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Politique

Record de mobilisation à Paris

Acte XII. Mobilisation massive contre les violences policières : un point d’appui pour entrer en grève le 5 février

Avec plusieurs dizaines de milliers de manifestants dans toute la France, dont plus de 15.000 à Paris, et des milliers dans les principales villes en région, cet acte XII, placé sous le signe de la dénonciation des violences policières, est une réussite. Mis à la défensive face à la mobilisation contre l'usage des LBD, le gouvernement a cherché coûte que coûte, au cours de la semaine, à relégitimer les forces de répression, faisant porter la responsabilité des violences aux Gilets Jaunes. Or, comme l'a montré cette journée, il n'en est rien : le mouvement des Gilets Jaunes démontre en effet que la violence des forces de répression constitue la continuation de la violence sociale et politique par d'autres moyens.

samedi 2 février

Crédits photos : LIBERATION

Avant l’acte XII : le gouvernement a cherché à légitimer les forces de répression

La séquence récente a vu le gouvernement tenter de circonscrire par tous les moyens la question des violences policières, tant leur nombre et leur intensité a atteint un seuil sans précédent depuis mai 68. Dans ce contexte de délégitimation massive de l’institution policière, le gouvernement a cherché un moyen d’éteindre l’incendie dont la polémique s’est cristallisée autour de l’usage des LBD 40 par les forces de répression.

Ainsi, cette semaine, au cours d’un voyage diplomatique en Egypte, Macron a directement fait porter la responsabilité des violences aux Gilets Jaunes. Dans son discours, le Président a salué le « professionnalisme » des forces de l’ordre. Jugeant l’usage de la force « proportionné », il a accusé directement les Gilets Jaunes d’être responsables du niveau de violence et encouragé les forces de répression à tenir sur leur ligne dure. Selon lui, la violence a été utilisée « d’une manière légitime » face à « des casseurs, des extrémistes » qui ont été arrêtés « parce qu’ils cassaient, parce qu’ils détruisaient, parce qu’ils s’attaquaient à d’autres citoyens ou aux institutions » et non pas « parce qu’ils disaient quelque chose » ou « parce qu’ils pensaient quelque chose ». Dans la lignée de ces propos, une vidéo a été publiée par Christophe Castaner qui, sur fond d’émeutes, légitime la violence des forces de répression en accusant de soi-disant « casseurs » de pousser à bout les policiers. Le Ministre de l’Intérieur a ainsi publié dans un tweet : « S’il n’y avait pas de magasins pillés, s’il n’y avait pas de barricades érigées. S’il n’y avait pas de voitures brûlées, s’il n’y avait pas de bâtiments publics saccagés, s’il n’y avait pas de projectiles lancés sur les forces de l’ordre, s’il n’y avait pas de policiers ou de gendarmes roués de coups... En somme, si la loi était respectée, tout simplement, il n’y aurait pas de blessés, ni parmi les gilets jaunes, ni parmi les forces de l’ordre. »

De même, à la veille de l’acte XII, placé sous le signe de la dénonciation des violences policières, le Conseil d’Etat a maintenu l’utilisation des LBD par la police malgré la polémique violente qui a enflé et mis en difficulté le gouvernement.

Un acte XII massif pour dénoncer les violences policières

Dans ce contexte de délégitimation importante des forces de l’ordre, l’acte XII, qui a culminé avec une marche en hommage aux blessés, a réuni massivement, avec plusieurs dizaines milliers de personnes dans toutes la France, dont un record de mobilisation à Paris avec plus de quinze mille personnes. En région, dans les « capitales » de la mobilisation, Bordeaux et Toulouse, plusieurs milliers de manifestants étaient présents. Mais, fait notable, qui trahit une certaine fébrilité du gouvernement, à Toulouse la préfecture de Haute-Garonne a donné la consigne de ne pas compter le nombre de manifestants – comme si ne pas compter les Gilets Jaunes permettait de les faire s’évanouir. Mais c’est à Valence, dans la Drome, que la mobilisation a été particulièrement forte, avec un peu moins d’une dizaine de milliers manifestants qui se sont réunis. Enfin, à Marseille, Montpellier, Lille, ou encore Nantes ou Rouen, plusieurs milliers de Gilets Jaunes étaient présents.

Difficile, dans ce contexte, de ressortir l’argument éculé de « l’essoufflement », que le gouvernement et les médias ont répété en boucle acte après acte. En cela, l’enjeu était autre pour le gouvernement, mis à la défensive sur la question des violences policières. En effet, mis sous pression par une présence médiatique accrue, il s’agissait pour les forces de l’ordre de mettre en scène un certain « contrôle » dans l’usage de la force, jouant sur le caractère « pacifique » revendiqué par les Gilets Jaunes pour relégitimer les violences, arguant que les policiers n’useraient de la force que lorsqu’ils font face à des « casseurs. » En ce sens, le discours médiatique a visé à se sur-focaliser, au cours de cet acte XII, sur la question des violences policières, cela pour éluder le caractère politique du mouvement, et occulter les revendications économiques, sociales et politiques, dont la démission de Macron au premier chef – comme si, par ailleurs, les violences policières n’étaient pas en dernière instance une continuation, sous une autre forme, de la violence politique et sociale.

Les violences policières : une continuation de la violence politique par d’autres moyens

La dénonciation des violences policières a atteint une telle ampleur que non seulement les médias, mais la classe politique elle-même ont été obligés de s’emparer de la question, à la défensive suite au nombre et à l’intensité inédite des violences policières. En cela, la marche en hommage à tous les blessés qu’a constitué l’acte XII prenait un caractère directement politique. En effet, premièrement, les médias ont été prompts à se saisir de la question – un enthousiasme qui cache une manœuvre : il s’agissait de faire passer la dénonciation de la police par les Gilets Jaunes pour une nouvelle lubie, après la démission de Macron ou le retour de l’ISF. Secondement, il s’agissait de mettre en scène un usage soi-disant « contrôlé » de la force par la police pour, s’appuyant sur le caractère « pacifique » de la marche revendiqué par les Gilets Jaunes, dédouaner la police des violences commises au cours des précédents actes et faire porter la responsabilité aux Gilets Jaunes eux-mêmes, rejouant la carte de la division entre « bons » Gilets Jaunes et « méchants » casseurs.

Or, comme on peut le voir, la dénonciation des violences policières est directement politique, et s’inscrit dans l’évolution du mouvement, qui, partant de revendications économiques et sociales, s’est ensuite étendu et enraciné politiquement jusqu’à revendiquer la démission de Macron comme son principal mot d’ordre, et aujourd’hui délégitimer profondément l’institution de répression qu’est la police, bras armé de l’Etat.

Plus encore, cette journée a connu de nombreux éléments de provocations et de violences de la part des forces de police, qui n’ont pas hésité à déployer tout leur arsenal – canons à eau, lacrymos et LBD 40 – pour tenir en joue les Gilets Jaunes, comme on peut le constater sur nombre de vidéos, où un journaliste est frappé à coups de matraques, ou encore la séquence particulièrement choquante d’un Gilet Jaune traîné par la police, face contre le sol, à Bordeaux, mettant à mal le récit qui voudrait que les forces de l’ordre « sous pression » n’emploieraient la violence qu’en « dernier recours. »

Une détermination intacte : un point d’appui pour construire la grève générale

S’il est clair que les violences policières ont été au centre de l’acte XII, la question de la grève générale était aussi dans les esprits des manifestants. De nombreux Gilets jaunes interviewés comptaient bien embrayer et entrer en grève le 5 février, comme deux aide-soignantes de la fonction publique ou encore un hospitalier et deux cheminots. S’il est difficile pour le moment d’estimer l’ampleur réelle de la mobilisation du 5 février, la conscience selon laquelle il s’agit de passer à la vitesse supérieure est donc bien présente. Pour que cette date puisse déboucher sur une grève générale, à l’image de ce qui s’était passé en Mai 68, il sera nécessaire pour le mouvement ouvrier organisé et ses secteurs stratégiques de rentrer lui aussi dans la bataille et faire résonner les aspirations à la "grève générale illimitée" des Gilets jaunes. A partir du 5 février, salariés, employés, syndiqués ou non, pourraient commencer à converger en s’appuyant sur les acquis de cet acte XII qui a démontré une solidarité et une détermination à toute épreuve, face à un gouvernement qui n’a eu de cesse d’utiliser la matraque. Non, le grand débat ne fonctionne pas et ce n’est pas par ces injonctions répétées que la jeunesse et le monde du travail participeront à son grand débat. Le gouvernement n’en a toujours pas fini avec les Gilets jaunes.




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