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Politique

Adjiti, "esclave" en plein Paris de la famille du dictateur et ami de la France Idriss Déby

Selon Le Média, Adjiti a été esclave pendant huit ans de la famille du dictateur tchadien Idriss Déby, proche du gouvernement français et en route pour un sixième mandat. Payée 76 euros par mois, elle a fini par s'enfuir de cet enfer, mais redoute pour sa vie et celle de sa famille.

jeudi 8 avril

« Je travaillais du matin au soir jusqu’à une heure du matin. Parfois, ils se réveillaient pour me demander de faire à manger à deux heures du matin et je le faisais ». Pendant huit ans, Adjiti a été exploitée par la famille du dictateur tchadien Idriss Déby, quasiment gratuitement. Sans son passeport qui lui avait été confisqué et sans autorisation de sortir de l’appartement du 8e arrondissement de Paris, elle ne connaissait pas le quartier et était incapable de s’extirper de ce qu’elle qualifie d’esclavage moderne.

À la caméra du Média, cette femme raconte l’enfer qu’a été sa vie sous le joug de la famille au pouvoir au Tchad, un régime dictatorial dirigé d’une main de fer par Idriss Déby. À la tête du Tchad depuis plus de trente ans, l’Etat français lui voue une confiance particulière dès lors qu’il constitue un allié militaire de taille au Sahel mais aussi vis-à-vis du pouvoir libyen ou de la menace terroriste de Boko Haram. En échange, la France soutien militairement le pouvoir tchadien depuis les années 1990.

Le professeur à Science Po Roland Marchal le souligne : « les présidents français lorsqu’ils arrivent au pouvoir ont souvent des préventions vis-à-vis du régime Déby. Cela a été le cas de François Hollande en 2012. Le Parti socialiste français durant la campagne présidentielle de 2012 était très dur avec le régime Déby. Mais finalement François Hollande se rendra au Tchad une dizaine de fois en cinq ans. Et président Déby constitue le "meilleur allié" de la France dans la région selon les dires du président Hollande. Emmanuel Macron s’est montré également très distant au début de son mandat en 2017, ne voulant pas dépendre de l’opinion des militaires français sur le personnage. Quelques semaines plus tard, les préventions du jeune président ont disparu ».

Dimanche prochain, il devrait remporter son sixième mandat présidentiel. Dans ce cadre, les révélations sur la situation d’esclavage subi par Adjiti pourraient rendre délicat tout soutien explicite de l’Etat français. En parallèle, la famille d’Adjiti a été placée sous protection de la Ligue des droits de l’Homme afin d’éviter toute revanche sanglante du dictateur tchadien.

Quoi qu’il en soit, cette révélation ne relève pas de la « folie » d’une famille isolée d’un dictateur d’un pays africain lointain. Ce qui est arrivé à Adjiti est le résultat de tout un système françafricain qui laisse les mains libres à des serviteurs locaux de l’impérialisme français pour s’enrichir sur le dos de toute la population, qui se croient au-dessus de tous et tout permis. Réduire quelqu’un en esclavage au cœur de Paris est la traduction du sentiment d’impunité que ces « grands amis de la France » ont forgé grâce au soutien de l’impérialisme français.




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