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Structuration démocratique

A Toulouse, près de 500 Gilets Jaunes votent un cahier de revendications

Le 16 décembre une seconde assemblée de Gilets Jaunes a réuni plus de 500 personnes. L'occasion de voter un cahier de revendications pour avancer dans la structuration du mouvement.

lundi 31 décembre 2018

Malgré le froid et la pluie, plus de 500 Gilets jaunes s’étaient réunis le dimanche 16 décembre avec la ferme intention de s’organiser autour de revendications communes, de tirer les bilans des premières semaines et de prévoir de nouvelles actions pour faire monter d’un cran encore le rapport de force.

Un cahier de revendications très progressiste

C’est grâce à ce cadre que les gilets jaunes ont pu commencer à mettre en forme un cahier revendicatif, faisant ressortir les propositions semblant les plus prioritaires aux yeux des votants. Au total ce sont 465 gilets jaunes qui se sont exprimés, en choisissant parmi une liste de revendications et en les classant par ordre de priorité (A étant considéré comme très important, et D comme plutôt contre-productif). Le système de vote était différent des assemblée générale telles qu’elles se déroulent plus habituellement dans le mouvement étudiant par exemple. Au lieu d’un vote à main levée sur tout ce qui a été proposé durant le moment de débat, c’est sur les propositions soumises à l’AG précédentes que les 465 votants gilets jaunes se sont exprimés, à bulletin secret. Ce cahier de revendications a été voté dans un contexte où le gouvernement, par l’intermédiaire des mairies, tentent de remettre la colère sur un terrain institutionnel en appelant les gilets jaunes à venir discuter avec eux de leur doléances. Au contraire, l’enjeu de voter des revendications en Assemblée Générale permet aux gilets jaunes de garder la main sur leur mobilisation et de décider par eux-mêmes.

Il ne fait désormais plus aucun doute que la colère des gilets jaunes est aujourd’hui loin d’exprimer un mouvement manipulé par l’extrême droite. On peut à cet égard noter que la « diminution du prix du carburant », qui avait pourtant initié le mouvement en novembre, est une des propositions les moins votée. C’est l’instauration d’un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) qui arrive en première position, avec plus de 90% des votes exprimés qui le place comme très prioritaire, mais aussi avec toute une flopée d’autres revendications portant sur le fonctionnement même du système politique actuel. « Instauration d’une 6ème République par une Assemblée Constituante Populaire », « Baisse et encadrement stricte du revenu du gouvernement et des élus et justificatif de leur frais », « Prise en compte réelle du vote Blanc », parmi celles jugées les plus « prioritaires ». Ces revendications expriment une fois de plus le caractère politique et la méfiance très importante et inédite à l’égard des institutions de la Vème république et du modèle de "démocratie" représentative, preuve, s’il en fallait, que le mouvement des gilets jaunes n’est pas seulement économique.

Le fait que le RIC arrive en première place est à la fois le signe d’un fort rejet du système politique actuel, mais pourrait être aussi une limite pour réaliser vraiment le "pouvoir au peuple" auquel aspire le mouvement, comme nous le développions dans cet article.

À côté de cela, les revendications économiques sont elles aussi très radicales. Ce que les différentes revendications les plus votées mettent en lumière, c’est bien le fait que ce sont aujourd’hui les patrons et les politiciens professionnels sur-payés qui sont dans le viseur : c’est la chasse accrue à la « fraude fiscale et patronale » qui arrive en deuxième position avec près de 90% des votes exprimés qui en font une priorité, mais encore la fin du CICE qui recueille près de 80%, à côté de quoi sont exigées la hausse du minimum vieillisse et des retraites à la hauteur du SMIC, une augmentation de celui-ci, et une revalorisation des salaires et du RSA. Une attention particulière est aussi portée aux services publics.

Enfin, contre tous les préjugés ayant pu circuler sur le mouvement, que ce soit du côté du gouvernement ou des médias voulant faire passer le mouvement pour réactionnaire, affirmant que les Gilets jaunes œuvreraient contre les préoccupations écologistes ou féministes, on voit au contraire fleurir sur le cahiers revendicatifs des questions touchant du doigt ces problématiques écologistes. En 6e position, on peut voir la revendication de « l’Egalité Femme/Homme salariale et parentale ». Les femmes sont en effet les plus affectés par les différents plans d’austérité et de casse de l’emploi, mais aussi les actrices fondamentales de ce mouvement, à tel point qu’une marche des femmes gilets jaunes est d’ores et déjà appelé le 6 janvier, à 11h.

Toulouse, un exemple de structuration démocratique pour le mouvement

La question de l’organisation et de la structuration du mouvement est une question primordiale pour que le mouvement des gilets jaunes ne s’essouffle pas. Si pour un mouvement aussi spontané, le manque d’organisation au départ se comprend, La grande méfiance dans les trahisons potentielles aussi. Aujourd’hui néanmoins tout le monde voit que le mouvement gagnerait à être plus organisé pour être capable d’aller plus loin.

De ce point de vue, on peut voir du côté de la région toulousaine une tentative intéressante de s’auto-organiser en reprenant notamment la forme des Assemblée Générale qui ont fait la force des victoires du passé. Différents cadres (assemblées générales, commissions pour traiter de sujet particuliers) ont en effet été mis en place depuis début décembre pour faire en sorte que les informations, discussions et décisions soient posées dans un cadre collectif, le plus démocratique possible.

S’il n’est pas toujours évident de s’organiser en étant plusieurs centaines voire plusieurs milliers, le cadre des Assemblée Générale permet néanmoins à tout le monde a le droit à la parole, et le droit de prendre part aux décisions permettant d’acter, à la majorité, les prochaines étapes de la lutte, et d’agir comme force collective, directement. Durant l’Assemblée, plusieurs interventions ont permis d’interroger la mise en place concrète du vote, qui s’est déroulé à l’aide de bulletins déposés dans une urne prévue à cet effet, une forme qui ne permet pas de contrôler démocratiquement le vote, puisque une même personne pouvait voter plusieurs fois. C’est notamment pour éviter ce genre de "cafouillages" que traditionnellement les Assemblée Générale préfèrent le vote à main levée, qui permet, à l’issue d’un débat, de trancher une position de manière transparente et collective.

Ces Assemblée Générale, qui ont permis à chaque fois de réunir près de 500 gilets jaunes à Toulouse, gagneraient à être "exportées" dans d’autres villes pour structurer durablement et démocratiquement la mobilisation des gilets jaunes. Elles sont aussi les meilleurs gardes fous contre les portes paroles auto proclamés qui voudraient parler à notre place. Et elles permettent, au contraire, d’arriver à des décisions collectives qui peuvent ensuite être portées par des personnes mandatées par l’Assemblée pour se coordonner avec d’autres villes, comme le suggère l’appel très progressiste des gilets jaunes de Commercy.

A Toulouse, la prochaine assemblée générale aura lieu dimanche 6 janvier, à 15h à Sesquières.

Crédit photo : DDM, Xavier de Fenoyl.




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