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Du Pain et des Roses

Accusation de viol

« La victime c’est moi ». Darmanin insulte à nouveau les femmes victimes de violences sexuelles

Dans un entretien publié le 5 août par Le Point, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur accusé de viol, déclare être “calomnié” et estime être “la victime” dans cette affaire. Une énième provocation à l’égard de toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles.

vendredi 7 août

Crédit photo : AFP

La victime dans cette histoire, c’est moi. C’est moi dont on salit le nom. C’est à moi qu’on prête des comportements que je n’ai jamais eus.” a osé déclarer Gérald Darmanin au Point.

La nomination du ministre de l’Intérieur au gouvernement Castex a suscité la colère des féministes, et pour cause : Gérald Darmanin est impliqué dans plusieurs affaires judiciaires à caractères sexuels, dont des abus de faiblesse en 2015 (une habitante de Tourcoing l’accuse de l’avoir obligée à avoir des relations sexuelles en échange de l’obtention d’un logement et d’un emploi) et des accusations de viol et de harcèlement en 2017 (Sophie Patterson-Spatz, après l’avoir sollicité en tant que chargé de mission de l’UMP afin d’annuler une condamnation de 2004 pour chantage et appels malveillants envers un ex-compagnon, s’est vu proposer des rapports sexuels en échange de l’aide de Gérald Darmanin).

Gérald Darmanin est tellement “la victime” dans cette affaire qu’il est à présent ministre de l’Intérieur, à la tête de l’institution chargée d’enquêter sur les faits, et en charge de l’amélioration de l’accompagnement des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles par la police… Tellement “la victime” que c’est sa position d’homme de pouvoir qui lui a permis d’abuser de ces femmes, et qui lui permet aujourd’hui de bénéficier d’un soutien indéfectible de toute la caste politique bourgeoise qui fait bloc autour de lui au nom de la “pésomption d’innocence”.

Darmanin pousse même plus loin la logique victimaire, allant jusqu’à déclarer que les accusations de viol sont un “passage initiatique pour ceux qui dérangent quand on fait de la politique nationale”. La rhétorique de la femme menteuse, de la femme vengeresse, de la femme comploteuse, est un grand classique misogyne qui ressort systématiquement quand il s’agit de discréditer et de bâillonner les femmes qui dénoncent les violences sexuelles.

Darmanin, contrairement à la grande majorité des victimes de violences sexuelles, a droit de part sa position de ministre à une tribune sans égal grâce aux médias, et d’un réseau de soutiens puissants, ce qui lui permet de continuer à se faire passer pour la victime de cette affaire aux yeux de tous. Ce discours est à son tour relayé partout de manière acritique. Alors que les manifestations féministes se font de plus en plus massives, et la colère contre ce système patriarcal et capitaliste de plus en plus virulente. La nomination de Darmanin a déclenché des manifestations partout en France, et le #DarmaninDémission s’est répandu comme une traînée de poudre sur Twitter.

Sans un mot pour cette colère si ce n’est du déni, Macron prouve que sa vision de l’égalité femmes-hommes, soit-disant “grande cause de son quinquennat” n’est pas la nôtre. Et, s’il est important de dénoncer Darmanin, Dupond-Moretti et les autres, il ne s’agit pas seulement de ces ministres, ni de ce gouvernement, ni de ce président. Le sexisme est une oppression structurelle : elle est ancrée dans les institutions et reproduite par elles. Ainsi, ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un simple remplacement du personnel politique. De Schiappa à Macron, ils ne défendent que leurs intérêts de classe. Il est illusoire de faire appel à eux pour attendre une réelle politique féministe. C’est tout ce système qu’il s’agirait de renverser pour mettre fin au patriarcat ; par la mobilisation des opprimées et des exploitées en toute indépendance de l’Etat et de ses institutions.