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Notre classe

Avis au gouvernement

ASH : « C’est sympa de nous applaudir, mais au boulot on nous traite comme de la merde »

Nous retranscrivons ici un témoignage anonyme d'une ASH (agent de service Hospitaliers) travaillant dans une clinique toulousaine. Ces petites mains invisibles de la santé, chargées de l'entretien des locaux et de l'hygiène, sont plus que n'importe qui, en première ligne de l’épidémie. Pourtant ces dernières travaillent dans des conditions scandaleuses, avec le sentiment « d’être réduites à des moins que rien »

lundi 27 avril

Dessin : Genguiz Gokaltay

Je travaille en tant qu’ASH dans une clinique Toulousaine. Si je fais un témoignage anonyme c’est surtout parce que je suis en CDD comme beaucoup de mes collègues. Pour raconter ce qu’il se passe depuis le début de l’épidémie dans notre clinique, toutes les opérations non urgentes on été arrêtées donc quasiment l’ensemble des étages ont fermé leur portes. Moi je bosse dans un service qui est resté ouvert. Mais pour les services qui ont fermé, beaucoup d’ASH qui étaient comme moi en CDD ont été renvoyées chez elles. Ce qui est scandaleux déjà, c’est que celles qui sont confinées actuellement ne sont pas payées. Pour elles pas de chômage partiel. Et de ce qu’on commence à comprendre, quand les services rouvriront il faudra rattraper le retard. Autrement dit elles devront bosser double. D’autres ont vu leur contrat s’arrêter en plein milieu de la crise sanitaire et sont maintenant au chômage.

Pour celles comme moi qui travaille actuellement, depuis l’arrivée du Coronavirus on vit un enfer. On fait des journées de 12 h avec des cadences intenses. S’ajoute à ça un autre scandale, c’est l’absence de protection. On a tout de suite vu que le discours du gouvernement sur les soi-disant commandes de masques pour répondre aux besoins des personnels hospitaliers, c’était du pipeau. Un beau jour on est arrivé à la clinique, tout le monde avait des masques... sauf nous. Et ça alors qu’on est amené à se retrouver au contact des patients dans certaines situations. Niveau direction, il n’y avait aucune communication. En conséquence, on a dû nous-mêmes se mettre à chercher où étaient les stock de masques. Après avoir trouvé ou ils étaient stockés, on a commencé à se servir de nous-mêmes. C’est très gênant parce qu’on a l’impression d’être des voleuses à devoir aller prendre par nous-mêmes un masque chaque matin.

Du coup, on prend un masque par jour pour ne pas vider les stocks, mais ça reste ridicule en termes de protection, vu qu’on fait des journées de 12 heures. On sait bien que dans ces dispositions, les masques ne nous protègent pas vraiment, mais on les met surtout vis-à-vis des patients pour faire bonne figure. Aussi sur la fameuse prime pour tous les travailleurs et travailleuses en première ligne, du côté de la direction c’est silence radio. On commence de plus en plus à se dire qu’on n’aura rien. C’est limite si le sujet de la prime est devenu un tabou.

On sent vraiment l’hypocrisie ambiante. Plus récemment, ça s’est incarné quand des entreprises sont venues faire des dons pour remercier les personnels de la santé. On nous a fait faire des super photos officielles pour remercier les entreprises, mais juste après on s’est rendu compte que les dons n’étaient pas pour les ASH. Certaines collègues on tenté d’insister pour en avoir, mais on leur a carrément refusé en leur disant que ça n’était pas pour nous.

On nous traite comme des moins que rien, pourtant c’est nous qui travaillons le plus en ce moment, en première ligne de cette crise sanitaire. C’est sympa de nous applaudir à 20 h le soir, mais dans la réalité au boulot on nous traite vraiment comme de la merde.