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Politique

A Paris, Lallement « dans le même camp » que Génération Identitaire

Ce samedi, le groupe d’extrême-droite Génération Identitaire appelait à manifester contre la récente décision de dissolution de l’organisation prise par le gouvernement. Alors que les militants identitaires ont pu déverser leur idéologie réactionnaire xénophobe et raciste en toute impunité, la préfecture a ordonné la répression de la contre-manifestation appelée par plusieurs organisations syndicales, politiques et antifascistes.

mardi 23 février

Crédits photo : Karim Ait Adjedjou

L’extrême-droite parade, la contre-manifestation interdite de fait

Pour protester contre la dissolution du groupuscule Génération Identitaire par le gouvernement, d’après Le Monde 1 500 militants d’extrême-droite se sont rassemblés place Denfert-Rochereau pour revendiquer haut et fort leurs actions xénophobes, racistes et islamophobes. Sur fond de slogans tels que « Migrants partout, frontière nulle part » ou « Europe, jeunesse, reconquête », les cadres de l’organisation ainsi que des personnalités politiques dissidentes du Rassemblement National - dont Florian Philippot, Jean-Yves Le Gallou et Jean Messiha - ont pris la parole pour dénoncer la mesure du gouvernement et rappeler fièrement les actions du groupuscule : déploiement de banderole sur le chantier de la mosquée de Poitiers, patrouilles maritimes, aériennes et récemment terrestres « contre l’immigration illégale ».

Deux poids, deux mesures dans la répression

Pour contrer cette manifestation, plusieurs organisations dont l’Union syndicale Solidaires, AFA, UCL, Jeune Garde Paris, Comité pour Clément, Tolbiac FC, AIM Paris, la Horde, CLAP ont appelé à une contre-manifestation pour ne pas « laisser, seuls, le champ médiatique et la rue » à l’extrême-droite. La préfecture a refusé de prendre position quant à l’autorisation de cette dernière, sans toutefois l’interdire, prétextant une « déclaration trop tardive ».

Or, comme le dénoncent plusieurs organisations de gauche dans un communiqué, un dispositif policier a été déployé, ciblant les manifestants antifascistes et protégeant ceux d’extrême-droite. En effet, les forces de répression ont procédé à de nombreuses interpellations (dont au moins une quinzaine prolongées en gardes à vue), à des contrôles, fouilles et verbalisations à l’encontre des militants de gauche accusés de « rejoindre une manifestation interdite ». La BRAV-M a même chargé sans sommation des militants en marge de la contre-manifestation, poussant plusieurs personnes dans les escaliers du métro et les poursuivant dans les couloirs - scène qui n’est pas sans rappeler la sombre histoire de Charonne dont nous commémorions la date récemment. Dans le même temps, Génération Identitaire a pu déverser son idéologie nauséabonde en toute impunité.

Derrière l’escroquerie de la « dissolution », l’État protège l’extrême-droite

Par le biais de la préfecture de Paris, alors qu’il prétend lutter contre « l’idéologie xénophobe » en ordonnant la dissolution de GI, l’État illustre donc une fois de plus comment il entend « lutter » contre l’extrême-droite, en lui offrant en définitive pignon sur rue. D’un côté, il réprime la « contre-manifestation », de l’autre, il protège l’extrême-droite qui parade sans complexe avec ses membres, dont certains ont des liens directs avec des attentats terroristes. En effet, à titre d’exemple, on a pu voir des saluts nazis mais aussi la présence de Maxime Brunerie (auteur d’une tentative d’assassinat sur le président de la République Jacques Chirac) au rassemblement de samedi, en toute tranquillité.

En revanche, dans la continuité de sa croisade contre un « islamo-gauchisme » fantasmé, l’État place la répression des organisations de gauche au cœur de ses priorités. En répandant l’idée, largement contestée par les scientifiques suite à la récente sortie de Vidal, que toute personne affirmant une position politique antiraciste porterait une responsabilité dans les attaques terroristes, le gouvernement légitime la répression tout azimut des militants de gauche qui refusent de se subordonner à cette instrumentalisation. Comme nous l’écrivions : « Dans un tel contexte, la mise en pâture symbolique d’une organisation marginale de l’extrême droite, ne doit pas nous tromper : non seulement l’extrême droite ne sera jamais mise en déroute par de simples mesures administratives, mais l’ensemble des armes répressives que l’Etat affûte servira avant tout à réprimer le mouvement social et les minorités ».

Ensuite, la mesure de « dissolution » ressemble plus à un « jeu de dupe » qui « permet au Rassemblement National de se présenter en principal opposant au gouvernement » comme le pointe l’article publié par le site Le Poing. Un jeu qui se décline ainsi : d’un côté, le gouvernement met en scène l’extrême-droite comme premier opposant en vue de 2022 comme l’a illustré notamment le débat Darmanin-Le Pen. En « même temps », l’opération « dissolution » de GI cherche à rediaboliser l’extrême-droite pour reconstituer un « Front Républicain » largement affaibli, au fil des années. Un barrage qui permettrait notamment à Macron de constituer un réservoir de voix au centre-gauche en vue de l’emporter face à Le Pen.

Cette opération semble avoir eu son effet tant le RN s’est retrouvé en contradiction par l’opération : il a dénoncé la « dissolution » comme une opération politique, avant d’appeler ses cadres à ne pas participer à la manifestation. Face à l’opération du gouvernement et à l’extrême-droite qui use de la situation pour galvaniser ses troupes, il s’agit plus que jamais d’opposer une réponse d’ensemble qui doit avoir parmi ses axes la lutte contre la loi séparatisme et l’ensemble des lois racistes, qui constitue la clé de voute de la tentative de recomposition de Macron en vue de 2022. C’est le gouvernement, et ses prédécesseurs notamment François Hollande, qui font le lit de l’extrême-droite, en s’appropriant sa rhétorique, en appliquant leurs contre-réformes. Plus que jamais, la lutte contre l’extrême-droite doit s’articuler avec la lutte contre la loi séparatisme.




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