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Politique

Autour de 200 délégations présentes

A St-Nazaire l’assemblée des assemblées tente de structurer le mouvement Gilets Jaunes

10 000 Gilets Jaunes de tout le pays représentés. Ecologie, répression policière, européennes, démocratie et lutte contre le capitalisme au menu.

lundi 8 avril

Ce qui a marqué le plus l’acte 21 du mouvement des Gilets Jaunes n’est sans doute pas les manifestations mais le grand succès de la seconde édition de l’Assemblée des Assemblées Gilet Jaunes tenue à Saint Nazaire les 5, 6 et 7 avril. En effet, les plus 200 délégations composées de près de 700 personnes représentant 10 000 Gilets Jaunes dans tout le pays, ont essayé de poser les bases d’une structuration par en bas du mouvement, disant ouvertement ne reconnaître aucun leader auto-proclamé.

La première Assemblée des Assemblées avait eu lieu à Commercy en janvier et avait réuni un nombre inférieur de délégations (75). En ce sens, St-Nazaire représente un saut en termes de participation et de représentativité.

Sans perdre de temps, dès les premières heures les délégués ont entamé leurs discussions d’abord dans plusieurs ateliers thématiques puis dans une séance plénière où une synthèse des discussions dans les groupes de travail était présentée et des appels amendés et votés.

Evidemment, tout cela parfois au milieu de discussions houleuses et de malentendus liés à une sorte « d’apprentissage de l’auto-organisation ». Cependant, les appels qui en sont sortis de la rencontre présentent des points très progressistes par rapport à la situation politique et sociale dans le pays et au-delà. Et cela est d’autant plus important que, comme nous l’explique Torya, déléguée des Gilets Jaunes de Rungis, « parmi les participants il y avait des délégués avec des points de vue politiques très divers, de militants politiques, syndicaux et/ou associatifs de plus ou moins longue date à de primo militants lancés à l’action politique avec le mouvement des Gilets Jaunes ».

Ainsi, dans l’appel global de l’Assemblée des Assemblées on retrouve une synthèse des principaux points abordés : le tournant autoritaire du gouvernement et la répression policière, la question d’une augmentation générale des salaires, des retraites et des minimas sociaux et sur une amélioration des conditions de travail et de vie, la lutte pour la protection de l’environnement ainsi que pour d’autres formes de démocraties, le tout se concluant sur un ton anticapitaliste quand on affirme que "conscients que nous avons à combattre un système global, nous considérons qu’il faudra sortir du capitalisme".

Dans cette même ligne, l’appel voté sur les questions écologiques dénonce que c’est « la même logique d’exploitation infinie du capitalisme qui détruit les êtres humains et la vie sur Terre » et contre les soi disantes solutions mises en place par des gouvernements libéraux comme celui de Macron, on affirme : « La taxe carbone est l’exemple parfait de la fausse écologie punitive qui cible les gens qui ne sont pas responsables ».

Une autre question clé discutée au cours du weekend a été celle de la lutte contre la répression policière et judiciaire qui s’abat contre les Gilets Jaunes mais aussi contre l’ensemble des personnes se battant pour des causes sociales. Ainsi, dans l’appel spécifique sur les violences policières et la répression : « Les violences policières qui mutilent et qui tuent sont un acte d’intimidation politique, elles cherchent à nous terroriser pour empêcher d’agir : elles constituent un crime d’État (…) La répression judiciaire prend la suite des violences policières pour étouffer le mouvement : 8700 gardes à vue, 2000 procès dont 1500 comparutions immédiates, près de 40 % de peines de prison fermes, plus de 400 mandats de dépôt ».

Mais ils n’oublient pas que cette dénonciation de la violence d’Etat contre les manifestants est pratiquée depuis des années dans les quartiers populaires : « Ce que nous vivons aujourd’hui est le quotidien des quartiers populaires depuis des décennies. Maintenant, l’autoritarisme se généralise à toute la société ».

Pour dénoncer cette répression le texte appelle « à un énorme acte national samedi 18 mai partout en France » et exige « l’annulation des peines des milliers de prisonniers et condamnés du mouvement des gilets jaunes et de toutes les autres luttes criminalisées et l’annulation des poursuites qui pèsent sur les personnes accusées et inculpées, entre autres.

Dans l’appel sur les élections européennes, on trouve une dénonciation au caractère antidémocratique et néolibéral des institutions de l’Union Européenne mais sans tomber dans un repli nationaliste le texte affirme : « quel que soit le résultat du vote, il faudra compter sur nous ! C’est dans la lutte que se construira l’Europe des peuples. (…) C’est en menant une lutte coordonnée contre nos exploiteurs communs que nous jetterons les bases d’une entente fraternelle entre les peuples d’Europe et d’ailleurs ».

En termes de contenu politique ces appels contiennent certes certaines limites comme la mention en permanence à la notion de « peuple » (ce qui inclut des secteurs du patronat et autres secteurs exploiteurs) ou « citoyens » qui effacent les frontières de classe. Il s’agit là d’une caractéristique générale du mouvement Gilet Jaune (qui devait s’exprimer immanquablement dans « l’assemblée des assemblées ») qui pourrait être utilisé, d’une façon ou d’une autre, par des tendances politiques populistes défendant des projets de conciliation entre les exploités et les « bons exploiteurs », voire par des populismes réactionnaires.

Cependant, c’est le développement et l’approfondissement de ce type de cadres d’auto-organisation qui permettront de discuter toutes ces questions et bien au-delà. En outre, les appels votés à St-Nazaire comportent des éléments très progressistes sur lesquels le mouvement pourrait s’appuyer pour accentuer sa clarification politique ainsi que poser les bases de sa structuration.

Crédits photo : Reporterre




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