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Politique

MANIFESTATION CONTRE L’ISLAMOPHOBIE

A Paris, plus de 20 000 manifestants pour dire non à l’islamophobie

Ce dimanche 10 novembre, malgré la polémique attisée par les médias, l’appel lancé par plusieurs organisations et personnalités pour dénoncer l’islamophobie a été largement entendu. A Paris, plus de 20 000 manifestants ont répondu « présents » et pour beaucoup, « présentes ».

dimanche 10 novembre

La lutte contre le racisme ne souffre pas de conditions

Plus de 20.000 manifestants, au bas mot, si l’on suit ce que relaient les médias, 40.000 selon les organisateurs, ont défilé à Paris aujourd’hui pour dire stop à l’islamophobie. Cette levée de boucliers exprime le salutaire réflexe de solidarité et de fraternité que l’histoire aurait intérêt à connaître dans toutes les périodes où une minorité se voit discriminée et menacée pour ses croyances, ses mœurs, sa langue ou sa culture.

Le fort mouvement de mobilisation a rassemblé un arc de force large, des organisations politiques avec une présence de la FI, du PCF, du NPA et Lutte Ouvrière, EELV, les JC, l’UCL, mais aussi syndicales et associatives avec la CGT, Solidaires, et CNT et la LDH. Un cortège de profs, derrière une banderole "les profs contre l’islamophobie", rejoint par des parents d’élèves était aussi présent. Mais ce sont aussi des cortèges de quartiers, d’associations locales, de femmes, jeunes, familles, qui ont tenu à manifester, dépassant le cadre habituel des manifestations antiracistes.

Et si ils et elles, militant.e.s ou non, étaient si nombreux présents, c’était pour faire barrage à la campagne nauséabonde menée simultanément par le RN, humiliant publiquement une femme voilée, mais aussi par un Macron qui n’a pas eu la moindre honte à appeler à la délation de « l’Hydre islamiste », ouvrant la voie à Castaner pour engager chacun au signalement d’un voisin, d’une voisine ou d’un collègue, présentant des « signes » de radicalisation ; un Macron qui appelle à une « société de vigilance ». Une invite qui n’est pas sans rappeler une période très noire de l’histoire.

Peut-on s’étonner ensuite que certains, dans les rangs de l’extrême droite, se sentent autorisés à passer à l’acte, comme à Bayonne ? En tout cas c’est la crainte de ce manifestant, visiblement venu spontanément, qui a répondu à un journaliste lui demandant pourquoi il était là « parce que quand ça commence comme ça on ne sait pas où ça s’arrête ». C’est une motivation profonde pour tous les militants antiracistes qui, sans se laisser intimider par les « tiraillements politiques » entretenus par les médias, ont rappelé que l’on n’entendait guère parler aujourd’hui de la mosquée de Bayonne …

Une manifestation populaire et largement féminine

Ce qui a dominé c’est un sentiment partagé de bonne humeur, de sympathie, de fraternité mais aussi de combativité. Dépassant les obstacles qui pouvaient être mis pour diviser, on pouvait voir des slogans comme « Vivre ensemble, c’est urgent » ou « Oui à la critique de la religion, non à la haine du croyant », « stop à l’islamophobie ».

La réponse à Macron et à Le Pen contre la stigmatisation et la discrimination s’est faite de manière emblématique, contre toutes les mesures qui frappent les populations des quartiers populaires, les jeunes, mais aussi les migrants, tous potentiellement considérés comme ceux par qui le terrorisme arrive. Brandissant passeport ou carte d’identité, allusion notamment à une Marine Le Pen qui les appelle les « français papiers », et pour certaines femmes, voilées d’un drapeau français, ou les joues peintes en bleu, blanc, rouge, les manifestants ont revendiqué bien haut et fort leur statut de français, non pour une gloire nationaliste mais pour marquer leur communauté avec le reste de la population française.

Certains slogans évoquaient ouvertement le fait que les musulmans et musulmanes, ou tout au moins ceux qui sont désignés comme tels sur la base de l’origine ou du faciès, ne veulent pas faire le jeu de la division entre travailleurs orchestrée par le gouvernement. Certains et certaines déclarent ne pas vouloir servir de prétexte à Macron pour détourner l’attention des travailleurs du légitime combat pour les intérêts communs. Une jeune femme interviewée explique que, pour elle la question du port du voile, autorisé ou interdit pour une maman qui accompagne une sortie scolaire n’est ni plus ni moins qu’un moyen odieux de détourner l’attention du manque crucial d’encadrement des activités scolaires en agitant le chiffon de l’islamophobie. Bref, ils ne veulent pas jouer le rôle de bouc émissaire.

Particulièrement déterminés à refuser une division imposée par le pouvoir, les médias et les Zemmour de tout poil, des manifestants et des manifestantes ont scandé : « quand une femme voilée est agressée, c’est toutes les femmes qui sont visées ».

Car c’est non seulement grâce au soutien et à la solidarité de tous et toutes mais surtout grâce à la conscience d’appartenir au même camp contre les Macrons et ceux qu’ils servent, que pourront être arrêtés le racisme et la xénophobie grandissants et que le camp des travailleurs pourra s’éviter la honte d’avoir laissé faire.




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