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Du Pain et des Roses

violences sexuels et institution religieuse

À l’Église la pédocriminalité fait système : le rapport Sauvé révèle au moins 330 000 cas de mineurs abusés

C’est un véritable tremblement de terre qui secoue l’Église catholique en France. Un rapport commandé il y a trois ans et rendu ce mardi 5 octobre démontre l’ampleur dramatique et le caractère systémique de la pédocriminalité au sein des institutions religieuses.

jeudi 7 octobre

Crédits photo : Reuters

Les conclusions de l’enquête commandée à la Commission indépendante sur les violences sexuelles dans l’Église (CIASE) contenues dans le rapport Sauvé, du nom de l’homme qui l’a présidée durant trois ans, viennent d’être publiées. Cette enquête se concentre sur ces 70 dernières années, de 1950 à 2020, et s’appuie notamment sur un sondage Ifop auprès d’un échantillon représentatif de près de 30 000 personnes, des entretiens, des témoignages, évalués et synthétisés par une vingtaine de psychiatres, historiens, sociologues, médecins, etc.

Le rapport Sauvé est une première en France, dans un pays où les scandales de pédocriminalité au sein de l’Église catholique éclatent de plus en plus fréquemment depuis le début des années 2000. On songera notamment, pour ne citer que les affaires les plus récentes, au procès du Cardinal Barbarin qui avait couvert des violences sexuelles sur mineurs commises par des prêtres exerçant dans son diocèse, ou encore aux films Grâce à Dieu et Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Église, sortis tous deux en 2019 et faisant état de l’impunité et du silence qui règne autour des violences sexuelles au sein de l’Église.

Le rapport Sauvé, commandé en 2018 par les évêques catholiques de France, met en lumière l’ampleur de ces violences et de ces crimes sexuels. En 70 ans, c’est près de 220 000 personnes qui auraient été abusées lorsqu’elles étaient mineures par des membres du clergé, un chiffre qui atteint 330 000 si l’on compte les violences commises par des laïcs exerçant dans des institutions religieuses, et 80 % des victimes étaient des garçons (un taux inversement proportionnel au nombre de jeunes filles victimes de violence dans le reste de la société).

L’un des chiffres les plus évocateurs de ce rapport est la prévalence des violences sexuelles au sein des institutions religieuses en rapport avec d’autres milieux. En effet, les mineurs victimes de violences sexuelles sont deux fois plus nombreux en milieu clérical, comparativement à l’école, aux colonies de vacances, au sport.

En d’autres termes, non seulement les institutions religieuses sont loin d’être imperméables aux violences qui traversent l’ensemble de la société, mais elles semblent même les amplifier, les multiplier, tout en imposant une véritable omerta aux victimes. Durant les 70 ans sur lesquels se concentre l’enquête, le rapport fait état d’une moyenne de 2,5 à 2,9 % de prêtres en exercice ayant commis des violences sexuelles sur mineurs.

Depuis la parution du rapport, de nombreux représentants de l’Église catholique ont réagi, à commencer par le pape qui a adressé ses pensées aux victimes « avec un immense chagrin pour leurs blessures et gratitude pour leur courage de dénoncer » et invité l’Église de France à « entreprendre la voie de la rédemption ». Pourtant, ces paroles de soutien et les déclarations qui se multiplient ne changeront rien à la réalité de ces institutions religieuses, dont le patriarcat est un pilier fondamental, avec ce que cela implique de rapports de domination et de violences.

Car il s’agit de cette même Église qui s’attaque aux droits des femmes, tels que l’avortement et la PMA, et qui perpétue et couvre des centaines de milliers de cas de violences sexuelles. Des contradictions qui éclairent la façon dont le pouvoir patriarcal utilise ses institutions pour conserver sa mainmise sur la société, au prix de la vulnérabilité des enfants soumis à une morale absurde et archaïque.




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