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Du Pain et des Roses

Violences sexuelles

Accumulation glaçante : trois nouveaux témoignages accablants dans l’affaire PPDA

Ce dimanche, un mois après les prises de parole des victimes de PPDA, trois nouveaux témoignages viennent accabler l'ex-présentateur de télé. Après des dizaines d'années d'impunité, ces nouveaux témoignages rappellent l'ampleur des violences commises.

mercredi 15 décembre 2021

Crédits photo : LOÏC VENANCE / AFP

Ce dimanche 12 décembre, un mois après les prises de paroles de victimes dans Libération, trois nouvelles victimes de PPDA, s’ajoutant aux 23 déjà existantes, témoignent dans le reportage de Sept à huit baptisé : « PPDA face à ses accusatrices ».

L’une d’entre elles, Caroline, mineure au moment des faits (1988) raconte : elle avait 16 ans à l’époque et passionnée par le théâtre, elle rêve de rencontrer Francis Huster. Caroline contacte alors Patrick poivre d’Arvor, qui selon elle, pourrait l’aider. Mais dès leurs premières conversations téléphoniques, PPDA, à l’époque quarantenaire va demander à cette jeune femme de 16 ans si elle aimerait avoir des relations sexuelles avec M.Huster. Suite au refus de Caroline, M.Poivre d’arvor changera de sujet en l’invitant à assister à une émission.
Lors de leur rencontre le journaliste proposera à la jeune femme de le suivre en coulisse : « Il m’invite à rentrer dans sa loge, à m’asseoir sur le canapé. Ça commence par un échange normal. Il était assis à côté de moi sur le canapé et à un moment donné il a commencé à avoir des gestes déplacés. » C’est suite à cela qu’elle témoigne de son viol : « Sans quoique ce soit d’autre, il me pénètre  ».

Sous le choc, elle rentre chez elle et n’en parle à personne, mais plus tard elle trouve le courage d’aller témoigner de ce crime au journal minute qui publiera un article nommé « Un satyre à TF1 ». Ce témoignage, paru avant le mouvement #MeToo et la prise de conscience des violences sexistes et sexuelles subies par les femmes dans tous les milieux, passe inaperçu.

Amandine Cornette de Saint Cyr, après la prise de connaissance de l’article du 8 novembre révélant les violences que PPDA faisait subir à ces femmes ayant libéré leur parole, décide de témoigner à son tour des faits, en parti raconté mais sans dévoiler l’identité de l’agresseur en 2018. PPDA lui avait proposé de monter les marches à Cannes avec lui et simulant un retard, il invite la jeune femme dans sa chambre. Ce témoignage est l’exemple même du renversement du rapport coupable victime puisqu’Amandine dit elle même qu’elle était figée considérant qu’elle aurait pu réagir : « il n’y a pas eu de violences et j’aurais pu me défendre ». Rappelons seulement la définition juridique du viol à savoir « un acte de pénétration sexuelle commis sur la victime ou sur l’auteur de l’acte avec violence, contrainte, menace ou surprise ». Le caractère non consenti du rapport suffit à le qualifier de viol et c’est en cela que l’affaire dévoile une situation bien connue mais pourtant tellement actuelle de culpabilisation des victimes.

Alors que l’officier de police chargé de l’affaire présentait : Patrick Poivre d’Arvor « comme un prédateur sexuel abusant de sa notoriété et usant d’un mode opératoire similaire dans l’approche de ses victimes et dans la brutalité de ses actes », l’enquête préliminaire est classée sans suite en juin dernier. Ces nouveaux témoignages relatant des faits qui ne sont pas prescrits pour la plupart (prescription 20 ans pour crime) pourrait être le moyen juridique pour réouvrir l’enquête. Or la réalité est toute autre, l’ affaire montre, encore une fois, la protection judiciaire dont est bénéficiaire la bourgeoisie. En effet le comportement de PPDA était bien connu que ce soit à TF1 ou même dans le monde médiatique plus généralement. De fait, son invitation au journal de Quotidien le 3 Mars dernier montre que son influence, malgré le scandale, est toujours très importante mais surtout que ses puissants soutiens ne le lâchent pas, comme plusieurs membres de la rédaction.

Cette négation par la justice des crimes et délits subis par ces femmes démontre, une fois de plus, la toute puissance des institutions et en l’occurrence des médias bourgeois, préférant invoquer à tort et à travers l’argument de la prescribilité pour justifier la non prise en considération de ces témoignages.