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Impunité

Accusations de viol : Abad quitte le gouvernement mais l’impunité reste la règle

Après un mois de scandale, la macronie a finalement renvoyé à contrecœur Damien Abad. Le ministre des Solidarités est visé par une enquête pour tentative de viols suite à plusieurs témoignages accablants. Pour sa dernière conférence de presse, il a continué à nier en bloc, crachant au visage des victimes.

lundi 4 juillet

Crédit photo : THOMAS COEX / AFP

Suite à plusieurs témoignages d’agressions sexuelles et de viols et à l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris pour tentative de viol, Damien Abad, ministre des Solidarités, a finalement quitté le gouvernement ce lundi. Après un mois de polémique, la macronie a fini par lâcher à contre-cœur ce transfuge des Républicains, que la première ministre Élisabeth Borne aura tout fait pour tenter de défendre.

Le remaniement survient alors qu’un nouveau témoignage était révélé ce lundi concernant le ministre, s’ajoutant à ceux révélés par Mediapart de deux femmes et d’une élue centriste. Sur BFM TV, une jeune femme appelée Julie, militante des Jeunes Populaires, l’organisation de jeunesse de l’UMP, a affirmé avoir été agressée en 2013 par l’élu de l’Ain. Elle raconte avoir perdu ses moyens en buvant un verre avec Abad et s’être réveillé le lendemain dans sa chambre d’hôtel « complètement dévêtue ». Elle se souvient de la présence de Abad à ce moment : « j’ai eu des flashs : il était dans la chambre la nuit, il était dans le lit. C’est sûr et certain ». Un témoignage qui concorde avec ceux déjà révélés, mettant en évidence ce qui ressemble à un mode opératoire de Damien Abad, accusé par plusieurs victimes de droguer des femmes pour les violer.

Cette nouvelle révélation n’a cependant pas empêché le ministre de cracher au visage des victimes. Dans la conférence de presse où il a annoncé son départ et son remplacement par Jean-Christophe Combe et Geneviève Darrieussecq, Damien Abad a en effet à nouveau clamé son innocence et s’en est pris à celles qui osaient parler. Dans une diatribe de plus d’une minute, il a dénoncé des « calomnies ignobles », « orchestrées selon un calendrier bien choisi », dont il serait la cible. Se présentant comme une victime de façon indécente, Abad a conclu en invoquant Montesquieu : « une injustice faite à un seul est une menace faite à tous ».

Si Damien Abad quitte finalement le gouvernement, l’impunité reste cependant la règle. C’est en effet d’abord par volonté d’éteindre la polémique que la macronie s’est finalement débarassée de sa nouvelle recrue. Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, visé par des témoignages pour viol et abus de faiblesse, voit ses responsabilités élargies, tandis que Chrysoula Zacharopoulou, secrétaire d’État chargée de la francophonie accusée elle aussi de viol, reste au gouvernement.

Malgré tous les effets d’annonce sur la lutte contre les violences faites aux femmes, l’impunité reste donc la règle au sommet de l’État. De quoi nourrir le « sentiment de toute-puissance et d’impunité permanentes » décrit par Laëtitia*, l’une des victimes de Damien Abad, auprès de Mediapart en juin dernier.



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