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Répression

Aéro. La police empêche une action des grévistes d’AAA, en lutte contre les licenciements

Après plusieurs journées de mobilisation, des salariés de sociétés sous-traitantes de Stélia (filiale d’Airbus), en majorité les salariés d‘AAA, se sont rassemblés devant le site de la filiale pour dénoncer la cascade de plans de licenciements qui frappe le secteur aéronautique. Le piquet a été dissout par la police. Si hier le gouvernement soutenait le grand patronat en l’arrosant de milliards, aujourd’hui il lui prête main forte contre les salariés avec son bras armée.

lundi 28 septembre

Crédits photos : Cfdt Troisa

Ce jeudi 24 septembre, une centaine de salariés de sociétés du bassin aéronautique d’Albert-Méaulte (Somme) se sont rassemblés devant le site Stélia (une filiale d’Airbus) pour manifester leur colère quant à la cascade de plans de licenciements qui touchent lourdement le secteur. Les salariés présents étaient principalement des grévistes de l’entreprise de sous-traitance AAA, menacés par un PSE de 719 emplois en France, dont 139 (sur 155) sur le site de Méaulte. Cela représente pour cette boite de sous-traitance, une suppression de 49 % des effectifs. Et cela alors que l’entreprise, comme le relèvent les avocats de la CFDT 3A, se trouve dans une bonne santé financière selon l’expert économique mandaté sur le dossier. Et cela n’est certainement pas un cas isolé si on tient compte des énormes bénéfices que le secteur a encaissé ces dernières années.

Pour répondre à cette offensive patronale, les salariés d’AAA ont organisé depuis le 8 septembre des journées de mobilisation sur certains des différents sites avec des débrayages ponctuels, des actions, des rassemblements et des piquets. C’est le cas de Colommiers, de Carquefou, de Méaulte et de Saint-Nazaire ou encore de Toulouse. De leur côté, depuis mardi 22, à l’appel de la CFDT, une quarantaine de salariés d’AAA du site Albert-Méaulte ont organisé des blocages filtrants pour perturber l’approvisionnement des pièces du donneur d’ordre Stélia, sur le site d’Albert.

La CFDT AAA a décidé de monter le ton après deux mois de négociations où « rien n’aboutit » et où « la situation se trouve dans le même stade » comme le témoignait Arnaud, travailleur et délégué syndical de la section CFDT de AAA. En effet, le dialogue sociale tant loué par le gouvernement, le patronat et les directions syndicales, n’est dans les faits qu’un moyen d’épuiser la colère et le temps des travailleurs des dans des pourparlers interminables par lesquels la direction cherche à tous prix à éviter un durcissement du conflit via l’unité des travailleurs et la massification, la construction et la coordination de la lutte sur la base d’assembles des salariés.

Cette action visant à défendre les emplois et l’avenir de centaines de familles dans un contexte de crise économique profonde, a été cependant dissoute par la police. Selon une source syndicale « les gendarmes sont arrivés avec un huissier pour déloger les salariés. Ils ont pris les identités et relevé les plaques d’immatriculation des voitures présentes et menacés de garde à vue les salariés s’ils n’obéissaient pas ». Si hier le gouvernement et l’Etat soutenait le grand patronat en lui offrant d’outils légales comme l’APC et le PSE et en l’arrosant de milliards via le mal nommé plan de relance, aujourd’hui il lui prêt main forte contre les salariés avec son bras armée.

La force du grand donneur d’ordres a encore frappé alors que les salariés syndiqués CFDT et non syndiqués démontraient...

Publiée par Cfdt Troisa sur Jeudi 24 septembre 2020

Tel qu’on l’avait vu lors des piquets de la RATP, lors du combat contre la réforme des retraites (où les salariés avaient réussi à tenir tête à la police et à exercer leur droit de grève grâce à leur nombre ), a toute action sérieuse qui ne vise pas à transiger sur les conditions de vie et de travail des salariés dans des tables de négociation, se trouve dans un moment ou un autre face à la répression de la police et de l’Etat. Rien d’arbitraire donc dans la campagne sécuritaire et islamophobe qui inonde aujourd’hui tous les médias. Sous le prétexte de laïcité et de lutte contre le séparatisme, l’Etat et les différentes organisations politiques cherchent à redorer et renforcer l’outil qui va être indispensable au grand patronat pour faire face aux conséquences explosives de la crise sanitaire et économique : la police.

La nécessité d’un plan de bataille à la hauteur qui met au centre la force des travailleurs unis et organisés

La volonté d’intimider les travailleurs pour instaurer un climat de peur et tuer dans l’œuf toute tentative de lutte ainsi que l’action coordonnée du patronat du secteur aéronautique et de l’Etat posent la nécessité aux salariés et les syndicats de se doter d’un plan de bataille commun et à la hauteur. Qui évite la division qui règne dans le secteur, la piège d’épuiser le temps et les forces dans le « dialogue sociale », les actions isolés qui se coupent la de force indispensable qui donne le nombre et qui rompe avec toute illusion d’une réponse qui ne vient pas de la force des travailleurs organisés.

Les travailleurs de Derichebourg ont déjà fait une première expérience riche d’enseignements pour avancer dans cette voie. Dans cette lutte, le refus de « négocier le poids des chaines » et commencer à se battre pour 0 suppression d’emplois et 0 licenciements avait été la première condition pour commencer à construire un vrai rapport basé sur la combativité des travailleurs organisé et non dans des attentes mises sur la direction, le patronat ou le gouvernement. Ça a été cette rupture du compromis avec les intérêts du patronat qui a permis de construire, dans les 4 jours qui a duré la grève, l’unité entre les travailleurs syndiqués et non-syndiqués, des assemblés de salariés où décider des suites de la mobilisation, la grève et la coordonnation avec les autres boites. C’est aussi sur cette basse et en partant de ces enseignements que ce 17 septembre a eu lieu la première rencontre des salariés de l’áero réunissant 19 entreprises entre sous-traitants (dont parmi autres AAA) et donneurs d’ordre. Dans sa première déclaration, signé par plus de 20 syndicats et collectifs de syndiqués et non-syndiqués, les ouvriers appellent à se préparer à la bataille et à ne pas se battre usine par usine mais tous ensemble pour refuser tout PSE et tout chantage à l’emploi au travers des APC. Leur ligne est claire : pas un euro de moins, pas un collègue de moins

Dans ce sens la direction de la CFDT AAA, bien que le syndicat soit à l’initiative du mouvement, tend à avoir une ligne contradictoire et éloigné de cette perspective, notamment lorsque celle-ci indique dans ses tracts que si les « salariés font trop durer leur mobilisation, le périmètre de restructuration d’AAA peut encore s’élargir ». Ce discours combiné à un horizon programmatique se limitant à revendiquer un PSE plus acceptable et donc à accepter le plan du patronat tend à désarmer et à isoler le premier noyau de gréviste déjà organisé contre le PSE, et laisse entendre qu’un durcissement du conflit serait délétère.

La position de F. Ruffin qui s’est rendu recemment au piquet des travailleurs d’AAA est aussi malgré son geste, problématique. En défendant « un plan sociale minimal » et en limitant l’action de son groupe à une « lettre au ministre de l’économie » pour avoir des meilleures indemnités, le député bride, par les perspectives proposées, la combativité potentielle des salariés. D’un côté il entretien l’idée selon laquelle décharger la crise sur les travailleurs serait une fatalité, et de l’autre côté, l’illusion selon laquelle l’Etat, qui a envoyé quelques heures avant les flics pour déloger le piquet, pourrait apporter une réponse dans le sens des intérêts des salariés.

Pour transformer cette grève pour l’instant minoritaire chez AAA, en un mouvement d’ensemble qui soit capable de construire un vrai rapport de forces avant la fin des négociation ce 16 octobre, il faut se donner les perspectives, à l’image de l’exemple des salariés de Derichebourg, en luttant pour 0 licenciements et 0 baisse de salaire, mais aussi les moyens. Alors que le calendrier se resserre, la direction nationale de la CFDT en lien avec la CFDT AAA pourrait contribuer, avec une partie de ses plus de 120 millions d’euros de caisse de grève, à soutenir les salariés d’AAA (qui ont déjà lancé une caisse de grève) et à mener une campagne nationale pour les soutenir financièrement, moralement et dans leurs piquets. Cela pourrait s’accompagner également d’une campagne pour armer les salariés sur le droit de grève alors qu’on sait que plusieurs parmi eux reçoivent des coups des pressions de la direction pour ne pas rejoindre la mobilisation. Tant les perspectives qui valent la peine de se battre que les moyens financières moraux et juridiques ce sont des conditions nécessaires pour réussir que le noyau de grévistes qui se batte actuellement puisse sortir de son isolement et arriver à entrainer la majorité des collègues dans la lutte pour envisager la construction d’un rapport de forces à la hauteur de l’offensive patronale.

Le temps qui a manqué aux salariés de Derichebourg pour leur permettre d’aboutir leur lutte, pourrait être un ingrédient au rendez-vous pour les salariés de AAA.




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