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Politique

Justice et vérité pour Adama

Adama Traoré : face aux incohérences, les juges ordonnent une cinquième expertise

Les juges d’instruction en charge de l’affaire Adama Traoré, décédé sur le sol des locaux de la gendarmerie en juillet 2016, ont décidé de rouvrir l’enquête en exigeant une cinquième expertise médicale. Un grand pas pour la famille et le collectif Justice pour Adama qui se battent depuis plus de deux ans pour exiger la vérité quant aux circonstances de la mort du jeune homme.

jeudi 11 avril

Crédits photo : Page facebook La vérité pour Adama

Le 19 juillet 2016, le jour de ses 24 ans, Adama Traoré décédait après avoir été étouffé par trois gendarmes à la suite d’un contrôle d’identité à Beaumont-sur-Oise. Depuis cette date, s’est engagé un combat acharné de sa famille, et notamment de sa sœur, Assa Traoré, véritable figure de la lutte contre les violences policières, ainsi que du collectif Vérité pour Adama pour obtenir la vérité sur les circonstances de la mort du jeune homme. En deux ans et demi, ils se sont heurtés aux mensonges et à l’omerta de la justice. En témoigne la longue liste d’expertises contradictoires, ainsi que la forte répression exercée sur la famille d’Adama, dont cinq frères ont été condamnés à de la prison pour s’être mobilisés et avoir exigé la vérité sur la mort de leur frère.

En octobre dernier, une quatrième expertise médicale confirmait que c’est bel et bien la compression thoracique d’Adama qui a été responsable de sa mort, mais niait que ce soit la responsabilité des gendarmes. La famille a dénoncé alors un mensonge d’Etat et une expertise truffée d’incohérences : la conclusion médicale indiquait en effet que le jeune homme était décédé à la suite d’une course de 18 minutes sur 437 mètres, alors qu’il faut pour un adulte moyen environ 5 minutes pour parcourir cette distance en marchant et que rien d’indiquait sur les vidéos de surveillance qu’il avait fait un tel effort physique. Cette dernière expertise excluait même toute pathologie cardiaque, ou état infectieux antérieur, tandis que c’est sur cet argumentaire qu’avaient reposé les premiers rapports.

Le comité Vérité pour Adama écrivait dans un communiqué en référence à cette dernière expertise « Comment faire confiance aux institutions de ce pays face à tant de mensonges ? » Face à une police et une justice qui n’ont cessé de tenter d’étouffer l’affaire, la famille a demandé à quatre professeurs de médecine, en mars dernier, d’effectuer une contre-expertise qui fut cette fois sans appel. 

En opposition aux quatre experts de la sarcoÏde et la drépanonocytose, dont les premières expertises avaient imputé à ces deux maladies le décès d’Adama, les médecins ont clairement affirmé qu’aucune preuve médico-légale ne pouvait démontrer que c’étaient ces maladies qui étaient responsables de sa mort : « le décès de Monsieur Adama Traoré ne peut être imputé ni à la sarcoïdose de stade II, qui ne nécessite aucun traitement et n’a aucun impact en termes de qualité de vie et d’espérance de vie, ni au trait drépanocytaire qui n’est pas une maladie, ni à la conjonction des deux ».

Au-delà des incohérences scientifiques, les médecins avaient également alerté sur le manque de déontologie des premiers experts, signalant que deux d’entre eux n’avaient « aucune compétence dans ces domaines » et soulignant que les notions médicales du rapport avaient été « improprement et faussement utilisées et leurs conclusions sont contraires aux connaissances et recommandations scientifiquement et internationalement validées ».

Face à cette contre-expertise, les juges d’instruction avaient dans un premier temps rejeté l’idée de rouvrir l’enquête, jugeant que le rapport ne pouvait être considéré comme un rapport d’expertise valable, dans la mesure où il n’avait pas été commandé par les juges et où les quatre professeurs de médecine auteurs de la contre-expertise ne figuraient pas sur les listes officielles d’experts habilités.
Mais le combat acharné de la famille a fini par payer ce mercredi : les preuves irréfragables apportées par les quatre médecins ont finalement conduit les juges à ordonner une cinquième expertise et à rouvrir l’enquête. L’attitude de la justice et son traitement opaque et mensonger de l’affaire, depuis juillet 2016, laissent craindre qu’un tel rebondissement ne soit pas forcément synonyme de vérité ; mais il s’agit d’une première victoire pour le comité Vérité pour Adama qui se bat et continuera à se battre sans relâche dans la rue contre les violences policières.




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