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Politique

Un déplacement top secret dans une agence Pôle emploi du 93

A Saint Ouen, El Khomri, annonce une nouvelle baisse truquée du chômage

A Saint-Ouen, hier, Myriam El Khomri a annoncé la baisse des chiffres du chômage de 0,8% au mois de janvier. Le gouvernement, comme à son habitude, a élaboré un nouveau maquillage en règle qui permet de voir les chiffres baisser miraculeusement, alors même, qu’une note de bas de page indique que ces statistiques sont faussées, laissant ainsi penser qu’un bon paquet de chômeurs a été égaré… Damien Bernard

mercredi 24 février 2016

Annoncé comme une première inflexion, tant attendue, dans les chiffres du chômage par le gouvernement et les médias, cette baisse est un trompe-l’œil. Ainsi un paragraphe, que Myriam El Khomri oublie soigneusement de mentionner, indique à travers un « avertissement » qu’en « janvier 2016, le nombre de sorties en catégorie A, B, C pour cessation d’inscription pour défaut d’actualisation a enregistré une hausse inhabituellement forte ».

Des chiffres truqués… mais El Khomri tient la ligne, y compris face à Aubry

Cette évolution mensuelle serait totalement inexpliquée et affecterait à la baisse le nombre de demandeurs. Ces « cessations d’inscription » anormales concerneraient aussi bien des chômeurs ayant retrouvé un poste, mais qui ne se seraient pas fatigués à le signaler à l’administration, que les distraits qui se réinscriront le mois suivant, ou encore des chômeurs découragés notamment par exemple par les fermetures d’agences l’après-midi, qui ne voient plus l’intérêt de pointer à Pôle emploi. Bref, encore un maquillage en règle…

Cela a aussi été l’occasion pour El Khomri d’affirmer qu’elle ne « se sens pas fragilisée » envoyant ainsi une pique à Aubry : « Tout le monde est libre d’écrire une tribune », lance-t-elle à la presse. Pourtant, l’humeur n’était pas la même quand il s’agissait de discuter avec les employés de Pôle Emploi, épuisés par des journées de travail monstres. Devant les médias massés dans le hall de l’agence Pôle emploi, elle persiste et signe la loi Travail, malgré la protestation et la colère qui gronde : « J’entends. Il y a des questionnements sincères. Mais il y a aussi une confusion parfois orchestrée. »
Pour terminer, c’est un demandeur d’emploi trié sur le volet qui lui est présenté. Après six ans de chômage, un ex-commis de cuisine, entame la discussion avec la ministre. Devant une nuée de micros et de caméras, il explique qu’il vient tout juste de retrouver un travail, en se convertissant dans la sécurité grâce à une formation. En le quittant, elle lance : « Merci pour votre engagement. » L’homme aurait ainsi effectué les efforts auxquels tout chômeur forcément fainéant serait en droit de fournir ? Une façon de valider les premiers effets du plan massif de formation de chômeurs ?

Saint-Ouen et ses quartiers, ville symbole du chômage de masse

C’est à Saint-Ouen même, où se mènent les opérations de répression policière au nom de la recherche de drogue, notamment avec les dernières descentes quasi militaires dans la cité Cordon, que la ministre du travail a souhaité annoncer une baisse truquée de ces chiffres. Tout un symbole, alors même que le chômage de masse, qui va pourtant s’aggraver avec la loi El Khomri, touche plus particulièrement les jeunes des quartiers populaires.

Est-ce une façon de démontrer que les signes de reprise du chômage sont là pour mieux justifier le démantèlement de Pôle emploi et de l’assurance chômage, qui représentent une partie de notre salaire socialisé ? Une coïncidence, alors même que syndicats et patronats « négocient » en ce moment même une nouvelle mise à mort de l’assurance chômage à la table du MEDEF…

Pour éviter tout comité d’accueil, un déplacement très encadré et top secret !
Mais c’est aussi sur les terres de Bruno Le Roux, le patron du groupe PS à l’Assemblée, que la ministre du Travail a choisi de continuer à promouvoir sa loi. Cette fois ci, la tournée de promotion sera moins mouvementée que la veille à Mulhouse où, avec Macron, ils ont été accueillis par un comité d’accueil de militants et de chômeurs.

Mais cette fois-ci, les médias ont participé à leur manière pour éviter tout ébruitement de ce déplacement, placé top secret. Aucune information n’a filtré. Le déplacement n’avait pas été annoncé dans l’agenda ministériel, sûrement une façon d’éviter la cohue et une contestation qui ne cesse de s’étendre contre cette déclaration de guerre du gouvernement, comme en témoigne les 500 000 signatures de la pétition contre la loi El Khomri.




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