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Jeunesse

Etudiants et professeurs main dans la main

A la fac de Tolbiac, la mobilisation s’organise contre la réforme des retraites et la casse de l’université

Ce jeudi, pour la nouvelle journée de mobilisation appelée par l’intersyndicale, les étudiants de l’Université Paris 1 à Tolbiac ont décidé de s’affronter à la répression policière et administrative et de bloquer leur centre avant de rejoindre la manifestation.

samedi 8 février

Dans plusieurs universités de France, les étudiants ont décidé de répondre au rendez vous fixé par l’intersyndicale et de rejoindre le mouvement, lancé le 5 décembre par la RATP et la SNCF, contre la réforme des retraites. Depuis la rentrée, à Tolbiac, de nombreuses Assemblés Générales ont été organisées, notamment dans les UFR (Unités de Formation et de Recherche, les différents départements de l’université), et entrainées notamment par la dynamique des professeurs (surtout les doctorants précaires) et personnels, elles ont permis de construire un début de réponse à la nouvelle attaque du gouvernement contre l’Université, la LPPR (Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche), qui va renforcer le démantèlement de l’université publique ainsi que la précarité dans laquelle vivent étudiants et doctorants.

Même si le mouvement semble avoir du mal à prendre, à Tolbiac de nombreux cours alternatifs ont été organisés pour discuter des différentes contre réformes, inviter des grévistes, comme lundi lors d’une « réunion de convergence des luttes » où étaient invités des grévistes de la RATP et de la SNCF et des professeurs en grève. Jeudi, après une Assemblée générale unitaire professeurs, étudiants, personnels, réussie, en début de semaine,, les étudiants ont décidé de passer un cap dans leur mobilisation en bloquant le centre Pierre Mendès France, plus connu sous le nom de Tolbiac.

Un blocage réussi et qui a rimé avec l’affrontement aux forces de répression. Après avoir fait fermé la fac de force pendant un mois et demi pour empêcher toute construction d’une mobilisation et malgré les demandes des professeurs mobilisés, rempli la faculté d’une cohorte de vigile, appelé la police un jour d’Assemblée générale (10 camions de CRS avaient été garés juste à côté de la faculté), la direction de Paris 1 a passé un cap dans la répression en appelant la police pour empêcher les grévistes de la RATP et de la SNCF, venus en soutien, de rentrer dans le centre.

Cette fois, alors que les étudiants refusaient de se laisser faire et ont décidé de forcer le barrage pour faire entrer les grévistes, les policiers sont allés au contact et gazé les étudiants. Contre la volonté de la présidence de criminaliser les actions de mobilisation étudiante et pour lui rappeler à qui appartenait la fac, les étudiants mobilisés ont décidé de s’affronter à ceux qui souhaitaient empêcher leurs alliés, les grévistes de la RATP et de la SNCF, de pénétrer dans la faculté. Dans la logique de faire de leur fac un lieu « ouvert » et qui solidarise avec toutes les luttes en cours, les étudiants ont réussi à empêcher la police et les vigiles de gagner et montré leur détermination face à une administration qui cherche à cadenasser tout départ de feu dans la jeunesse.

Un affrontement qui a permis de faire de la faculté le QG de la mobilisation pendant une matinée. Mettant des banderoles dans la fac et organisant des ateliers pancartes et une Assemblée générale, les étudiants se sont réapproprié leur lieu d’études. Aucun cours ne s’est tenu, le centre était « en grève » et les amphis ont été débrayés.

Une étudiante en droit raconte pourquoi elle s’est mobilisée depuis le 5 décembre : pour elle le «  le blocage est important, pour montrer un point fort, montrer que le mouvement étudiant, malgré le blocage administratif, peut se réveiller, que l’étincelle de la jeunesse peut s’allumer  ».

Une action coup de poing réussie et qui a donnée lieu à une Assemblée générale, où sont intervenus les grévistes présents pour donner aux étudiants l’envie de se mobiliser et raconter leur combat contre le gouvernement, qui dure depuis le 5 décembre. Après avoir vu certains étudiants venir sur leurs dépôts, notamment pour bloquer les bus, ces grévistes de la coordination RATP/ SNCF avait décidé de répondre à leur appel et de venir avec eux bloquer leur fac.

« Je ne sais pas à quoi elles servent vos études en réalité parce que l’avenir qu’ils vous proposent c’est un avenir de précaires. C’est un avenir qui fait que des camarades comme Anas à Lyon ou une autre camarade à Bordeaux ont fait des tentatives de suicide » a souhaité leur dire Anasse, gréviste à la SNCF. Contre la volonté du gouvernement de faire des étudiants des précaires pour tout leur vie, contre « tout ce monde, où Bolsonaro peut faire cramer l’Amazonie », contre « le fait que des femmes meurent sous le coup de leur mari », il a donné espoir à la jeunesse de se battre.

Car, en vérité, il ne s’agit pas juste d’un passage de relai, mais de la volonté de construire ensemble un mouvement d’ampleur contre le gouvernement et le monde néolibéral. Alors que la jeunesse, après les défaites de 2016 et 2018, semble prise de court par la pression scolaire et l’illusion méritocratique, le combat mené par les grévistes est la démonstration de la possibilité de gagner.

Pour montrer leur force dans la rue, les étudiants se sont joints au cortège massif de l’ESR, aux côtés de leurs professeurs et après avoir fait le chemin de Tolbiac à P7 puis P5 en passant par des lycées, le cortège est arrivé en nombre à République pour rejoindre le reste de la manifestation.

Une manifestation qui a montré le regain de mobilisation dans une partie de la jeunesse mais il s’agit aujourd’hui de continuer de construire le mouvement pour lui donner de l’ampleur et qu’il puisse rejoindre le combat mené par les grévistes mais aussi les lycéens, une autre partie de la jeunesse qui aujourd’hui s’affronte à Blanquer et son bac au rabais. Avec comme ligne de mire la date du 5 mars, il s’agit de faire de Tolbiac un pont névralgique de la mobilisation et de construire une grève massive de l’ESR contre un gouvernement qui n’a que la précarité et la casse de l’Université à offrir. Lundi une nouvelle Assemblée générale aura lieu à Tolbiac, à 17h.




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