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Politique

Lutte contre les privatisations

Aéroports de Paris : le « RIP » ou la grève ? Telle est la question !

La campagne d’appel à signature pour la mise en place du RIP (Referendum d’initiative partagée) concernant la privatisation des Aéroports de Paris (ADP) est lancée. Portée par la France Insoumise et ralliée par une large partie de la gauche, cette initiative cache en réalité une stratégie politique que nous ne partageons pas.

vendredi 14 juin

Une initiative institutionnelle qui esquive la lutte des classes et épargne les directions syndicales

Dans la tendance des derniers mois autour du fameux RIC porté par une partie des gilets jaunes depuis décembre, le referendum d’initiative partagée (RIP), existant dans les textes depuis 2013, semble être une alternative pour les supporters de la gauche citoyenniste, celle qui se contente des urnes et des institutions telles qu’elles sont, ou avec quelques modifications à la marge.

Bien sûr la privatisation des Aéroports de Paris (ADP) est à rejeter en bloc, entrant dans la logique du néolibéralisme que porte Macron, tendant à massacrer tout ce qui reste de service public à l’image de la réforme du ferroviaire, ou encore de la casse du service public de la santé.

Cependant, l’usine à gaz qu’est le RIP détourne profondément les masses laborieuses de la lutte des classes pour les diriger sur un terrain purement institutionnel et impuissant. Les attaques sont tellement répétées depuis des années, et plus accélérées encore sous le quinquennat Macron, qu’il faudra dans ce cadre, un RIP pour la SNCF, un RIP pour les retraites, un RIP pour la santé, un RIP pour l’assurance chômage, un RIP pour le code du travail, etc…

On voit bien que cela n’a pas de sens, sinon à occuper de manière détournée le terrain politique, sans jamais poser cette question centrale, que tout le monde se pose et plus particulièrement les travailleurs d’ADP : que font les organisations syndicales dans tout cela ?

Sans vouloir préempter ou juger des initiatives qui peuvent être lancées localement, il y a un vrai problème aujourd’hui sur le terrain de la lutte syndicale. Après des mois à tirer la sonnette d’alarme, le personnel de la santé a dû créer un mouvement parti de la base appelé « inter-urgence », raccroché tardivement par quelques organisations syndicales. Malgré Whirlpool, Ascoval, General Electric, ou encore Ford Blanquefort, la confédération syndicale avec à sa tête Philippe Martinez réélu une nouvelle fois, n’a posé à aucun moment la question de la grève. Philippe Poutou, syndicaliste CGT à Ford Blanquefort et porte-parole du NPA, s’est même saisi d’un tweet : « Les plans de fermetures et de licenciements se succèdent et bizarrement aucune riposte de la part des centrales syndicales, même la CGT »

À tout cela, nous pourrions ajouter la liste de courses d’Edouard Philippe dans son discours de politique générale mardi 12 juin, avec l’assurance chômage, l’allongement de l’âge de départ à la retraite et la suppression du régime par répartition. Le tout dans un contexte où, depuis 7 mois d’une des crises sociales les plus importantes de la Vème république, les confédérations syndicales n’ont créé à aucun moment les conditions nécessaires à un mouvement de masse.

La rhétorique qui vise à dire que « les chefs veulent lutter et la base ne suit pas » ne tient plus, tant les initiatives locales et nationales issues de la base sont importantes depuis le début du quinquennat Macron.

On se renvoie donc la balle à gauche entre des syndicats qui se disent « apolitiques » et des organisations politiques qui disent laisser « l’autonomie syndicale » aux confédérations. Il est plus que nécessaire de laisser l’autonomie syndicale, mais à la base ouvrière et non aux bureaucraties syndicales qui entendent mener leurs barques tranquillement sans jamais être dérangées par personne. Comment continuer encore dans ce sens, avec 6,5 millions de chômeurs, 9 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, des entreprises qui ferment ou qui licencient massivement ? Hier Goodyear, Continental ou GM&S ; aujourd’hui General Electric, Ford ou Whirlpool. La question n’est pas celle de l’autonomie, mais de mettre un coup de balai à ces bureaucrates dont le rôle essentiel est de canaliser la colère ouvrière en la menant vers des impasses et pour des miettes (et encore) mais aussi, dans les moments les plus tendus de la lutte des classes, de protéger les gouvernements capitalistes comme on a pu le voir pendant le mouvement des Gilets Jaunes où les directions syndicales ont participé dans une grande mesure à isoler et même mépriser le mouvement.

RIP : L’éléphant qui accouche d’une souris !

Même si nous ne sommes pas favorables à la logique du RIP, notamment car il donne l’illusion aux travailleurs que le cadre institutionnel suffit pour stopper une privatisation, nous dénonçons les manœuvres tactiques du gouvernement pour empêcher celles et ceux qui souhaitent signer en faveur du RIP. Le gouvernement fait tout pour ralentir les signatures par internet, alors même que le processus est interminable.

En effet, il faudra aux députés 4,7 millions de signature en 9 mois, soit l’équivalent de 17 000 signatures par jour, en comptant toutes les périodes de vacances surtout quand la pression sur le referendum sera redescendue (difficile à croire qu’en plein mois de juillet et aout, 17 000 personnes par jour signent). Et, si cela n’était pas suffisant en terme de nombre, il faut le limiter aux personnes présentes sur les listes électorales : quid des travailleurs de ADP avec un titre de séjour, qui ne pourront même pas se prononcer en faveur du RIP ? Pour cela il faudra avoir internet, sa carte d’identité et son numéro d’électeur.

Dans le cas de figure où cette montagne d’obstacles est finalement franchie, il faudra ensuite la majorité à l’Assemblée et au Sénat pour décider de mettre en place le referendum. Difficile de croire que LREM et la droite soient favorables à cela. En cas de désaccord, ce sera à Emmanuel Macron de décider ou non de mettre en place le referendum !

La deuxième grande étape et non des moindres sera bien sûr le referendum lui-même, sûrement d’ici 2021. Difficile de penser que les électeurs de toute la France se précipitent aux urnes pour ou contre la privatisation. En outre, rien n’empêchera derrière, dans les prochaines mandatures qu’un gouvernement remette sur table la privatisation des ADP.

C’est bien un éléphant qui accouchera d’une souris, avec un premier risque important, celui que le nombre de signataires ne soit pas atteint, et, de ce fait, servir au gouvernement de crédit politique pour justifier que la population préfère voter pour des représentants politiques que de participer à la politique, et contrer ainsi le sentiment grandissant d’un affrontement de classes dans la société. Le deuxième risque important, et non des moindres ? Que les travailleurs concernés par cette privatisation soient anesthésiés en attendant le déroulement de ce long processus institutionnel, et de laisser leur sort entre les mains de députés et de Macron lui-même.

Pourtant il faudrait frapper fort dès maintenant en pleine période de grand départ, quand les aéroports seront bondés, avec un gouvernement en difficulté pour maintenir sa politique de la même manière qu’au début du quinquennat, n’arrivant pas à arrêter le mouvement des gilets jaunes, ni la colère des 240 services hospitaliers, quand ces derniers seront également surchargés pendant l’été.

Il y a donc bien des urgences aujourd’hui, davantage que celle d’un referendum qui n’est qu’un écran de fumée qui masque le rapprochement des partisans de l’unité de la gauche, non plus sur le terrain de la lutte des classes, mais sur le terrain parlementaire dans le cadre des institutions.




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