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Politique

Gilets jaunes, ça continue

Acte VIII : « normalisation » du mouvement, un pari perdu pour Macron

Après la théorie de l’essoufflement favorisée par la fin d’année, la « normalisation » du mouvement et le retour des Gilets Jaunes dans le giron institutionnel était la carte que Macron comptait abattre pour cet acte VIII, le premier de l’année 2019… Il n’a pas gagné.

samedi 5 janvier

En ce 8 janvier, c’est à un regain de dynamisme et à un refus de rentrer dans le rang que l’on assiste, et ce malgré toutes les tentatives de récupération, intégration, normalisation et autre domestication.

« Président cherche désespérément sortie par le haut »

L’année 2018 s’est terminée sans que le gouvernement ait pu faire des Gilets Jaunes une « affaire classée ». La Macronie, mais aussi tout ce que la bourgeoisie compte d’ennemis d’une réelle émancipation des couches opprimées et paupérisées, effrayés par un mouvement qu’ils ne maîtrisaient ni en théorie, ni en pratique, n’ont eu de cesse de le domestiquer, voire de le récupérer.

En cette première semaine de janvier, il était clair que le mouvement n’était pas stoppé ; il y aurait bien un acte VIII. Conscient de l’escalade dans laquelle l’entraînait le tout répression et du coût politique de plus en plus lourd à payer s’il fallait remettre ça en 2019, Macron escomptait, à la faveur d’une baisse numérique, que se décanterait de cette journée une nouvelle forme du mouvement, plus maîtrisable, éventuellement transformable en un nouveau corps intermédiaire, et capable de jouer le jeu institutionnel du « grand débat ».

Simultanément, et en dehors même de la Macronie, se sont déployées diverses tentatives d’annexion du mouvement. Un Florian Philippot qui fait main-basse sur le mouvement en déposant la marque « Gilets Jaunes » ; beaucoup plus grave, l’infiltration de la très réactionnaire Manif pour tous via un collectif intitulé « on lâche rien » qui pirate un appel en ligne pour inscrire dans les revendications des Gilets Jaunes l’abrogation de la loi Taubira, alors qu’elle n’a jamais été évoquée dans aucune des listes de revendications.

Moins ouvertement « récup », et plus habile, est la tactique d’un Bernard Tapie, à Marseille, qui héberge des Gilets Jaunes dans les locaux du quotidien La Provence. Café sandwichs et agents de sécurité, Il accueille, mais se garde, dit-il, de « se mêler » du mouvement. Juste un conseil cependant : il les invite à « se structurer » et à « présenter une liste aux européennes ».

« Loin de refluer les Gilets Jaunes réoccupent le terrain »

Mais la journée n’a pas tourné dans le sens de l’affaiblissement et de la domestication du mouvement escomptés par Macron. Bien au contraire.
Numériquement d’abord, et sans entrer dans un vain débat sur les chiffres, il est clair que le niveau de mobilisation est très rapidement remonté à un niveau égal, voire supérieur, à celui du 15 décembre, avant la trêve des confiseurs. Avec l’afflux des manifestants dans plusieurs villes de France comme Bordeaux, Rouen, Caen, ou Toulouse et notamment à Paris où le reflux des effectifs avait été stigmatisé durant les derniers épisodes, les médias ont très vite renoncé aux sempiternelles annonces sur le-mouvement-qui-s’essouffle.

Ils étaient d’ailleurs plus pressés d’emboucher la trompette de la normalisation. Dès le milieu de la matinée, BFM titrait « les gilets jaunes se structurent ». Et de mettre en avant tous les signes d’un retour dans les rangs de la bienséance institutionnelle : la perspective de transformation en « associations », les déclarations de parcours en préfecture, la mise en place de services d’ordre par les manifestants eux-mêmes. Corrélativement, des signes de désescalade étaient mis en avant avec l’annonce d’effectifs policiers moins nombreux. Bref…. des gens et une situation convenables pour lancer le grand débat à la sauce Macron.

Mais le cours des évènements a tourné. Sur le parcours de l’hôtel de ville à l’assemblée nationale, qui était pourtant déclaré en préfecture, des affrontements avec la police se sont produits sur la passerelle qu’empruntaient les manifestants pour passer sur la rive gauche de la Seine en direction de l’Assemblée Nationale, des barricades sur le Quartier Latin. Des autoroutes coupées, des situations d’affrontement à Rouen, Bordeaux ou ailleurs, la dynamique de la colère est toujours présente face aux provocations policières et à la répression, jusqu’à l’intrusion dans le ministère de Benjamin Griveaux.

« Pour la normalisation, vous repasserez »

Au-delà de cette colère qui subsiste, et qui refuse de se laisser endiguer, c’est sur le fond que nombreux sont les Gilets Jaunes qui continuent à poser la question du pouvoir, à vouloir la démission de Macron, à se battre pour le pouvoir d’achat, la justice fiscale, et qui ne s’en remettent pas à un éventuel grand débat ou à des élections pour obtenir satisfaction.

SI la question de se structurer reste posée, certains sentent très bien le piège qu’il y aurait à rentrer dans le cadre d’une représentation institutionnalisée. A Martigues par exemple, les Gilets Jaunes, pourtant viscéralement opposés aux formes traditionnelles d’organisation des travailleurs, ont demandé aux gilets rouges de la CGT de se joindre à eux car ils sont à la recherche de méthodes pour se structurer de manière autonome.

Beaucoup continuent à se méfier des « représentants auto-proclamés ». A Marseille, il y a eu une altercation sérieuse de certains Gilets Jaunes avec ceux qui avaient accepté de siéger à la réunion organisée par Bernard Tapie. Ici ou là des AG de gilets jaunes se sont organisées pour tenter de trouver des formes d’auto-organisation réellement démocratiques.

Se structurer, oui les Gilets Jaunes en ressentent pratiquement tous la nécessité, mais rentrer dans le giron des leurres démocratiques institutionnels, ils ne veulent plus.




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