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Notre classe

La casse sociale s’approfondit

Aéronautique. La direction d’AAA va supprimer 719 emplois, presque la moitié des effectifs !

C’est une attaque énorme à l’égard des salariés d’AAA, sous-traitant aéronautique. Après avoir mis fin aux contrats d’environ 500 intérimaires, la direction vient d’annoncer un PSE qui va toucher 719 salariés sur 1587, soit plus de 45 % des effectifs.

vendredi 10 juillet

Depuis quelques semaines la menace d’un PSE plane à Assistance Aéronautique et Aérospatiale (AAA). AAA aéro est un sous-traitant aéronautique, spécialisé dans les services et compétences pour Airbus, Stelia, Safran, Dassault, ses principaux clients. Affectée par la crise structurelle et profonde qui frappe l’aéronautique, la direction de AAA a pris le même chemin que le reste du patronat du secteur : faire payer la crise aux travailleurs. 

Ce mercredi 8 juillet, la CFDT AAA a dévoilé dans un communiqué que la direction venait d’annoncer un PSE de 719 emplois, sur 1587. Une attaque énorme, qui va s’abattre sur plus de 45 % des effectifs, soit presque la moitié du personnel ! Et ce après que cette même direction a déjà mis à la porte plus de 500 intérimaires, qui n’ont pas vu leurs contrats reconduits. Comme dans beaucoup d’autres boîtes, ces derniers ont été utilisés comme première variable d’ajustement pour viser à maintenir les profits du patronat. 

En effet, tout comme à Airbus et Daher, la direction a d’abord jeté à la porte et au chômage les intérimaires, pour s’attaquer ensuite aux salariés en CDI. Ce nouveau PSE et son caractère massif, ajouté aux suppressions d’emplois à Daher (plus de 3000), Airbus (15000 dont 5000 en France), mais aussi dans de plus petits sous-traitants comme Athos, Sogeclair, vient montrer une nouvelle fois, durement, le caractère profond de la crise que traverse le secteur de l’aéronautique. 

Deux semaines après l’annonce du plus grand plan de suppressions de postes jamais mis en place à Airbus, le PSE à AAA est une illustration de son impact à l’égard des salariés des entreprises sous-traitantes, qui ont vu leurs contrats et commandes avec Airbus et les donneurs d’ordres baisser considérablement. D’autant plus concernant les entreprises de prestations de services, comme AAA, puisque nombre de leurs clients font le choix de mettre fin aux contrats avec ces entreprises et de déléguer le travail qu’elles effectuaient à leurs propres salariés. En ce sens, le 28 avril dernier, Emmanuel Grasland expliquait dans les Echos qu’il y avait dans la filiale une « réduction des contrats passés avec des sociétés comme Derichbourg ou Assistance Aéronautique & Aérospatiale (AAA) pour fournir du service sur les lignes d’assemblage final, retravailler des parties (parachèvement) ou faire du contrôle qualité. Ces sociétés, qui ont connu un développement accéléré avec la hausse des cadences, sont parmi les fournisseurs les plus en danger. » 

Face à cette situation, les directions d’entreprises brandissent la question des difficultés financières, de la baisse des commandes et du chiffre d’affaires pour justifier leurs politiques antisociales, que ce soit les licenciements ou les attaques sur les salaires, qui commencent toutes deux à se multiplier. Cependant, ces entreprises, qui « ont connu un développement accéléré ces dernières années » ont engrangé pendant tout ce temps d’énormes profits, le secteur aéronautique ayant été à l’abri de la crise post 2008. Ainsi, derrière le drapeau des risques de faillites, le patronat essaye seulement, à travers des licenciements et attaques sur les salaires et acquis des salariés, de maintenir et préserver leurs profits. 

Face à cet argument de difficultés financières ou risques de faillite, les travailleurs que l’on menace de condamner au chômage – en pleine crise économique profonde, retrouver un emploi sera par ailleurs de plus en plus difficile - devraient revendiquer la possibilité de pouvoir regarder les comptes de leurs patrons et leurs profits et bénéfices engrangés ces dernières années.

De plus, quand bien même une entreprise serait en difficulté, ce n’est pas aux salariés d’en payer les frais, de payer les conséquences d’une crise dont ils ne sont pas responsables. Ce à l’heure où l’ensemble de la filière a engrangé ces dernières années des milliards de profits, sur le dos de ces mêmes travailleurs : « si les patrons insistent sur les difficultés économiques, on ne connaît rien sur l’ampleur de celles-ci ni sur la stratégie qu’ils comptent adopter. Où sont passés les milliards de profits accumulés depuis des années ? En moyenne depuis 2009, le secteur aéronautique génère une marge d’un peu plus de 10% (EBIT), soit plusieurs dizaines de milliards d’euros. 40 milliards en 2017 par exemple (on parle bien ici de bénéfices, et pas du chiffre d’affaire). » affirmait durant le confinement Gaëtan Garcia, ouvrier aux Ateliers de la Haute-Garonne et à la CGT

Ainsi, face à ce nouveau PSE, qui laisse entrevoir le désastre social que la crise économique et la politique du patronat vont engendrer, il est nécessaire que l’ensemble des travailleurs de l’aéro se coordonnent et s’organisent pour imposer un rapport de force, par la lutte, afin de refuser tout licenciement et toute baisse de salaire. Parce que ce n’est pas aux salariés ni à leurs familles de payer leur crise. 




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