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Société

Vérité sur la catastrophe

A Rouen, il pleut du carburant : le gouvernement continue de couvrir l’industriel

Au lendemain de l’incendie de l’usine de Lubrizol, les premières conséquences apparaissent, pourtant, les autorités dont le gouvernement se veulent toujours rassurantes "les analyses des suies ne présentent pas d'inquiétude" : difficile à croire au vu des nombreux maux de tête, maux de gorge, nausées et difficultés respiratoires dont se sont plaint les habitants de Rouen et ses alentours ce matin !

vendredi 27 septembre

Un important incendie s’est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi, sur le site de l’usine Lubrizol, classée Seveso à haut seuil près de Rouen, provoquant un immense panache de fumée épaisse qui s’est échappé pendant plusieurs heures de l’usine, celle-ci fabriquant des additifs pour carburants. L’incendie n’a été maîtrisé que tard dans la soirée mais de nombreuses retombées de suie ont été constatées sur une vaste zone au nord-est de Rouen et déjà plus de 50 personnes ont consulté leur médecin pour des difficultés respiratoires et des nausées aux alentours de l’usine. Pourtant, la préfecture continue à assurer que, « malgré une odeur désagréable, le risque pour la population reste faible ». Une odeur si désagréable que les locaux de France 3 Normandie à Rouen ont été évacués ce vendredi peu après 11 heures suite à des “vomissements et nausées” dont ont été victimes des salariés.

Cependant, au lieu d’établir des mesures d’urgence telles que l’évacuation des populations mises en danger, le gouvernement à travers Christophe Castaner et la préfecture ont rapidement mis en place une machine de couverture des risques de contamination liés à l’incendie en les minimisant, bien qu’indiquent déjà hier que cette fumée portait « en soi un certain nombre de produits qui peuvent être dangereux pour la santé  ». Mais ce matin, le préfet a appelé la population à ne pas céder à la panique, évoquant tout de même des « composants sans toxicité aigüe  ». C’est le colonel sapeur pompier Jean-Yves Lagalle qui égratigne la communication de la préfecture en déclarant que : « Il ne faut pas dire aux gens qu’il n’y a pas de risques » car «  La toxicité aiguë signifie que vous rentrez dans un nuage d’ampleur, vous respirez, vous mourrez immédiatement. On n’en est pas là  », mais «  il ne faut pas rester sous le vent des fumées », a-t-il insisté.

Le préfet de Seine-Maritime avait annoncé que des résultats d’analyses poussées seraient publiés pour midi, mais ceux-ci se sont fait attendre jusqu’à 14h, ce qui interroge, d’autant plus à la vue des résultats soit disant “nuls” hormis des "traces" d’oxyde d’azote retrouvées sur deux sites. Ces résultats sont donc évidemment contradictoires avec les symptômes subis par la population depuis hier. Mais la préfecture continue d’assurer que, « malgré une odeur désagréable, le risque pour la population reste faible ».

La multinationale américaine Lubrizol implantée dans 27 pays a connu plusieurs incidents significatifs sur ses deux principaux sites en France de Rouen et d’Oudalle, près du Havre. La firme chimique informe sur son site que mardi 3 septembre 2019, un feu est survenu dans une unité de fabrication d’additifs de l’usine Lubrizol à Oudalle (Le Havre) qui a été rapidement maîtrisé par l’équipe d’intervention de Lubrizol et le P.O.I.

Une interrogation réside sur le fait que l’usine de Rouen était aux normes, car déjà en 2013, les autorités avaient reconnu des défaillances suite à un incident similaire lié à « la décomposition chimique d’un bac de dialkyldithiophosphate de zinc  », qui s’était traduit par l’émission d’un nuage de gaz mercaptans (très odorant) qui fut perceptible par plusieurs centaines de milliers de personnes, le panache allant du sud de l’Angleterre à la région parisienne. En 2017, elle a fait l’objet d’une « mise en demeure » en raison de 17 manquements.

Encore une fois, on voit à travers cet incident le cynisme d’un monde où, pour toujours plus de profits, des usines tournent malgré le fait que les autorités savent très bien qu’elles ne sont pas sûres à l’exploitation et représentent un danger pour les travailleurs et les populations qui payent le prix fort à chaque incident ; tandis que les propriétaires, en l’occurrence le milliardaire Warren Buffett à travers la holding Berkshire Hathaway, ne sont jamais bien inquiétés. 

Tout au contraire, le gouvernement se positionne en défense de ces industriels en diffusant une large propagande mensongère qui nie la dangerosité des substances relâchées dans l’environnement. Aurons-nous, de la part du gouvernement, droit dans les prochains jours à un discours du type « les fumées toxiques se sont arrêtées aux grilles de l’usine  » tout comme elles s’étaient « arrêtées aux frontières du pays  » pour Tchernobyl, alors que d’ores et déjà, des poissons et des oiseaux morts par plusieurs dizaines ont été retrouvés dans les étangs et dans la Seine.

Ce vendredi, une première manifestation a lieu devant la préfecture de Rouen. Les habitants, équipés de masques demandent la fermeture des sites de Lubrizol et surtout la vérité autour de cette affaire :

Face à cette catastrophe et au parti pris des autorités en faveur du déni dans l’intérêt des industriels, il est nécessaire de dénoncer le gouvernement dans leur refus de mettre à l’abri les populations vulnérables et victimes en leur proposant un plan d’évacuation. Prendre cette mesure reviendrait à avouer le problème, ils préfèrent donc mettre en jeux la santé de la population. De plus, il est nécessaire d’exiger une commission indépendante composée de la population victime ainsi que des syndicats qui dénoncent depuis des années les failles de sécurité dans l’usine afin de faire toute la lumière sur ce qu’il s’est réellement passé, et quelles en étaient les réelles causes.

Crédit photo : BEAUFILS/SIPA




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