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Notre classe

« Non à la fermeture de l’usine ! »

Aéro. Rassemblement des salariés de SimAir Colomiers contre la fermeture du site

Alors que les attaques pleuvent dans l'aéronautique, le groupe BT2I a annoncé la fermeture des sites de Caromar (56 salariés) et SimAir-Colomiers (49 salariés). Ce jeudi les salariés de SimAir Colomiers se sont rassemblés contre la fermeture du site.

samedi 7 novembre

Le groupe BT21 regroupe plusieurs sous-traitants de l’aéronautique : MAP (Mécanique Aéronautique Pyrénéenne), Cauquil, SimAir et Caromar. L’ensemble de ces entreprises sont impactés par les plans sociaux annoncés par le groupe BT2I, et certains sites sont menacés de fermeture. A l’image du reste du patronat de l’aéronautique (sous-traitants et donneurs d’ordre compris) la direction du groupe BT2I se sert de l’argument des difficultés financières pour faire payer la crise aux salariés.

A Cauquil, ce sont 35 salariés sur 75 qui sont menacés de licenciements, et à SimAir Rochefort, la direction a annoncé une suppression de 11 postes. Chez MAP la direction a annoncé un plan social qui menace 106 postes sur 270 salariés. De son côté Caromar Techno avec ses 47 salariés est menacé de fermeture. C’est aussi le cas chez SimAir Colomiers où la direction a annoncé début octobre une fermeture totale du site et donc la suppression de ses 49 emplois.

Face à l’ampleur et la violence de ces attaques et contre la fermeture du site, les salariés de SimAir Colomiers ont décidé de se rassembler ce jeudi devant l’usine. Sur 49, ils étaient une bonne trentaine et cela en sachant que certains salariés n’ont pas pu se rendre sur le site à cause du fait que la direction leur a refusé l’attestation nécessaire pour se déplacer dans cette phase de confinement. Une dizaine de membres du Collectif des Salariés de l’Aéronautique sont venus en soutien.

Comme les salariés de chez MAP qui ont manifesté le 13 octobre contre le plan social, l’injustice que ressentent les ouvriers de chez SimAir est la source de leur colère et de leur mobilisation. Ils étaient nombreux à dénoncer le mépris patronal envers les salariés et leurs familles. Après avoir travaillé en pleine crise sanitaire, après avoir fait des nombreuses heures non payées, les salariés sont remerciés, avec l’appui du gouvernement, par des licenciements massifs. Et cela alors que la perspective de retrouver un emploi se voit fortement dégradée par la profondeur de la crise économique actuelle.

Gaël et Frédéric, salariés chez SimAir Colomiers revenaient sur la situation dans l’usine mais aussi sur la nécessité que les directions syndicales se mettent en ordre de bataille et l’importance de construire la solidarité entre les salariés du secteur.

La dimension du drame social qui impliquent ces attaques était présente dans les témoignages des ouvriers. Un salarié nous racontait : « j’ai un crédit et 3 enfants et on va devoir revendre la maison ». Un autre nous expliquait que « avec 7 ans d’ancienneté dans cette boite, avec tout ce que j’ai donné, souvent sans compter mes heures, je vais toucher 2700 euros d’indemnités supra-légales ». Autant dire une misère, permise par la loi travail de 2016 notamment. « J’ai perdu 10 kilos cette année et je suis passé à un paquet de clopes par jour alors qu’avant j’en fumais que 4 ou 5 ». Un autre ouvrier témoignait : « on n’a eu aucune reconnaissance pour toutes ces années où on a permis des profits énormes à Airbus et aux patrons du secteur ».

En effet, alors que la direction a dit aux salariés qu’ils ont déjà « mangé toute la carotte », qu’elle est contrainte de fermer le site, les salariés voient bien que le patronat fait surtout le choix de décharger les coûts de la crise économique sur leur dos. Non seulement la direction se garde bien de parler des salaires de la direction et des bénéfices encaissés par les actionnaires lors de ces dernières décennies, mais l’activité du site va être en partie délocalisée en Tunisie et à Rochefort. Ce qui montre bien que la fermeture n’est motivée que par la volonté du patronat de garder sa marge de bénéfice. En plus, comme le rappelait Gaëtan Gracia, délégué syndical aux Ateliers de la Haute-Garonne et membre du Collectif des Salariés de l’Aéronautique, ce qui importe n’est pas la comptabilité d’un patron isolé mais la comptabilité de la filière dans son ensemble : « le secteur aéronautique a fait 40 milliards de bénéfices seulement dans l’année 2017 »

La dénonciation et l’interpellation des directions syndicales que faisait Gaëtan Gracia, étaient aussi partagées par les salariés de SimAir : « ils nous laissent crever tous seuls ! ». En effet les salariés et les équipes syndicales notamment des petites boites sont abandonnés face à l’offensive patronale. Mais la passivité des directions syndicales, qui refusent de mettre en place un plan de bataille à la hauteur des attaques et pour l’ensemble de la filière, contraste avec la combativité qu’on a pu voir chez Derichebourg ou Onet Airbus mais aussi chez SimAir.

Alors que la direction, comme il est habituel dans ces cas, préfère canaliser et temporiser la colère des salariés dans des cadres de négociation pour avoir à faire seulement aux délégués du personnel seuls, les salariés de SimAir ont réussi à rentrer tous ensemble à la première réunion de la journée. Tel qu’ils nous le racontaient, ils n’ont pas laissé la direction les tromper avec des histoires. Face à la « mise en scène » de la direction, qui « balançait des chiffres et des grands phrases », qui « faisait semblant de s’inquiéter pour notre avenir », les salariés ont dénoncé fermement l’hypocrisie du groupe et ont menacé de « se mettre en grève et de bloquer le site jusqu’au à être traités comme il le faut ». Cela montre bien comment ce qui semble impossible dans des cadres de négociation entre la direction et les délégués isolés, est possible quand les travailleurs décident d’agir tous ensemble et de ne pas se laisser imposer les conditions et les règles du combat que choisit le patronat.

Bien évidemment cette voie a été rapidement bannie par la direction qui a accusé les salariés de « vouloir faire couler la boite ». Une accusation totalement cynique alors que le groupe est déjà décidé à fermer l’usine ce 15 janvier et à laisser ses 49 salariés sur le carreau. Ce que craint vraiment le groupe c’est que les ouvrièrs se rendent compte, par leur lutte, qu’ils sont les vrais maîtres de l’usine, que sans eux rien ne fonctionne et que par conséquent, s’ils le veulent, ils peuvent continuer à faire fonctionner le site contre la volonté du patronat. Ce ne serait pas la première fois que face à des menaces de fermeture, les ouvriers, organisés en assemblée, décident d’occuper l’usine, protéger l’équipement et garder son outil de travail pour pouvoir le faire fonctionner par et pour eux-mêmes.

Pour l’instant, la direction, en prolongeant des heures les négociations lors de ce premier jour de rassemblement, a réussi à éviter un scenario de durcissement de la lutte et à gagner du temps en reportant à mardi les annonces de nouvelles propositions concernant notamment les indemnités supra-légales. Les salariés sont dans l’attente de propositions concrètes et comme l’expliquent Hamid et Pierre, délégués syndicaux du site, d’ici mardi ils vont chercher à obtenir des conditions de départ les plus dignes possibles.

Cependant les indemnités supra-légales que propose la direction ne font pas l’unanimité parmi les salariés qui se méfient des manœuvres du groupe et qui considèrent qu’au-delà du montant, celle-ci est une mesure limitée face à la difficulté croissante à retrouver un travail en plein crise économique. La situation est donc encore ouverte et pourrait changer ce mardi suite aux annonces de la direction, notamment si elles déçoivent.

Si les salariés reprennent la voie qui semblait se dessiner après la réunion collective avec la direction, s’ils décident de discuter tous ensemble en assemblée, après les annonces de mardi, pour décider collectivement des suites, la situation pourrait encore basculer et ouvrir la voie pour la construction d’un rapport de forces face aux attaques de la direction.




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