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Abandon de la réforme par point : le projet de Macron mis en échec, le combat des retraites continue

L’abandon annoncé par le gouvernement du système de retraite par point sonne comme un échec majeur de l’une mesures phares de Macron. S’il est lié à des considérations tactiques vis-à-vis de la droite, cet abandon est indissociable du grand mouvement de grève porté par la RATP et la SNCF qui a empêché la réforme. Une victoire a posteriori, même si Macron compte bien s’en prendre à nos retraites.

lundi 15 novembre

Crédits photo : O Phil des Contrastes

Le lendemain de l’allocution de Macron, le ministre de l’économie Bruno Le Maire admettait l’échec du gouvernement sur la réforme du système de retraite à point. « Je reconnais que nous avons échoué sur ce sujet », affirmait-il sur France Inter. Invitée sur BFM TV ce lundi, Elisabeth Borne a confirmé l’échec en annonçant que le système de retraite à point pourrait être enterré par le gouvernement. « Le système à points n’a pas forcément été très simple, et en tout cas il a pu créer de l’inquiétude » a-t-elle notamment expliqué avant de préciser : « Ce système par point c’est une façon de s’assurer qu’on prend en compte l’ensemble de la durée d’activité… Il y a d’autres façons de le faire et peut-être que c’est préférable ».

Le système par point : une réforme d’ampleur retirée sous pression d’un mouvement de grève historique et de l’épidémie et définitivement enterrée ?

Une déclaration qui a été perçue largement comme une annonce de l’enterrement de la réforme emblématique voulue par Macron. Imaginé à l’issue de mois de concertation menées par Jean-Paul Delevoye, ce système « universel » s’annonçait comme une refonte en profondeur du système de retraites. Reposant sur la liquidation de l’ensemble des régimes spéciaux, le nouveau fonctionnement consisterait à convertir les cotisations des salariés en points, cumulés tout au long de la carrière, et dont la somme déterminerait le niveau de la pension touchée une fois l’ensemble des trimestres cumulés.

Pour les classes dominantes le système avait plusieurs atouts. D’abord, la retraite serait désormais calculée sur l’ensemble de la carrière, et non plus sur les 25 meilleures années pour les salariés du privé ou les 6 derniers mois pour les fonctionnaires, diminuant ainsi le montant des pensions. Ensuite, l’État pourrait jouer sur la valeur point pour réduire unilatéralement le niveau des pensions. Enfin, à un niveau plus structurel, la réforme, plébiscitée par un fonds comme BlackRock, était largement perçue comme une première étape vers le passage d’un système de retraites par répartition à un système par capitalisation.

Politiquement, cette réforme avait par ailleurs l’intérêt de simuler un objectif égalitaire « d’universalité » et de donner l’impression de ne pas toucher à l’âge de départ, mesure perçue à raison comme particulièrement injuste. Pourtant, ces arguments étaient battus en brèche par la réalité d’un nivellement par le bas, ainsi que le maintien d’un âge de départ et l’introduction d’un âge pivot, en dessous duquel la retraite subirait une décote.

En ce sens, les grandes déclarations du gouvernement n’ont pas empêché une mobilisation massive contre le projet, avec une grève record dans les transports franciliens (RATP, SNCF), paralysant la capitale pendant près de deux mois, et des mobilisations dans différents secteurs comme l’Éducation nationale mais également des bastions du privé tels que la pétro-chimie. Un mouvement qui a créé un rapport de forces avec le gouvernement jusqu’à le conduire à retirer sa réforme dans le contexte de l’épidémie, sans oser la reprendre depuis. Mais si l’émergence d’une pandémie mondiale a fait obstacle à Macron, il est clair que la réforme des retraites par point ne serait pas enterrée aujourd’hui sans la mobilisation historique des grévistes de la RATP et de la SNCF. Si son report suite à la pandémie sonnait comme une forme de match-nul entre le gouvernement et les grévistes, son abandon définitif par Macron n’est ni plus ni moins qu’une victoire a posteriori.

Une décision à lire dans le contexte de la bataille pour l’électorat de droite

Pour autant, le retrait de la réforme par point est loin de signifier un abandon de la réforme des retraites, qui reste la mère des réformes pour les classes dominantes et Macron. Celui-ci a notamment insisté mardi sur sa volonté de repousser l’âge de départ, de « supprimer les régimes spéciaux en harmonisant les règles entre public et privé » et « d’encourager le travail au-delà de l’âge légal », tout en agitant la carotte de « faire en sorte qu’au terme d’une carrière complète aucune pension ne puisse être inférieure à 1.000 euros »

En clair, la question d’une attaque brutale contre nos retraites est toujours d’une imminente actualité, bien qu’elle ait été reportée du fait d’évènements relativement indépendants de la lutte de classe comme la pandémie, ou la proximité de l’échéance présidentielle, qui rend toute réforme de ce type impossible, voire suicidaire.

Derrière cet abandon se cache aussi une nécessité tactique cruciale pour Macron. En vue des présidentielles, celui-ci doit consolider sa base électorale de droite en dispute avec Les Républicains. Alors que l’explosion de la dette publique est mis à l’index par ses opposants, la nécessité de mesures d’âges pour diminuer le déficit devient indispensable pour séduire l’électorat de droite. Le discours se doit donc d’être plus lisible, en se départissant de la technicité du système à point, pour dialoguer proposition contre proposition avec la droite. Les candidats à la primaire des Républicains sont en effet tous partisans d’un recul de l’âge de départ à 65 ans, à l’exception de Xavier Bertrand qui défend un départ à 64 ans, et de la suppression des régimes spéciaux. Edouard Philippe, qui joue les rabatteurs pour Macron tout en gardant une certaine indépendance, est quant à lui allé jusqu’à évoquer un âge de départ à 67 ans ! En clair, l’abandon de la réforme par point répond aussi à des considérations tactiques, à lire dans le contexte de sa bataille pour l’hégémonie sur l’électorat de droite alors que Les Républicains manquent d’un leader incontesté.

Pour notre classe, ce qu’il faut retenir de cet échec de Macron c’est que ce recul est indissociable du rapport de forces noué par une partie du mouvement ouvrier à l’hiver 2019 – 2020 contre le gouvernement. C’est en effet ce mouvement qui a rendu le maintien de la réforme inconcevable au début de l’épidémie, et conduit sa relance à être repoussée à l’après-2022 par crainte de la rue. Une crainte qu’exprimait en premier lieu le patron du MEDEF en juin dernier. Dans la perspective de la grande offensive anti-sociale voulue pour l’après 2022, ce combat, entamé avec force par les travailleurs des transports, continue.




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