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Notre classe

Nouvelle mobilisation réussie des hospitaliers

AP-HP. La lutte de l’hôpital public doit gagner !

Rédaction Troisième journée de mobilisation réussie à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (APHP), ce jeudi 11 juin. Sur les 38 hôpitaux et structures que compte l’Assistance Publique à Paris et en proche banlieue, hormis le personnel assigné qui travaillait pour assurer le suivi des patients, c’était le calme plat. La grève a été bel et bien massive. Le gouvernement, qui entend faire pourrir le conflit en espérant le faire traîner jusqu’à l’été, a beau jeu d'affirmer que le taux de grévistes était de 21,5%, selon la direction, après respectivement 34% et 24,34% les 21 et 28 mai. Mais c’était bien entre 10 et 15.000 manifestants, infirmières, aides-soignantes, brancardiers, blouses blanches en tout genre qui ont fini la journée Place Saint-Augustin, dans le quartier de l’Elysée, pour faire comprendre à l’Exécutif que la logique austéritaire, à l’hôpital public, ne passera pas. Malgré les gaz lacrymogènes, la détermination et la volonté de poursuivre étaient palpables.

lundi 15 juin 2015

Dès le matin, à 10h, les équipes syndicales et les cortèges de grévistes sont arrivés pour se masser sous les fenêtres du siège de l’AP-HP, avenue Victoria, même si le Conseil de Surveillance de l’Assistance Publique, présidé par Anne Hidalgo, la maire de Paris, avait été délocalisé « à titre exceptionnel » à l’Hôtel Scipion, pour éviter le rassemblement. Pompidou, Avicenne, Cochin, Bretonneau, Tenon, La Salpêtrière, Bichat, Henri Mondor pour n’en citer que quelques-uns, tous étaient présents. A leurs côtés, des délégations d’hôpitaux de province, parfois des équipes syndicales très fournies comme pour Angers, Besançon, Le Havre ou Lille, conscientes que l’attaque actuelle ne concerne pas uniquement l’AP-HP mais l’ensemble de la Santé publique.

Le plan Hirsch

Ce qui est en jeu, sous prétexte de réaliser des économies, c’est une reconfiguration profonde du travail hospitalier des personnels. C’est ce pour quoi Martin Hirsch a été nommé, en novembre 2013, au poste de Directeur Général de cette énorme structure publique. L’ex-président d’Emmaüs France a rapidement montré ce qu’il entendait par « fibre sociale » et « dialogue ».

Hirsch veut en effet réaliser des économies sur le dos des salariés de l’AP-HP, soi-disant pour améliorer le service aux patients, assainir les comptes et éviter, ainsi, le licenciement de 4000 personnes. Face à un tel chantage, les agents devraient accepter une refonte de leur temps de travail, et ce alors que leurs salaires sont gelés, comme pour tous les fonctionnaires, depuis cinq ans. Pour ce faire, la direction entend rogner sur les RTT des agents hospitaliers. Le tour de passe-passe est présenté de la façon la plus cynique possible : le temps de travail serait raccourci de six minutes par jour, en diminuant les temps de transmission, ces moments où deux équipes se croisent et se transmettent les informations sur les patients. En limitant la journée de travail à 7 h 30, au lieu de 7 h 36, puisque la journée est plus courte, la semaine le serait également. Elle ne serait plus que de 37 h 50 environ, ce qui ouvre des droits à 15 jours de RTT seulement, au lieu de 18 actuellement (sans compter les deux journées de RTT extraréglementaires accordées en 2002 à l’AP-HP, ainsi que sur les journées « médailles », qui récompensent l’ancienneté, ou la journée « fête des mères »). Ce seraient donc entre cinq et neuf jours de RTT qui seraient ainsi supprimés, au profit des économies à réaliser. Cynisme absolu, dans la mesure où, comme chaque patient et salarié hospitalier le sait, les personnels passent bien plus que 7h36 à leur poste par jour, notamment pour faire face aux demandes et aux nécessités des malades.

Pressions, répression et détermination

Face à la colère des salariés qui ont appris en mai la réforme par voie de presse, Hirsch a lui aussi donné de la voix, en donnant l’ordre d’intensifier la pression sur les grévistes par tous les moyens nécessaires. Côté directions hospitalières, on ne compte plus les cas de salariés menacés de convocation, les banderoles de grévistes arrachées devant les structures (alors qu’il s’agit, souvent, de la seule façon pour les personnels assignés de manifester leur solidarité avec leurs collègues pendant les débrayages), les visites d’huissiers et les procédures disciplinaires qui sont instruites. Côté DG, Hirsch a choisi de rompre avec un usage qui voulait, jusqu’à présent, que les grévistes choisissent entre le retrait sur salaire et renoncer à un jour de congé en cas de grève. Le ministère souhaite que des amputations de fiches de paie soient réalisées systématiquement pour les grèves de juin.

Car le gouvernement est, en effet, conscient que le mouvement peut perdurer et prendre de l’ampleur. Il se prépare donc à un conflit qui pourrait se durcir et cherche tous les moyens pour le faire pourrir, pour diviser l’Intersyndicale conduite, notamment, par FO, la CGT et Sud Santé. C’est, par conséquent, à l’élargissement du combat que les salariés de l’AP-HP doivent se préparer, car c’est la clef de leur victoire, pour déjouer le piège qui leur est tendu.

Elargir le mouvement et accélérer le calendrier. Le mandat de la base auquel les directions syndicales doivent répondre

Côté base, la mobilisation est très forte, le degré de conviction également de même que la volonté de maintenir un fort lien avec l’opinion publique, à savoir les patients potentiels, pour contrer les mensonges du gouvernement. De la même façon, les agents hospitaliers sont conscients que la bataille qu’ils mènent ne concerne pas uniquement l’AP-HP ni la Santé mais, plus globalement, toute la logique austéritaire et pro Medef du gouvernement : « A l’hôpital il y a trop de travail, à l’extérieur il y a trop de chômeurs : embauchez les chômeurs ». Le slogan phare de la mobilisation, qui va de pair avec « ni négociable, ni amendable, retrait du projet Hirsch », devrait faire réfléchir les directions syndicales quant à volonté de combat des hospitaliers.

Le prochain rendez-vous est fixé au 25 juin, pour une journée nationale de la Santé. Mais il est clair aux yeux des grévistes qui se sont réunis en AG, jeudi après-midi, à l’hôpital Tenon (et qui comptent se retrouver, vendredi 12, à Bretonneau), qu’il n’y a pas de temps à perdre, et que l’unité, a minima, doit s’opérer en direction de toutes les structures hospitalières, au niveau national.

Pour l’instant, Hirsch continue à bénéficier du soutien du gouvernement, mais sa ministre de tutelle, Marisol Touraine, ne se presse plus autant qu’avant pour dire tout le bien qu’elle pense de l’ancien Monsieur Emmaüs. Pour les personnels de l’AP-HP, il y aurait bien la possibilité de gagner, et ce avant l’été, en imposant le retrait du projet Hirsch. Une victoire des hospitaliers serait un signe extrêmement fort qui serait envoyé à l’ensemble du monde du travail. C’est la raison pour laquelle le gouvernement campe autant sur ses positions. C’est la raison également pour laquelle les directions syndicales qui ont été dans la bagarre jusqu’à présent, et qui connaissent les intentions du gouvernement, doivent répondre au mandat des grévistes qui entendent poursuivre avec le rapport de force dans les plus brefs délais et l’étendre à la province sans attendre le 25. La meilleure façon de garantir cela serait d’avancer dans une coordination des établissements en lutte, une tradition très présente dans le milieu hospitalier.

Une victoire de l’hôpital public serait une première victoire majeure sous Hollande. La situation politique en serait changée, positivement, pour notre camp. C’est la raison pour laquelle la mobilisation des hospitaliers et leur capacité, dans les prochains jours, à l’approfondir, est aussi centrale.




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