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Politique

Témoignage

Acte VI. "On a été nassés 4h rue Vignon puis embarqués 4h de plus, sans notification d’interpellation"

C’est à l’occasion de l’Acte VII des Gilets Jaunes à Paris que nous avons rencontré Marc, qui faisait partie des manifestants nassés pendant plusieurs heures par la Police dans la rue Vignon le samedi précédent, épisode répressif au cours duquel Eric Drouet avait été interpelé. Nous avons recueilli son témoignage.

dimanche 30 décembre 2018

Marc a 36 ans, il est musicien intermittent du spectacle et vit en Seine-et-Marne. Il a rejoint le mouvement des Gilets Jaunes à l’Acte III, sur Paris, scandalisé par la répression : “C’est par solidarité que j’ai commencé à venir. On ne peut pas voir les gens se faire gazer, taper... fallait venir soutenir”, nous explique-t-il. Alors il a mis ses projets en suspens et s’est joint à la mobilisation, depuis 5 samedis. L’épisode de la rue Vignon ne l’a pas empêché de revenir battre le pavé le samedi suivant.

Révolution Permanente : Vous avez été près de 200 manifestants nassés en plein air pendant plusieurs heures dans la rue Vignon le 22 décembre. Tu peux nous dire comment ça s’est passé ?

Marc : "En fait on a été divisés du reste du cortège, on ne s’en est même pas rendu compte ! A la base on était partis de Montmartre avec trois à quatre mille personnes, contrairement à ce que BFMTV annonçait à ce moment-là. On s’est retrouvé divisés dans la nasse avec Eric Drouet et puis on a été parqués là pendant 4 heures, avant de se faire gazer à coups de gel au poivre. A un moment donné on a compris qu’on était "battus", donc on a juste arrêté d’essayer de bouger, on ne pouvait rien faire de toutes façons. On était environ 200 personnes confinées dans une ruelle sur une vingtaine de mètres, avec à peu près autant de CRS de part et d’autre. Et puis petit-à-petit ils ont commencé à faire sortir quelques personnes en leur faisant croire qu’ils allaient être tranquilles, mais en fait on les a vues se faire embarquer dès qu’ils passaient au coin de la rue."

RP : C’est là que toi et tes amis, vous avez été interpellés ?

M. : "Oui, il y avait des contrôles d’identité et des interpellations sans notification. Tout d’un coup un flic arrivait, te mettait la main sur l’épaule et te disait : « toi, dehors ». Et puis là ils prenaient nos identités, nous palpaient et nous mettaient dans la fourgonnette. Après ils nous ont emmenés au Quai des Orfèvres en nous attachant les poignets au Serflex, et on est restés là une bonne heure et demie à attendre, dans la cour. Là il faut vider ses poches, les flics ne disent pas grand-chose, ils se foutent un peu de ta gueule. Après ils nous mettent dans une pièce et ils nous font retirer les chaussures, comme pour une garde-à-vue, sauf qu’on ne nous l’a jamais notifiée. On nous dit que c’est un contrôle d’identité sauf qu’en fait c’est une fiche d’interpellation qu’ils nous font remplir. Donc va savoir où est la différence ! Ils nous ont relâchés au bout de trois ou quatre heures... si on résume, on a été parqués dans la rue Vignon vers 11h30, puis vers 15 heures on a été embarqués, et ils nous ont fait sortir du Quai des Orfèvres vers 19 heures, sans rien nous dire, juste « merci, au revoir ». Et on n’était pas les derniers à sortir ! Au moment où on sortait, ils attendaient encore une centaine de Gilets Jaunes. Ce qui m’a fait rire le lendemain, c’est que le syndicat VIGI police a calculé selon les rapports de police 16 interpellations sur Paris. Nous on était déjà 150 dans la rue Vignon, donc c’est vraiment une blague. On s’est regroupés avec les robes noires pour faire un regroupement de plaintes, on verra ce que ça donne mais on a peu d’espoir..."

RP : Pour toi qu’est-ce que ça signifie cette répression ? Comment tu l’as vécu ?

M. : "Il n’y a pas de mots pour décrire ça. Je remarque quand même que c’est surtout les CRS, les gendarmes nous tirent moins dans la gueule. Mais les CRS, on l’a bien vu dans la rue Vignon, à peine tu bougeais un pouce, ils frappaient. On est là tranquilles, on vient les voir et puis à un moment donné ils commencent à gazer, ils ne se posent pas la question de savoir si on est pacifiques. Il y a des témoignages de journalistes qui étaient sur les Champs avec nous, ils se faisaient tirer dessus et à côté de ça on voyait des groupes de casseurs juste à côté des flics et ils les laissaient faire. De toute évidence, ça les arrange bien qu’il y ait de la casse."

RP : Pour toi, aujourd’hui c’est la liberté de manifester qui est menacée en France ?

M. : "Oui, de toute évidence, en plus je ne comprends pas pourquoi donner des chiffres faux ? Pourquoi mentir alors que justement ça ramène encore plus de haine chez les gilets jaunes ? Ils racontent que le mouvement s’essouffle, alors qu’avant même qu’on arrive à se rassembler, dès qu’ils voient un petit regroupement ils courent après. Il y en a qui étaient à Châtelet, ils se sont fait courser par la BAC alors qu’ils n’avaient même pas leur gilet. Ils étaient juste en train de marcher et d’arriver sur Paris. Donc c’est clair qu’on ne peut plus parler de liberté. C’est faux, on ne fait plus ce qu’on veut. Ils nous poussent à la violence pour ensuite dire que c’est nous qui sommes violents. C’est bien ce qu’on a vu dans la rue Vignon, ils poussaient, ils ont serré la nasse et ils n’attendaient qu’une chose, c’est que ça déborde, pour avoir une raison de taper, pour éviter de dire que c’est eux qui sont violents".

RP : Malgré tout, ça crée des liens de manifester ?

Marc : "Oui, au moins avec toute cette répression on se fait des amis... tu oublies ton ego, la personne qui est à côté de toi, tu te demandes pas quelle est son origine ou combien elle gagne. On fait tout ça, tous dans le même but, tous dans le même sens et c’est ça le plus important, et c’est ça qu’il faut continuer surtout, en restant pacifiques évidemment".

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