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Acte 23. Après un hommage à Notre-Dame, les Gilets jaunes dénoncent le charity-business du CAC 40

Contrairement à ce que font croire les grands médias, les Gilets jaunes ont bien rendu hommage à Notre-Dame. Ce qu’ils dénoncent en revanche c’est bien l'opération instrumentalisation de l'incendie de Notre-Dame menée conjointement par le gouvernement et le grand patronat.

dimanche 21 avril 2019

Pour la macronie, toutes les occasions sont bonnes pour tenter d’éteindre la mobilisation des Gilets jaunes qui persiste et s’ancre depuis maintenant 5 mois. Après les attentats de Strasbourg, la répression, la propagande « anti-casseurs », le gouvernement a tenté cette semaine d’instrumentaliser l’incendie de Notre-Dame pour imposer aux Gilets jaunes une trêve politique les dissuadant d’aller manifester. Avec entre autres la rhétorique de l’union nationale et du deuil national. Appuyé par les médias, qui n’ont pas hésité, comme France Info, a titré : « Les GJ doivent t-ils renoncer à leurs 23e journée après l’incendie ? » et toutes autres phrases de ce genre.

Si cette opération d’instrumentalisation a permis au gouvernement et aux médias de mettre au second plan le mouvement pendant quelques jours, les Gilets jaunes ont répondu pour l’acte 23 en dénonçant la manœuvre de Macron ainsi que l’opération de com’ des grands patrons qui ont lâché des millions pour la reconstruction de la cathédrale. Cette opération qui n’aura en rien échaudé les Gilets jaunes au vu du nombre et de la détermination des Gilets démontrés pendant cet acte 23.
C’est ce qu’expriment notamment les différentes pancartes vues durant cette 23 ème journée de manifestation comme « Notre-Dame c’est pas nous », ou d’autres « Je suis Notre-Dame ». Si les Gilets jaunes présents n’ont pas cédé au chantage moral opéré par le gouvernement, dénonçant cette opération d’instrumentalisation. A l’instar de Jérôme Rodriguez que nous avons interviewé lors de la manifestation parisienne.

L’autre pan qui n’a pas eu l’effet escompté et qui a été vivement dénoncé lors de cet acte 23 – mais aussi en amont sur les réseaux sociaux - c’est le business charity opérée par le grand patronat comme la famille Arnault, Pinault ou Betancourt, qui ont tenté de faire preuve d’un élan de solidarité, à l’heure même où ces derniers licencient des milliers de salariés au nom justement d’un soi-disant manque de bénéfices et d’argent dans les caisses... Dans une période de profonde crise sociale, que le mouvement des Gilets jaunes exprime, l’opération donation opérée par ces grandes fortunes du patronat était une manière de se faire une bonne pub en apparaissant comme œuvrant pour l’intérêt général.

Mais cette opération, ratée, n’a pas permis de réduire la fracture existante ces fortunes et les millions de personnes qui, de plus en plus précarisées, triment au quotidien pour s’en sortir. Bien au contraire, elle a cristallisé une nouvelle fois les inégalités sociales criantes et est revenu remettre en cause les discours visant à justifier les politiques antisociales et austéritaires par la crise économique, en montrant une nouvelle fois que de l’argent il y en a bel et bien : dans les poches du patronat et des classes dominantes.

Ainsi, le milliard d’euros qui a été aujourd’hui récolté pour la reconstruction de la cathédrale a provoqué plus de colère qu’autre chose. Dans un article du Nouvel Obs, un retraité de la SNCF venu de Mulhouse manifester à Paris, a ainsi déclaré ceci : « C’est une bonne chose cet argent pour Notre-Dame mais quand on voit ce qu’on peut débloquer en quelques heures... ». « Les grands patrons se sont acheté une belle com’ à pas cher » a déclaré un autre manifestant, intermittent du spectacle. D’autant plus que, même si certains ont refusé cette exonération face à la polémique que cela suscitait, ces dons permettent une belle optimisation fiscale pour ces grandes fortunes. Une com’ vraiment pas cher en effet.

Dans cette vidéo micro trottoir réalisée par le Huffingpost, la colère des Gilets jaunes est palpable. Ces derniers dénonçant l’hypocrisie du gouvernement et des grandes fortunes, à l’heure où aucune politique ni fonds ne sont accordés pour répondre aux problèmes sociaux auquel ils sont confrontés.

« J’ai rien à dire, c’est tellement lamentable. Le problème c’est pas les dons. Bien sûr qu’il faut la reconstruire la cathédrale. Le problème c’est la misère sociale et l’injustice sociale et rien n’est fait. Ca fait 5 mois qu’on est là et c’est du mépris et de la répression ».

« On est dans la misère, y a des millions pour des cathédrales, des millions pour des pierres et combien de gens dans la rue, y a pas d’argent pour ces gens-là ? »
« Je ne suis pas contre rénover le lieu de culte. L’argent on peut le trouver. Mais pourquoi on le trouve pas pour les GJ ? Pour les gens qui sont dans la misère ? Les SDF ? Les mal payés ? Qui touchent moins que le SMIC ? »

Cette vidéo, qui témoigne du profond malaise sociale et de la profonde rupture entre la majorité de la population et la classe politique qui servent leurs intérêts de classe, démontre que les Gilets jaunes ne se sont pas laissé avoir par l’opération Notre Dame et charité des grandes fortunes, qui a davantage mis en avant les inégalités sociales actuelles qu’autre chose. Ainsi, après que les médias aient fait un black out médiatique des Gilets jaunes et de leurs revendications cette semaine, ne parlant que de Notre-Dame, ces derniers ont mis à nouveau la question sociale sur le devant de la scène ce samedi.




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