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Politique

"Un seul héros le peuple"

A Paris, 3000 personnes au rassemblement contre le 5ème mandat de Bouteflika

Trois milles personnes se sont rassemblées ce dimanche 24 février sur la place de la République à Paris, afin de protester contre le chef du régime algérien Abdelaziz Bouteflika, qui brigue un cinquième mandat à l'approche des élections présidentielles en avril prochain. Un rassemblement majoritairement composé par la diaspora algérienne résidant en France, qui fait suite aux manifestations spontanées qui se sont déroulées en Algérie vendredi dernier.

lundi 25 février

L’Algérie et l’impérialisme français

Ancienne colonie française indépendante depuis 1962 suite à une guerre sanglante, l’Algérie est aujourd’hui prise dans un mouvement d’où le douloureux passé colonial ne peut être balayé d’un revers de main, tant il est lourd de conséquence jusqu’à aujourd’hui. Des accords d’Evian qui ont scellé l’indépendance en même temps qu’ils ont garanti à l’Etat français gaulliste la continuité des rapports de domination sous une autre forme, au soutien discret mais actif du gouvernement Macron à Bouteflika actuellement, les luttes du peuple algérien après 1962 sont restées étroitement liées à la lutte contre l’impérialisme français.

La division internationale de la production assigne aux pays dominés la tâche d’extraire les matières premières telles que le pétrole en Algérie, tandis que la transformation telle le raffinage, est réalisée dans les pays dominants, seuls à s’être approprié le capital nécessaire au développement d’une industrie lourde et de brevets industriels jalousement gardés. C’est à la lumière de cette structure inégale de la production à échelle mondiale, qu’on peut comprendre la misère qui pousse autant d’algériens à émigrer. Dans un pays où les hydrocarbures représentent 70% des rentrées fiscales de l’Etat et 98% des exportations, tandis que la part de l’industrie dans le PIB représente à peine 5%, l’économie est largement subordonnée aux besoins des pays industrialisés importateurs de pétrole et de gaz. Dans le contexte d’une crise mondiale qui fait tâche d’huile depuis 2008 en mettant un frein à la consommation dans les pays riches, donc à la production, et en bout de chaîne à l’extraction des matières premières, obligeant les pays pauvres à brader leurs ressources, l’Algérie subit donc de plein fouet la chute du prix du pétrole. C’est ce qui explique que les perspectives pour la jeunesse pour trouver un travail, et ainsi prétendre à avoir un logement et vivre dignement, sont limitées.

Les départs vers l’Europe sont nombreux. Que cela soit avec un visa d’étude, professionnel, ou clandestinement, les jeunes et les moins jeunes quittent le pays, avec parfois beaucoup d’epoirs déçus une fois arrivés, pour ceux qui arrivent et qui ne meurent pas lors de la traversée. Selon les études, ce seraient environ 1,5 millions d’algériens, de nationalité ou d’origine, qui résideraient aujourd’hui en France. Souvent relégués à des emplois précaires, ceux-ci n’oublient pas d’où ils viennent.

Bouteflika face au peuple algérien

Aujourd’hui, alors que le dictateur Abdelaziz Bouteflika au pouvoir depuis 1999, brigue un cinquième mandat à la prochaine parodie d’élections en avril 2019, la diaspora algérienne ne peut que se sentir concernée par le mouvement de contestation qui traverse l’Algérie, avec des manifestations spontanées massives un peu partout dans le pays. Car Bouteflika représente à la fois les plans d’austérité et réformes anti-sociales qui ont poussé la majorité des algériens dans la misère et la précarité, mais également le symbole d’un pouvoir assassin et autocratique incarnant le paroxysme de l’anti-démocratie, mettant en scène sa propre élection, celle d’un président malade au point de ne quasiment plus prendre la parole depuis 2013. Et il est difficile de ne pas voir dans cette mascarade la confiscation de la révolution nationale au profit d’une caste au service des puissances impérialistes, qui utilise la population et les ressources comme un moyen d’échange, un lot à négocier dans le jeu des rapports de force internationaux.

Faire tomber le régime, et après ?

C’est ainsi qu’on peut comprendre la mobilisation du peuple algérien sur le sol français. Mais si le rassemblement qui a eu lieu ce dimanche était ainsi sans concession avec le cinquième mandat de Bouteflika, et qu’aucune figure publique ne semble en émerger pour le moment, il semble toutefois que les divisions de la société algérienne ne puissent pas rester longtemps cachées sous le vernis national. Alors que l’on pouvait entendre quelques slogans anti-islamistes entre deux prises de parole, syndrome du traumatisme de la décennie noire particulièrement vivace chez la diaspora, les organisateurs d’obédience libérale calmaient les esprits en appelant à l’unité nationale contre le dictateur. De même, les chants en hommage aux « harraga » (clandestins) morts dans la mer Méditerranée se combinaient avec les discours sur la nécessité de libéraliser l’économie algérienne, processus qui n’aurait d’autre conséquence que l’accroissement des inégalités et de la misère en Algérie.

Il faudra donc arriver à formuler un programme non seulement capable de satisfaire les intérêts de la majorité de la société algérienne d’un point de vue social, mais également de faire face aux velléités des puissances impérialistes contre les peuples du monde. Si aujourd’hui les Ali Ghediri et autres Rachid Nekkaz prétendent à remplacer Abdelaziz Boutefika, qu’augurent-t-ils pour les travailleurs, chômeurs, et paysans algériens ? Ne serait-ce pas le meilleur cadeau à faire à la minorité parasite qui exploite et opprime le peuple algérien que d’accepter de tout changer sur la forme, pour que rien ne change dans le fond ?




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