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A Villepinte, Zemmour mobilise son camp pour relancer sa candidature raciste et ultra-libérale

A Villepinte, Eric Zemmour a lancé dimanche sa candidature. Devant plus de 10.000 personnes, le candidat et ses soutiens (souvent folkloriques) ont tenté de relancer une campagne confrontée à de nombreuses difficultés dans un discours teintant son projet raciste et xénophobe d’accents populistes.

mardi 7 décembre 2021

Crédits photo : AFP

Ce dimanche, Eric Zemmour lançait sa candidature à Villepinte. Après une annonce de campagne qui avait connu un succès mitigé et plusieurs semaines de difficultés, l’évènement devait permettre à Zemmour de relancer une dynamique autour de sa candidature. Après les discours de ses (rares) soutiens, le journaliste d’extrême-droite a pris la parole pendant plus d’une heure en milieu d’après-midi.

Une pincée de « grand déclassement » pour faire avaler le « grand remplacement »

Dans un discours fleuve, Zemmour a commencé par remercier les personnes présentes. Revenant sur sa volonté de bouleverser le duel « Macron – Le Pen », le polémiste a alterné entre exaltation de sa candidature, victimisation et tentative d’identification à son public. « S’ils me méprisent, c’est parce qu’ils vous méprisent ! » a-t-il tonné, reprenant mot pour mot une formule de Donald Trump, avant de se défendre (de façon audacieuse) d’être « raciste », « fasciste » ou « misogyne ». Zemmour a ainsi insisté sur la dénonciation d’un « pouvoir » et de « médias » qui chercheraient à l’empêcher d’accéder à la présidentielle. Une rhétorique pour le moins surprenante de la part de ce pur produit des médias, à la carrière sponsorisée par Bolloré.

Zemmour a ensuite décliné son programme en choisissant de commencer par thématique du « grand déclassement », présentée comme le complément essentiel du « grand remplacement » qui monopolisait jusqu’alors son discours. Multipliant les évocations démagogiques du « peuple français », oublié par le « pouvoir » mais bien vivant « loin des centres-villes, loin des beaux quartiers », Zemmour, figure de l’élite médiatico-politique, a ainsi évoqué la question du pouvoir d’achat expliquant ressentir « les difficultés de tant de Français à boucler leurs fins de mois ».

En ce sens, celui qui s’oppose fermement à toute augmentation des salaires, a promis de « rendre un 13ème mois à l’ensemble des salariés qui touchent le SMIC » soit « 100€ de plus chaque mois »… par la réduction des cotisations salariales. En clair, un projet qui ne consiste rien moins qu’à préparer la destruction des acquis ouvriers - des retraites à la sécurité sociale en passant par l’assurance-chômage – dans la continuité du programme économique ultra-libéral de la droite et de LREM.

Après cette mesure, Zemmour a insisté sur le véritable cœur de son programme, rappelant sa volonté d’une « baisse massive des impôts de production sur toutes les entreprises » sous un tonnerre d’applaudissements, avant d’égrainer le projet de « réindustrialiser » la France, de favoriser les entreprises françaises dans la commande publique ou encore de « favoriser la transmission des entreprises de génération en génération. »

Plus classiquement, le candidat d’extrême-droite est ensuite revenu sur son programme xénophobe visant une « immigration zéro », une augmentation drastique des expulsions, des mesures de déchéance de nationalité ou encore la suppression du droit du sol, qu’il entend faire approuver par référendum pour contourner le pouvoir des « juges ». Sur ce volet qui demeure le cœur de sa candidature, le candidat a ainsi décliné une série d’attaques plus racistes les unes que les autres tout en cherchant à se mettre dans les pas d’une droite gaulliste qui aurait été trahie. Évoquant les « Etats-généraux de l’immigration » organisés par la droite en 1990, Zemmour s’est finalement adressé à l’électorat de droite, celui qui a soutenu son « ami » Eric Ciotti, en l’appelant à le rejoindre, taclant au passage Valérie Pécresse, Jacques Chirac et enfin Emmanuel Macron.

Un succès mais des contradictions qui demeurent

Après avoir déplacé son meeting du Zénith à Villepinte par crainte notamment de la mobilisation appelée par un large front d’organisations, Zemmour aura finalement réussi son pari sur un plan quantitatif en réunissant plus de 10.000 personnes et en s’offrant un discours lui permettant de se représidentialiser. Une démonstration de force pour le candidat d’extrême-droite qui peut lui permettre de retrouver une dynamique, malgré des contradictions qui restent apparentes.

A commencer par la nature de ses soutiens puisque, en dépit de sa volonté de sa « main tendue », les ralliements politiques sont apparus bien maigres lors de cette échéance centrale, entre figures marginales de la droite conservatrice comme Jean-Frédéric Poisson ou Laurence Trochu et personnalités folkloriques comme Pierre-Jean Chalençon, Benjamin Cauchy, Joachim Son-Forget ou Jacline Mouraud. A la tribune, les soutiens qui se sont succédés ne brillaient pas par leur prestige, et l’absence de Philippe de Villiers, déjà annoncée la semaine dernière, a été un camouflet.

En ce sens, Géraldine Woessner note dans Le Point à propos des soutiens : « « C’est maigre, c’est très maigre », reconnaissait dimanche soir un membre du premier cercle, espérant des ralliements venus du camp d’Éric Ciotti, candidat malheureux de la primaire LR, d’ici les vacances de Noël. « Pour l’instant, on a les mêmes acteurs qu’au moment de la Convention de la droite en 2019, Philippe De Villiers et Marion Maréchal en moins », relève un marioniste, présent dans la salle. « Même le nom du parti, » Reconquête « date de cette époque. » Une référence à la « Reconquista » chrétienne espagnole au Moyen-Âge, qui avait plu à Sarah Knafo. « C’est la droite catholique, celle du Trocadéro... On n’a pas encore touché la droite classique, ni la droite populaire. » Ce sera le défi des prochaines semaines. »

A l’inverse, la présence d’autres soutiens a été particulièrement visibles : celle des secteurs de l’extrême-droite extra-parlementaire, des militants de l’Action Française, qui se sont fondus dans la campagne de Zemmour, à des groupuscules fascistes comme les Zouaves. Symbolisé par le tabassage de militants de SOS Racisme venus organiser une action symbolique dans le cadre du meeting, ce soutien a braqué les projecteurs sur la violence d’une partie des sympathisants de Zemmour, chouchou de la fachosphère. Évidemment, l’action peut être perçue positivement par les franges les plus radicalisées de la base de Zemmour, surtout quand leur leader assume sur scène sa « brutalité » au nom de la « passion » et appelle à dégager la gauche des institutions. Mais, elle peut effrayer à une échelle plus large un électorat de droite plus âgé, en quête d’un candidat moins sulfureux.

En outre, les classes populaires, présentes dans le discours, semblent toujours largement absentes du soutien à Zemmour. Les profils des participants au meeting interrogés par Le Monde sont en ce sens évocateurs : ingénieur, cadre, retraité, gestionnaire d’assurance. Une majorité d’hommes, et pas d’ouvriers ou d’employés, corroborant des sondages qui montrent une faiblesse de la capacité de Zemmour à dialoguer avec cette partie de la population.

Pour sceller l’alliance entre « bourgeoisie patriote » et classes populaires blanches, Zemmour considère que le racisme et un peu de populisme pourrait suffire. Force est de considérer que ce pari-là est pour le moment loin d’être gagné, actualisant la nécessité de construire un projet politique révolutionnaire qui s’oppose pied à pied au discours réactionnaire de Zemmour et mette en avant un véritable programme ouvrier face à la crise.




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