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Débats

Ecologie anticapitaliste

Accord sur le méthane à la COP26 : pourquoi le capitalisme n’empêchera pas la catastrophe climatique

"Il est clair que le capitalisme est structurellement incapable d'arrêter la catastrophe climatique. On ne dit pas assez que cette incapacité est accrue spectaculairement par son régime néolibéral. C'est ce que montre bien, par exemple, l'accord sur le méthane obtenu à la COP26." Nous relayons en tribune libre ce billet publié par Daniel Tanuro, militant du Secrétariat Unifié - IVème Internationale, dimanche.

lundi 8 novembre

Crédits photo : REUTERS/Kevin Lamarque

Nous relayons comme tribune libre, avec l’autorisation de l’auteur, ce billet publié dimanche 7 novembre sur Facebook par Daniel Tanuro, membre de la Commission écologie de la IVème Internationale - Secrétariat Unifié et de sa section belge et auteur notamment de "Trop tard pour être pessimistes. Ecosocialisme ou effondrement" paru en 2020 aux éditions Textuel.

Il est clair que le capitalisme est structurellement incapable d’arrêter la catastrophe climatique. On ne dit pas assez que cette incapacité est accrue spectaculairement par son régime néolibéral. C’est ce que montre bien, par exemple, l’accord sur le méthane obtenu à la COP26.

A court-terme, le pouvoir radiatif (pouvoir réchauffant) du méthane est 80 fois supérieur a celui du CO2. Mais le méthane est rapidement éliminé de l’atmosphère, raison pour laquelle, sur cent ans, on parle d’un effet 30 fois supérieur à celui du CO2.

Une partie substantielle des émissions de méthane est directement due à des activités humaines : fuites sur le réseau de gaz, au niveau des puits de pétrole ou des mines de charbon. Empêcher ces fuites est relativement aisé et ne demande pas de changements structurels de l’appareil productif. L’impact climatique immédiat peut être très important.

A la COP, plus de 100 pays se sont engagés à réduire leurs émissions de méthane de 30% d’ici 2030. Si cette réduction était effective, le réchauffement en 2050 serait réduit de 0,2°C. Au point où nous en sommes, ce n’est pas négligeable. Seulement voilà : rien ne garantit qu’elle sera effective cette réduction. L’engagement n’est qu’une déclaration d’intention, il n’y a pas de quotas par pays et par conséquent pas de pénalité en cas de non-conformité...
Le contraste est frappant avec le protocole sur la protection de la couche d’ozone, signé en 1993. Par ce texte en effet les signataires décidaient d’éliminer purement et simplement les émissions de chlorofluorocarbures (CFC). Une échéance était fixée et un fonds mondial était créé pour aider les pays du Sud à appliquer l’accord. Résultat : baisse de 80% des émissions de CFC en une vingtaine d’années.

Par la même méthode de régulation et de solidarité mondiale il serait possible de réduire les émissions de méthane. Pas toutes, car réduire les émissions des écosystèmes et de l’agriculture est plus compliqué. Mais les fuites dans l’appareil industriel-extractif pourraient être quasiment éliminées.

La question est donc : pourquoi ne fait-on pas pour le méthane ce qu’on a fait pour le CFC ? La réponse est assez simple : si les gouvernements ont recouru à la régulation dans le second cas, c’est parce que le géant de la chimie US, Dupont De Nemours, avait une solution technique alternative et très rentable aux CFC. Une solution qui lui permettait en plus de se présenter en sauveur de la planète... Adopter une régulation pour interdire les fuites de méthane, par contre, imposerait aux compagnies des investissements dont le prix est supérieur a celui du gaz économisé.

Les USA et le Canada, cependant, semblent disposés à réguler pour éliminer les fuites. L’UE également. En fait, c’est logique : à part les boutefeux à la Trump, les responsables capitalistes commencent à paniquer face au basculement climatique. Or, insistons-y : contrairement à la réduction drastique des émissions de CO2, réduire les fuites de méthane a l’avantage de ne pas nécessiter de changement structurel de l’appareil productif...

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres : la Chine et la Russie ne sont pas parties prenantes de l’engagement sur le méthane. Cela servira certainement de prétexte aux capitalistes d’autres pays pour faire de la résistance, au nom de la compétitivité. Du coup, si régulation il y a, reste à savoir qui paiera la facture...

De toute manière, même une régulation contraignante sur les fuites de méthane ne donnerait qu’un petit répit face à la catastrophe. Celle-ci, en effet, ne peut être arrêtée qu’en réduisant a zéro les émissions nettes de CO2, car ce gaz, contrairement au méthane, s’accumule dans l’atmosphère. Et au point ou le capitalisme nous a menés, il n’y a plus de marge de manœuvre : il faut produire moins, transporter moins et partager plus. Il faut UN PLAN pour partager le travail nécessaire, les richesses, le temps et l’espace.




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