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Débats

Crise économique

Aéronautique. Ruffin réclame des plans de licenciements "dignes"... ce qu’il faut c’est les combattre !

Alors que se multiplient les suppressions d'emplois (et les baisses de salaires) dans l'aéronautique, le député LFI François Ruffin s'est exprimé plusieurs fois sur le sujet. Notamment aux côtés de la CFDT AAA à Meaulte, en aidant à rendre visible le conflit. Mais les perspectives de lutte qu'il en dégage sont pour le moins en deçà des besoins, puisqu'il réclame des "plans sociaux dignes".

jeudi 15 octobre

Crédit photo : Compte Twitter de François Ruffin

Crise historique dans l’aéronautique : quand le patronat tente de faire payer les salariés

Certains secteurs sont particulièrement durement touchés par la crise économique en cours. L’aéronautique en fait partie. Entre les éléments conjoncturels, comme les restrictions de vol actuelles, et plus structurels, comme le ralentissement voire la probable baisse du trafic aérien mondial à venir, l’industrie aéronautique connaît la pire crise de son histoire.

En temps de crise, on explique toujours que c’est aux salariés eux-mêmes de payer, par des baisses de salaires et des suppressions d’emplois, sans jamais évoquer le profit ou les salaires des dirigeants, qui resteraient intouchables. Une logique d’autant plus scandaleuse dans le secteur de l’aéronautique, qui a connu une croissance presque ininterrompue et cumulé des milliards de bénéfices ces dernières années.

Ce discours présentant la régression des conditions de travail et de vie des salaries comme une conséquence automatique de la crise, répété en boucle dans les médias et usé jusqu’à la corde, est aussi relayé et justifié par certains syndicats à leur manière. Pour les organisations les plus proches des patrons, et très souvent pour Force Ouvrière dans la métallurgie, être "responsable" c’est alors choisir entre la peste et le choléra, c’est à dire entre baisse de la rémunération et licenciements, plutôt que de s’y opposer.

C’est le discours qu’avait tenu FO à Derichebourg pour justifier la signature de l’Accord de Performance Collective, prétendant "sauver des emplois" en signant la baisse de rémunération de plusieurs centaines d’euros. Un APC qui a pourtant permis en même temps à la direction de licencier 163 salariés, fragilisant donc même le discours sur la sauvegarde de l’emploi agité par le gouvernement et le patronat et qui venait justifier ces attaques sur les salaires.

C’est la même logique que défend FO-Airbus, en se satisfaisant qu’après l’annonce de 5000 suppressions d’emplois, il n’y ait pas de licenciements contraints (pour l’instant), au prix de baisses de salaire et d’un futur APC, et au prix des futurs emplois de la jeunesse qui arrive sur le marché du travail sans espoir de trouver un emploi dans la filière. Et cela alors que les demandes d’emplois dans l’aéronautique a augmenté de 23% chez les jeunes ces dernières années.

L’adjoint du maire de Toulouse a dit explicitement qu’il y avait des bons et des mauvais plans sociaux, et que celui d’Airbus faisait partie des bons. Libre à la droite de répéter les mêmes discours, mais c’est plus surprenant quand c’est le député LFI François Ruffin, connu pour ses soutiens médiatiques à plusieurs luttes de salariés, qui reprend exactement ce discours.

Dans un post Facebook (et dans plusieurs interventions publiques), celui-ci explique clairement qu’il réclame des "plans sociaux dignes". Et s’il devait persister un doute, la suite est encore plus claire : « Les salariés des sous-traitants devraient partir dans les mêmes conditions, avec les mêmes droits, que les salariés licenciés par Airbus ». Et par quel moyen ? Toujours avec une négociation, mais avec d’autres invités : « Nous demandons que ces plans ne se règlent pas, en bilatéral, entre patrons et syndicats du sous-traitant. Mais avec autour de la table un représentant de l’Etat-Bercy, et un autre de Stelia-Airbus. »

Disons-le tout net : Non, les salariés ne devraient pas être licenciés du tout !

On sait qu’Airbus met en concurrence au maximum ses sous-traitants, et que les conditions de travail y sont plus difficiles. Mais ce n’est pas pour autant que nos revendications doivent s’adapter à la concurrence et à la soif de rentabilité du patronat en se limitant à des licenciements un peu mieux indemnisés ou accompagnés.

Déjà, suite de la crise de 2008, plusieurs batailles s’étaient menées dans l’industrie pour obtenir des indemnités de départ plus fortes. Malgré cela, les conséquences quelques années après sont dramatiques pour les ouvriers concernés, comme l’a expliqué plusieurs fois Mickaël Wamen, ex-Goodyear, au sujet des suicides de plusieurs de ses ex-collègues, et ce quelques soient les conditions de reclassement, les indemnités, et autres miettes que voudrait négocier aujourd’hui Ruffin pour les sous-traitants...

De plus, celui qui perd son emploi aujourd’hui aura encore moins de chance d’en retrouver un, si l’on compare à 2008. Pour exemple, dans toute la crise qui a suivi 2008, ce sont environ 600.000 postes qui ont été supprimés, alors qu’on en compte déjà plus de 700.000 pour ce seul début d’année 2020. L’heure n’est pas à négocier les conditions de licenciements, mais à se battre contre toute suppression d’emploi.
 
Le député de la Somme a pourtant raison quand il affirme que « c’est pas parce qu’on veut moins d’avions que c’est aux salariés d’en payer le prix », liant ainsi les questions écologiques et sociales, notamment en mettant en avant les possibilités de reconversion de la production. Mais si derrière ces remarques générales, les propositions concrètes sont de négocier le moindre mal, les travailleurs du secteur risquent de se retrouver bien désarmés face aux attaques coordonnées dans la filière. Ce qui exclut à terme le fait que les travailleurs puissent avoir la main sur la reconversion écologique pour enfin laisser les commandes au même patronat qui prétend faire face à la crise écologique à coup de coup com’ et de greenwashing comme c’est le cas de l’avion à hydrogène 

C’est une profonde contradiction pour quelqu’un qui critique le "dumping démocratique" (le fait que les travailleurs ne sont pas acteurs de leur destin et restent dans une certaine "apathie") que de faire des propositions qui demandent à l’État actionnaire ou aux différentes institutions (IRP, négociations plus larges...) de se saisir de ces revendications. Nourrir les illusions sur le fait qu’une réponse dans le sens de l’intérêt des salariés pourrait venir d’en haut (des mains du patronat et de l’État qui lui a offert les outils pour attaquer les salariés tels que l’APC ou le PSE) bride la potentialité de la lutte des travailleurs et les éloigne de la perspective de prendre leur destin en main. Cette voie, déjà dénoncée par les salariés de Derichebourg, mène à épuiser le temps et l’énergie dans les pourparlers interminables du « dialogue social » ou dans l’attente de mesures étatiques lointaines et se fait au détriment du temps et de l’énergie qui devrait être consacrés à la construction d’un vrai rapport de forces.

Le patronat du secteur aéronautique (donneurs d’ordre et sous-traitants confondus) se coordonne et se sert des mêmes méthodes pour mener ces attaques historiques sur les emplois et les salaires dans le secteur. Contre toute logique visant à négocier des PSE plus « dignes » ou des meilleures indemnités entreprise par entreprise, il faut construire l’unité et rompre avec la concurrence artificielle qui règne dans le secteur. Cette unité et la coordination des salariés de l’aéronautique ne peuvent pas se construire en concédant ici et là des baisses de salaires, en négociant le nombre de suppressions d’emplois ou le montant des indemnités en fonction de la situation de chaque entreprise. L’unité du secteur de l’aéronautique ne peut que partir d’un programme intransigeant sur le fait que ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise et qui lutte pour 0 suppressions d’emploi et 0 baisse de salaire.

C’est sur la base de ce programme que ce 17 septembre a eu lieu la première rencontre des salariés de l’aéronautique : des salariés syndiqués et non syndiqués représentant 19 entreprises (entre donneur d’ordre et sous-traitants et qui vise toujours à s’élargir) se sont réunis pour discuter d’un plan de bataille qui part du constat que pour faire face à l’offensive patronale il faut être unis, coordonnés et ne pas « négocier le poids des chaines » .

Comme le rappelaient les salariés de la rencontre : Si on touche à l’un on touche à tous !




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