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Politique

NOS VIES PAS LEURS PROFITS

Accidents, cadences infernales : un rapport décrit l’horreur des conditions de travail chez Amazon

Un rapport sorti ce mardi revient sur les conditions de travail désastreuses dans les entrepôts Amazon. L’entreprise américaine, qui cumulait 8,1 milliards de bénéfices en 2020, impose un rythme insoutenable à ses salariés pour maximiser ses profits.

mercredi 2 juin

Source photo : AFP

Ce mardi, le journal Le Monde expliquait que le jour-même, Amazon avait déclaré assouplir le contrôle des salariés dans ses entrepôts, à la suite d’un « nouveau rapport accablant ».

Le rapport accuse des conditions de travail exécrables des salariés des entrepôts Amazon et pointe sévèrement du doigt le système « Time off Task ». Ce dernier, comme le montre l’article du Monde, « mesure la productivité de chacun des ouvriers chargés de trier, d’emballer et de déplacer les colis ». Ce système sert donc au patronat pour avoir une emprise totale sur leur main d’œuvre, afin de maximiser leur profit, tout cela évidemment au dépens des conditions de travail des salariés.

Dans ces mêmes entrepôts, les salariés n’ont souvent même pas le temps de se rendre aux toilettes, et quand ils y sont autorisés, leur passage est chronométré, mesuré, comparé. Les salariés n’ont aucun répit : en moyenne, les personnes travaillant dans un centre logistique Amazon doivent préparer 150 colis par heure. Les contrôles en terme de productivité sont nombreux, et au mépris des conditions de travail des travailleurs et de leur dignité (comme dans le cas du chronométrage des pauses toilettes ou bien des fouilles au corps quotidiennes à l’entrée des entrepôts). Pourtant, l’entreprise multiplie les discours autour du « développement personnel » : ils poussent les travailleurs à se dépasser chaque jour, notamment en identifiant des « top performers » pour instaurer une compétitivité constante entre les salariés.

Dans un article sur les conditions de travail dans les entrepôts Amazon en France, le journaliste Antoine Piel écrit que « outre les rappels à l’ordre par les managers, Amazon envoie également des « courriers de sensibilisation » au domicile des salariés pour pointer leur manque de productivité et appeler à augmenter la cadence. Dans l’une des lettres adressée à un salarié opéré à la cheville, que nous nous sommes procurée, la direction écrit : « Nous vous appelons à ne pas prendre de pauses déraisonnables [...], en l’absence de quoi nous serions contraints d’en tirer les conséquences » ». Ce système de pression constante, couplé aux tâches répétitives largement répandues, entraîne de nombreux troubles musculo-squelettiques parmi les travailleurs. Rien qu’en 2020, 6% des salariés Amazon ont été victimes d’un accident du travail au sein d’un entrepôt. Ce chiffre, comme l’indique le rapport publié le 1 juin, est « 80% plus élevé que pour les autres entreprises de logistique ». D’autant plus, pendant la pandémie, aucune mesure sanitaire n’ont été mise en place pour les travailleurs afin de se protéger contre le Covid-19, et des masques ont été mis à disposition des salariés des entrepôts seulement le 1 avril 2021, c’est-à-dire plus d’un an après le début de la pandémie, et après des nombreuses revendications salariales.

Dans l’article du Monde, Dave Clark, vice-président senior des opérations de vente au détail d’Amazon, a envoyé une lettre aux salariés de l’entreprise pour répondre au rapport publié. Sa réponse fait office d’insulte tant elle parait déconnectée de la réalité des travailleurs. Il y remarque que le système Time Off Task, qui assure un contrôle complet du rythme de travail des salariés, « peut facilement être mal interprété ». S’il refuse de repenser l’utilisation d’un tel système, il accorde seulement des miettes aux travailleurs, affirmant qu’« à partir d’aujourd’hui, le “Time off Task” durera plus longtemps en moyenne ». Sa réponse apparaît d’autant plus comme un crachat au visage, lorsqu’on compare l’augmentation de la fortune de Jeff Bezos, qui a augmenté de 74,4 milliards de dollars en 2020, et les conditions de travail auxquelles sont soumis les salariés d’Amazon.

Mais face à l’exploitation qu’ils subissent, il existe des brèches pour que les travailleurs du secteur s’organisent. Dans ce sens, le mouvement de syndicalisation dans les entrepôts Amazon, lancé en 2020 par des employés de l’Alabama commençait à montrer la voie : Après avoir été en première ligne pendant la crise du Covid-19, les travailleurs des entrepôts Amazon (et notamment celles et ceux du Fullfillment Center à Bessemer en Alabama) ont lutté pour la création d’un syndicat sur leur lieu de travail. S’ils n’ont pas réussi à faire aboutir la création d’une structure syndicale, notamment à cause de l’importante répression syndicale à laquelle ils ont du faire face, le combat est loin d’être terminé. Car pour affronter les grands patrons, qui sont prêts à sacrifier la santé et la dignité des travailleurs pour les profits, l’auto-organisation sur les lieux de travail reste une méthode primordiale.




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