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Politique

Aéronautique, automobile, les grands patrons veulent reprendre : fermons les entreprises non essentielles ! 

À quelques jours du pic épidémique, le patronat et le gouvernement font pression sur les salariés pour qu'ils continuent de travailler dans les secteurs de la production non essentielle. Une politique criminelle indexée aux profits des grands capitalistes à laquelle les salariés doivent répondre en s'organisant pour arrêter la production de tout ce qui n’est pas essentiel : hélicoptères, avions, voitures,… etc.

lundi 30 mars

Les préconisations des personnels soignants sont pourtant limpides : "Sauf si votre activité professionnelle est vitale, restez chez vous, inconditionnellement". "C’est important d’aller travailler » leur répond la Ministre du Travail Muriel Pénicaud

Le pic épidémique n’est pas encore atteint que les hôpitaux sont déjà saturés, contraints de trier les patients. 4 632 patients sont actuellement en réanimation, 2 606 malades ayant déjà succombé au virus, selon les chiffres officiels. Mais le gouvernement ne semble pas se résoudre à arrêter les productions non essentielles, qui concernent des centaines de milliers de salariés exposés au virus et participant à sa propagation.

Si le Premier ministre alertait lui-même que « les quinze premiers jours d’avril seront encore plus difficiles que les quinze jours qui viennent de s’écouler », le ton grave ne semble finalement valoir que pour justifier des mesures de confinement de plus en plus autoritaires

Une contradiction dans le discours du gouvernement qui tend à agacer la communauté médicale, que le chef de l’Etat rêvait pourtant de caresser dans le sens du poil à l’instar de son allocution du 25 mars. Docteur Christophe Prudhomme, porte parole de l’association des médecins urgentistes de France, n’a pas hésité à interpeller durement le locataire de Matignon : "N’en déplaise au Premier ministre, (…) à l’issue de la crise il faudra que les responsables passent à la caisse et paient. Il y’a une grande colère chez les personnels de santé"

Le gouvernement est pris en étau d’une situation qui réveille "des antagonismes, des tensions sociales qui traversent le pays" explique Jérôme Sainte Marie dans l’Opinion. "Il y a eu dans tous les secteurs d’activité (…) un changement d’attitude extrêmement brutal des salariés" s’alarmait Patrick Martin à l’AFP. Autrement dit, les salariés ont décidé de privilégier leurs vies plutôt que les profits de leurs patrons, et ont massivement fait valoir leur droit de retrait, notamment dans l’industrie automobile et l’aéronautique. 

Et partout où les travailleurs ont fait respecter les mesures de confinement par la fermeture de leurs usines, le patronat aidé du gouvernement pousse à la réouverture. Ce dernier renchérit : "Il n’y a pas de métiers qui soient inutiles à la nation". Non, ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise économique alors même que ces grandes entreprises s’enrichissent quotidiennement en exploitant les travailleurs. En témoignent leurs bénéfices historiques : Airbus a versé 5 milliards de dividendes en 2019 et PSA a réalisé une hausse de bénéfice net de 3,2 milliards d’euros la même année. 

Le problème que rencontrent les classes dominantes est éminemment politique. D’un côté, la résolution de l’épidémie se trouve entre les mains de métiers marginalisés et invisibilisés par le néolibéralisme : soignants, caissiers, agents de nettoyage. De l’autre, les salariés dans les entreprises commencent à faire valoir collectivement leur droit de retrait pour cesser de produire ce qui ne leur semble pas essentiel. Il s’agit donc pour le patronat de taper du poing sur la table et de démontrer que c’est lui qui dirige. 

Une bataille qu’est déterminée à mener une grande partie des salariés. À PSA Valenciennes, Cedric Brun de la CGT explique que "l’immense majorité des travailleurs refuse la reprise du travail dans des conditions de confinement nationale. La peur d’être contaminé et de contaminer sa famille est dans toute les têtes et si la direction veut passer en force ; il y a aura des luttes". "L’arrêt immédiat et la mise en sécurité immédiate de toutes les industries non essentielles et utiles à la nation" abonde l’antenne régionale de la FNIC-CGT. "La reprise d’activité ne pourra s’envisager qu’après le pic de l’épidémie dans notre pays" tranche Olivier Lefebvre, délégué central de FO. 

Une situation qui donne des sueurs froides au grand patronat, qui tente de justifier le maintien de sa production par tous les moyens. Mais ni la donation de quelques masques aux soignants pour justifier d’en monopoliser des dizaines de milliers par jour pour fabriquer des avions ou des voitures, ni la mise en place de gestes barrières qui sont impossibles à respecter dans les productions à la chaîne, ne doivent faire oublier que le patronat cherche surtout à se laver les mains de la mise en danger grave de ses salariés. 

Des difficultés notables auquel le gouvernement cherche à répondre par le chantage à l’union nationale. "Inopportun" semble être le préavis de grève déposé par la CGT Services publics. Muriel Pénicaud apparait quant à elle perplexe face à l’idée que "l’unité nationale ne prévale pas". En réalité, lorsque les salariés commencent à compter leurs morts, exiger la fermeture des usines dont la production n’est pas mise au service de la résolution de la crise est fondamental. Mais cela nécessite un réel plan de bataille, décidé à la base en indépendance du gouvernement et des organisations patronales dont la principale préoccupation est d’imposer le maintien des productions non essentielles. Comme en Italie où les travailleurs ont usé de la grève pour rappeler au patronat qu’ils n’étaient pas de la chair à canon, il est urgent de faire valoir le droit de décider de la production pour survivre à la pandémie.

Pour toutes les personnes confinées qui ne peuvent pas manifester dans la rue leur soutien aux ouvriers en lutte pour la fermeture de leur usine, nous vous proposons de rejoindre une campagne à mener sur les réseaux sociaux : #StopProductionNonEssentielle !.

Nous ne sommes pas condamnés à "préparer le bilan" pour leur faire payer plus tard.
Il y a urgence à agir, car c’est maintenant que se joue le pic de l’épidémie, les saturations des hôpitaux, et ni plus ni moins que la vie ou la mort de milliers de personnes. Tous ensemble, nous pouvons frapper un grand coup sur les réseaux sociaux, et mettre cette question brûlante sur le devant de la scène. Nous devons peser de tout notre poids pour imposer la fermeture des entreprises non essentielles !

Crédits Photo : Nataliya Hora / Shutterstock.com




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