en témoigner l’aggravation des violences policières dans les quartiers populaires pendant le confinement.

Une fois de plus, ces nouvelles mesures visent à responsabiliser et individualiser la population face à une épidémie dont elle n’est pas responsable. La fermeture des bars s’appuie sur l’idée selon laquelle les jeunes font la fête et seraient donc responsable de la reprise de l’épidémie. Cependant, les entreprises constituent les principaux clusters de l’épidémie. Ainsi, l’État se déresponsabilise dans l’évolution de l’épidémie et ses conséquences et préfère réprimer plutôt que protéger la population avec par exemple la distribution de masques gratuits à l’ensemble des habitants ou encore la mise en place de dépistages massif.

Un manque de moyens criant dans les hôpitaux

Alors que l’épidémie du coronavirus circule depuis le mois de janvier et a fait 30 000 morts en France, la situation dans les hôpitaux n’a pas changé. Et comme le souligne Samia Ghali, adjointe à la mairie de Marseille, l’état des hôpitaux de la ville est « catastrophique » . Elle dénonce le fait que les récentes mesures restrictives de la part du gouvernement sur la ville de Marseille visent simplement à « cacher la misère » des hôpitaux.

Et en effet, les priorités du gouvernement sont claires : alors que les personnels soignants pointaient du doigt le manque de moyens, de lits en réanimation et de matériels pendant le confinement et au début de la crise sanitaire, l’État fournissait 43 milliards d’euros pour l’économie, et seulement 2 milliards pour la santé.

Ces nouvelles mesures restrictives mises en place par le gouvernement vont donc légitimer plus de répression et ne sont qu’une façon pour l’Etat de cacher sa responsabilité dans l’évolution et l’aggravation de l’épidémie de coronavirus en France.




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