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Politique

Europe forteresse

A la demande de la France, les frontières de l’espace Schengen se renforcent

Les 28 ministres de l'intérieur et de la justice européens se sont réunis vendredi suite à la demande expresse du gouvernement français de renforcer la « coopération anti-terroriste » au niveau européen suite aux attentats. Une poursuite à échelle européenne de la politique du tout sécuritaire du gouvernement PS. Elise Duvel

vendredi 20 novembre 2015

Des contrôles systématiques aux frontières de l’espace Schengen

Les ministres européens ont décidé vendredi que des contrôles obligatoires seront mis en place aux frontières extérieures de l’Union, y compris pour les ressortissants de l’UE.

Cette réforme doit "permettre les contrôles systématiques et obligatoires, à toutes les frontières extérieures et sur toutes les personnes entrant dans l’espace Schengen, y compris les bénéficiaires de la libre-circulation", a expliqué Bernard Cazeneuve.

Mais pour que ces contrôles renforcés, aujourd’hui réservés aux ressortissants de pays tiers, puissent vraiment devenir systématiques et obligatoires pour les membres de l’UE, une modification majeure des règles de l’espace Schengen est indispensable. En effet, les contrôles sur des ressortissants sont totalement proscrits par le code Schengen. Ainsi, pour faire passer cette refonte, des modifications seront proposées prochainement par la Commission européenne.

Sans attendre cette révision, les ministres ont décidé de rendre les contrôles systématiques pour tous. Plus question, comme aujourd’hui, de se contenter pour les ressortissants UE d’une vérification visuelle pour s’assurer que la personne est bien celle figurant sur la photo ; toute personne entrant dans la zone Schengen, qu’elle soit ou non bénéficiaire de la libre circulation, fera désormais l’objet d’un contrôle systématique, passant obligatoirement par une consultation du Système d’information Schengen (SIS) et d’Interpol.

La seconde décision prise par les 28 ministres de l’UE est d’instaurer un PNR européen (passenger name record c’est-à-dire les données des dossiers passagers) avant la fin de l’année. Le PNR vise à généraliser et harmoniser la récolte des données personnelles concernant les détails d’un voyage pour les passagers entrant dans l’UE.

Le tout sécuritaire s’étend à l’échelle européenne

Après le vote de la prolongation de 3 mois de l’état d’urgence et le renforcement des contrôles aux frontières dans l’hexagone, c’est bien un renforcement du tout-sécuritaire à l’échelle européenne qui vient d’être décidé à l’unanimité par l’ensemble des ministres des pays membres de l’UE, sous l’impulsion de la France. Une façon pour Hollande de s’affirmer sur la scène européenne et internationale.

Ces mesures n’auront aucun impact réel si ce n’est de renforcer les contrôles et le fichage de masse des classes populaires.

Ces nouvelles mesures sont en réalité un net recul de la liberté de circulation des citoyens de l’UE alors que dans le même temps, les flux de capitaux et de marchandises, eux, ne seront bien entendu absolument pas impactés par ces mesures sécuritaires.

A l’heure où l’État français intensifie les bombardements en Syrie et en Irak, il ne faut que du bon sens pour comprendre que la population va fuir d’autant plus la guerre. Ce renforcement de l’Europe forteresse ne fait que condamner des milliers de migrants à une traversée toujours plus dangereuse et conduisant à la mort certaine de milliers d’autres hommes, femmes et enfants fuyant la guerre et le chaos. Il semble aujourd’hui bien loin le temps ou les puissances impérialistes européennes affichaient un humanisme de façade, et les attentats de Paris ont permis à ces dernières de lâcher la bride en matière de politiques réactionnaires et xénophobes.




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