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Politique

« La mobilisation baisse légèrement, mais… » , « Mais pourquoi la mobilisation continue ? »

Acte 17 : quand les médias ne savent plus sur quel pied danser

Le ton journalistique à la mi-journée de ce 17eme samedi de mobilisation du mouvement des gilets jaunes a évolué. Et le mot sans doute qui incarne le mieux ce ton journalistique dans les médias aujourd’hui est ce fameux « Mais ».

samedi 9 mars

Des journalistes qui ne comprennent plus ou au contraire comprennent trop bien ce qu’il se passe !

Après 17 week-end de mobilisation depuis le lancement le 17 Novembre 2018 de ce mouvement des gilets jaunes, le moins que l’on puisse dire, c’est que le traitement médiatique est passé par tous les états. Nous avions le côté méprisant du début, de cette France périurbaine très présente dans le mouvement, il y avait un traitement façon « carnavalesque » des gentils gilets jaunes qui occupent des ronds-points et bloquent des péages en dansant, parfois ignorant le caractère de détermination présent des le départ. Le mouvement allant crescendo d’acte en acte, nous avons vu apparaître la contre-attaque bourgeoise dans les médias, voulant leur coller toutes les étiquettes diverses et variées, comme les « séditieux », les « fumeurs de clopes qui roulent au diesel » comme disait Benjamin Griveaux, les « brutes » comme disait Christophe Castaner, avec un point culminant lors des actes les plus insurrectionnels de décembre, les traitants de casseurs, d’anti-républicains, de factieux et enfin très récemment de fachistes d’extrême-gauche et d’extrême droite.

Jusqu’à présent les journalistes, les éditorialistes et autres politiciens qui se relayaient sur les plateaux télé pour critiquer le mouvement des gilets jaunes, n’ont eu de cesse d’utiliser la question numérique pour décrédibiliser le mouvement. Or nous le disions : le mouvement des gilets jaunes est inédit dans l’histoire de la 5ème République, la crise était réelle et profonde depuis le départ. Il était plus qu’erroné depuis le début d’analyser ce mouvement comme une lutte traditionnelle menée par des organisations politiques ou syndicales, avec son lot de rapport de force et de négociation.

Peut-être comme un symbole du traitement médiatique pour cet Acte 17, aucun bandeau annonçant les chiffres de la mobilisation, fil conducteur habituel pour les journalistes. Plus aucun chiffre n’a été communiqué à 16h, avec un choix de rédaction d’inviter de nombreux, sociologues, historiens et autres spécialistes des mouvements sociaux.

Cet Acte 17, s’il n’est pas un sursaut dans la mobilisation, démontre néanmoins dans une période de vacances scolaires, que le mouvement est ancré profondément et n’est pas prêt de s’arrêter demain. Il n’est pas question, comme le disaient les journalistes, de « jusqu’au boutiste » ou de « radicaux des radicaux », mais bien de ces gilets jaunes qui continuent à se mobiliser tant qu’ils ne seront pas écoutés.
Un journaliste de BFMTV semble découvrir après 17 actes la teneur de ce mouvement en affirmant que « voir encore des foules de gilet jaune, après presque 4mois, montre bien que cette colère est profonde ».
Il était temps de s’en rendre compte...

« Un grand débat qui ne change pas grand-chose »

La bourgeoisie et le gouvernement avaient espoir que le démarrage du grand débat puisse en finir définitivement avec ce mouvement des gilets jaunes, mais force est de constater, qu’à aucun moment, le grand débat n’aura mis la claque escomptée au mouvement. Comme un pied de nez à ce grand débat, les gilets jaunes prévoient une forte mobilisation partout en France lors de l’Acte 18 pour le Samedi 16 Mars, date de fin officielle de ces 3 mois de « Grand Débat ».

Finies les injonctions des journalistes utilisant les fameux « 10 minutes 10 milliards » imaginaires qu’aurait donné Macron, ni encore d’instrumentaliser le refus de nombreux gilets jaunes d’aller dans le « Grand débat ».

Le Grand Débat s’est déroulé comme le gouvernement l’a souhaité, sans être trop bousculé, ni avec engouement, mais le gouvernement qui utilisait ce système, pour soi-disant répondre aux questions posées par la crise sociale, a eu lieu. Et le gouvernement a reçu des propositions diverses par milliers. Mais il semble déjà, avant même d’avoir les annonces de Macron, qu’elles seront repoussées à la fin avril, et ne changeront rien à la colère des gilets jaunes. Le Grand débat semble être réellement le Grand « Bla-Bla » comme le disaient les gilets jaunes. Macron lui-même dans la semaine reconnaissait qu’ « il y aura de nombreux déçus ».

Stéphane Sirot, historien et spécialiste des mouvements sociaux, indique sur le plateau de BFMTV : « On voit difficilement comment des solutions, qui pourront contenter les gilets jaunes sortirons du grand débat, car rien ne sera proposé sur les inégalités fiscales et sur la question du pouvoir d’achat ». Il ajoute : « Macron ne démissionnera pas, il ne mettra pas en place le RIC, ni le rétablissement de l’ISF, rien non plus pour les bas salaire, on voit difficilement comment le mouvement pourrait s’arrêter ».

Exit donc les propositions collectées par Schiappa et Hanouna, entre la retraite à 55 ans, la hausse du smic, la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité ou encore une prime pénibilité.

Sur le plateau de Cnews on se demande même « Tout ça pour quoi ? ». A cette question, un représentant de La République en Marche essaye d’utiliser la future taxe sur les GAFA qui ne collectera pas plus de 500 millions d’euros par an, alors que le gouvernement continu les cadeaux fiscaux avec la Flat Taxe, l’Exit Taxe ou les 40 milliards de Crédit Impôt Compétitivité et Emploi (CICE) qui part de la poche du contribuable pour aller directement dans les caisses du patroant. Il faudra donc repasser pour la justice sociale et la justice fiscale.

Macron en tête mais les européennes ne changerons rien !

Les sondages sont de plus en plus clairs à quelques semaines du début des élections européennes : la République en Marche semble la grande gagnante du point de vu électoral de ce mouvement des gilets jaunes. Ceux qui pensaient que Marine LePen profiterait de ce mouvement se sont trompés : elle n’a en réalité pas bouger dans les sondages, voire même à diminuer par rapport aux dernières élections. Le bloc bourgeois autour de Macron se détache dans les sondages, grâce notamment à la campagne déguisée qu’a mené Macron dans le marathon national du Grand Débat, menant la guerre sur la droite pour siphonner les voix en préparation des élections européennes. Le dernier sondage montre que 43% des Français disent que Macron n’a aucun réel opposant politique parmi les organisations de droite et de gauche.

Stéphane Sirot sur le plateau de BFMTV explique que « même si Macron a eu un regain de soutien, même si le plus important sont ceux qui ne le soutiennent pas à savoir les 2/3 des français, on ne sent pas aujourd’hui comment il pourra reprendre la main, comme c’était le cas il y’a 2 ou 3 semaines ». Il ajoute « En réalité c’est assez spectaculaire qu’un mouvement après 4 mois bénéficie d’autant de soutien, même si c’est normal que dans les sondages cela baisse. Mais quand l’on regarde dans le fond de ce qui est revendiqué, le soutien est encore massif ».

« La mobilisation va surement remonté »

C’est un peu la panique aujourd’hui dans les rédactions, tout est pris avec des pincettes, on essaye de calmer le ton dans les commentaires des images, car depuis plusieurs actes, les mobilisations se déroulent dans le calme. Nous sommes déjà loin de ces mots qu’avait eu une journaliste de France24 la semaine dernière, traitant les gilets jaunes de « branquignoles ».

Sur BFMTV à 17h, on donne les premiers chiffres de la préfecture : « 7000 en France à 14h, 2800 à Paris à 14h, contre 5000 la semaine dernière et 1400 à Paris à la même heure, la mobilisation est remontée ». Dominique Rizet le spécialiste police de BFMTV, voyant le ridicule de ces chiffres ajoute même : « Je le répète ce ne sont pas les chiffres BFMTV, ce sont les chiffres que nous donne la préfecture, pas les nôtres, il faut le préciser ». Sur CNEWS pareil, le journaliste Julien Pasquet explique de la même manière « Ce ne sont pas nos chiffres, il faut le rappeler, ils sont très contestés, mais hélas nous n’avons aucun autre chiffre ».

Criminalisation des manifestants, Grand Débat, chiffres bidonnés, on sent comme une légère prise de conscience de la manipulation du gouvernement depuis 4 mois maintenant pour minimiser en permanence la crise sociale.

Jamais nous n’avons vu autant de retenue dans les propos des journalistes, loin de la fermeté affichée précédemment et des caractérisations insultantes, cherchant à tout prix à criminaliser et décrédibiliser les mobilisations. Pas une phrase sur le terrain ne commence pas par « Bonne enfant » « Mobilisation très calme » « Aucun débordement » « Tout se passe très bien », autant de bienveillance affichée, montre que les journalistes changent leur fusil d’épaule, pour l’heure, dans le traitement médiatique du mouvement. Stupéfiant quand, même en direct, alors qu’à l’image, il y a des premiers jets de bouteille pour riposter aux gaz lacrymogène qui cherchent à vider la place de l’Etoile, le même Dominique Rizet qui pourtant n’a jamais été très tendre dans le traitement pro-police, commente les images en disant : « C’est normal un peu de tension à la fin des manifestations, quelques jets de bouteille, mais les policiers ont l’habitude. Il y’a toujours quelques intrus dans les rangs des manifestants ».

Sur tous les plateaux télé, on annonce déjà que la mobilisation sera en hausse la semaine prochaine, avec la présence de syndicat dans les cortèges, la fin des vacances, faisant le lien avec la faiblesse de ce qui ressort pour l’heure du grand débat, et la crise en Algérie qui impacte l’exécutif Français. Anne Saurat-Dubois éditorialiste de BFM TV, raconte même que « c’est la cacophonie dans l’exécutif, parce qu’on ne sait plus quoi proposer entre Matignon et l’Elysée, il y a la crainte de donner un résultat trop tôt du grand débat, qui servirait à relancer la mobilisation et qui affaiblirait Macron dans les sondages avant les européennes ».

Une cristallisation donc de cette crise sociale dans le pays, qui va continuer à se poursuivre et à évoluer dans la prochaine période, mais pas encore de sursaut offensif dans le mouvement. Jean Francois Amadieu, sociologue et spécialiste des mouvements sociaux explique : « Nous avons vu pour la première fois la présence d’organisations syndicales et notamment féministes dans cet acte, mais il n’y a pas encore de convergence ou du moins une alliance organique avec les syndicats pour changer le caractère du mouvement, c’est d’ailleurs pour cela que certains ont préféré resté à l’Etoile plutôt que de suivre le cortège parti à 11h »




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