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Du Pain et des Roses

#MeToo

Accusé d’agressions par plusieurs femmes, Moha La Squale tente de discréditer la parole d’une victime

En septembre dernier, Moha la Squale faisait l’objet d’accusations d’agressions sexuelles et de séquestration de la part de plusieurs femmes. Cette semaine, le rappeur a repris la parole sur les réseaux sociaux, publiant une séquence vidéo avec l’objectif de discréditer la parole de l’une des potentielles victimes. Un procédé classique mais honteux.

mercredi 28 avril

Crédit photo : Isopix

Le rappeur Moha la Squale était, en septembre dernier, visé par cinq plaintes pour viol, agression sexuelle, séquestration, violences volontaires et menaces de mort après que de nombreuses victimes aient pris la parole. Hier, le rappeur s’est exprimé pour la première fois depuis des mois, en tentant de discréditer l’une des victimes…

Cinq plaintes : violences physiques, sexuelles, menaces et séquestration

Les accusations contre Moha la Squale débutent le premier week-end de septembre 2020, lorsqu’une femme nommée Romy publie sur les réseaux sociaux des témoignages de plusieurs femmes victimes du rappeur. Romy explique avoir rencontré le rappeur sur le tournage de son clip « Basta », quelques mois plus tôt. Elle le décrit comme un « grand malade », « irrespectueux », et affirme qu’il aurait commis des actes « graves » contre des personnes qu’elle connaît.

A partir de sa publication, Romy reçoit une trentaine de témoignages. Une femme lui écrit par exemple : « Moi perso j’ai vécu : des étranglements, des étouffements avec des oreillers, des tirages de cheveux au sol sur plusieurs mètres, des baffes à en avoir des acouphènes, des crachats dans la gueule ». Une autre écrit sur Twitter : « Il force malgré qu’on veuille pas coucher avec lui. Il met ses mains sur nous etc. Son pote m’a enfermée dans une chambre pour me violer ». Une autre encore affirme avoir été violée par le rappeur alors qu’ils étaient au collège.

Suite à cette libération de la parole début septembre, cinq femmes décident de porter plainte. L’avocat des jeunes femmes a d’ailleurs expliqué avoir été contacté par une sixième victime, qui avait déposé plainte en 2011 mais « avait retiré sa plainte à la suite de pressions subies de la part de Moha La Squale et de sa famille ». Les témoignages de trois des victimes sont alors publiés dans Le Monde, mettant en lumière des faits glaçants. C’est ainsi que Luna, pour qui le rappeur avait notamment écrit une chanson, et qui est citée régulièrement dans ses textes, raconte au grand jour son calvaire : « Il me tirait par les cheveux tellement fort que la peau du crâne se décollait, j’avais des hématomes partout sur la tête. » Elle explique également qu’il l’étranglait avec un oreiller, l’étouffait, et pratiquait de la manipulation psychologique. Rouée de coups régulièrement, la jeune femme explique aussi avoir été victime d’agression sexuelle de la part de Moha la Squale. Ces insultes, menaces, coups et pressions ressortent aussi des témoignages des autres femmes, toutes traumatisées par les humiliations qu’elles ont subies de la part du rappeur.

Pour Andréa, en couple avec le rappeur au cours du premier confinement, ces violences se sont également accompagnées de séquestration. Elle raconte dans son témoignage publié dans Le Monde : « Il m’a dit : “Le seul moment où tu sortiras de chez moi, ce sera pour aller en garde à vue et te faire baiser par des clochards, ça me fera bander.” ». L’un des voisins de la jeune femme filme la scène après de sa fenêtre après avoir entendu Moha la Squale la menacer. On y entend la jeune femme hurler « Lâche moi ! ». Elle publie également des photos de son visage boursouflé après les coups du rappeur.

Elle raconte un épisode d’une violence inouïe, qui date de juillet 2020 : « Il a mis un oreiller sur ma tête, il appuyait très fort sur ma tête et je ne pouvais plus respirer. Et là il me disait : “Je vais te tuer, je suis déjà tombé pour des actes de barbarie, je vais retourner au placard, je vais te tuer, je vais te faire tuer, même ta famille je vais la faire tuer (…). Je vais te tuer avec un oreiller, ça ne fait pas de marque.” ». Moha la Squale ne retirera l’oreiller qu’au moment où du sang coulera du nez de la jeune fille.

Un montage vidéo pour discréditer les victimes

En septembre dernier, alors que ces témoignages accablants font le tour de la toile, Moha la Squale nie en bloc les faits. Le 6 septembre, alors qu’il fait la une des journaux, il annonce sur les réseaux sociaux la sortie de son deuxième album. Le 13 octobre, il publie un nouveau post provocateur, se moquant des victimes : une photo de lui se touchant les yeux comme pour essuyer des larmes avec le commentaire « Oh la menteusEe est amoureusEe… A bientôt la miff, merci pour tous ».

Cette semaine, le rappeur est sorti du silence, et s’est exprimé pour la première fois sur les accusations qui pèsent sur lui… pour tenter de faire taire les victimes. En effet, Moha La Squale a publié sur les réseaux sociaux une vidéo censée démentir les accusations d’une des jeunes femmes qui avait témoigné anonymement sur Konbini. Dans cette vidéo, Moha la Squale filme la jeune femme (dont le visage n’est pas flouté), sa compagne de l’époque, alors qu’elle est en train d’appeler sa mère pour lui expliquer qu’elle a été victime de coups de pieds. Le rappeur, calme pendant la séquence vidéo, la traite de menteuse. L’objectif est clair : montrer que les accusations seraient mensongères et insinuer qu’il en serait de même de la parole de l’ensemble des victimes. Ce coup de com’ visant à discréditer les femmes qui se sont exprimés semble d’ailleurs avoir, malheureusement, un écho chez certains de ses fans, dont certains se sont dit rassurés sur les réseaux sociaux.

Une vidéo qui ne prouve absolument rien et qui, sortie de son contexte, coupée et montée, est évidemment plus qu’insuffisante pour prouver l’absence de culpabilité du rappeur contre qui des dizaines de femmes avaient témoigné. De plus, Moha la Squale a accompagné la vidéo du commentaire suivant : « On s’est acharné sur nous durant des mois, des mois de patience où ils n’ont eu de cesse à mentir à mon sujet. Je n’ai jamais au grand JAMAIS levée la main sur une femme. Ce complot a était perpétué pour me nuire. Cette personne est sociopathe et psychologiquement hystérique. C’est une infime partie de ses mensonges et de ce que j’ai pu vivre. A chacune son tour, tout dépendra de l’évolution des choses. Bisous la miff à très bientôt. » Des menaces à peine masquées qui reprennent un argument traditionnel des agresseurs : traiter les femmes d’hystériques, de frustrées, de menteuses, et appeler au complot.

Dans une story Instagram en réaction à la publication de Moha la Squale, Romy, qui avait mis en lumière les témoignages en septembre dernier, rappelle l’ampleur des accusations qui pèsent contre le rappeur : « 9 jeunes femmes ont porté plainte contre cet homme. 9. 9 personnes ont eu le courage de parler lorsque personne ne les écoutaient. Parfois ni les proches, ni la police. Une enquête est en cours depuis plusieurs mois. Le dossier regorge de preuves. Des voisins, de la police qui est déjà venu à plusieurs reprises au domicile. De photos, de vidéos. De certificats du médecin pour coups et blessures. De messages, de menaces de mort. »

Cette tentative de démenti vise à décrédibiliser la libération de la parole autour des agissements du rappeur, mais semble en effet bien faible face à l’escalade de témoignages qui pèsent contre Moha la Squale. S’inscrivant dans le phénomène #MeToo de libération de la parole, ces témoignages prouvent une nouvelle fois que c’est l’ensemble de ce système patriarcal et violent qu’il faut combattre et contre lequel il faut s’organiser.