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Affaire Benalla. Le Sénat demande à la Justice d’enquêter sur trois proches de Macron

Les tensions entre le Sénat et l'Élysée ont connu un nouveau saut ce jeudi, avec la transmission à la Justice du cas de trois proches de Macron dans le cadre de l'affaire Benalla. Un événement qui fragilise encore le "clan Macron".

jeudi 21 mars

Parmi les personnes auditionnées dans le cadre de la commission de l’enquête du Sénat relative à l’affaire Benalla, les cas de trois proches de Macron viennent d’être transférés à la Justice, afin de vérifier « un certain nombre d’omissions, d’incohérences et de contradictions » constatées lors de leur audition. Les trois hauts-fonctionnaires sont au plus proches de la présidence et au cœur du fonctionnement de l’Élysée. Il leur est notamment reproché d’avoir largement minimisé le rôle d’Alexandre Benalla, « reten[ant] une part significative de la vérité »

Il s’agit du secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler, qui a informé Macron des agissements de Benalla lors de la manifestation du 1er mai où il avait été vu frapper deux manifestants ; du directeur de cabinet Patrick Strzoda, qui avait autorisé Benalla à participer comme observateur à la manifestation du 1er mai où « l’affaire » a débuté, et ne lui avait infligé qu’une simple suspension. Celui-ci est soupçonné de « faux témoignage sur le périmètre des missions confiées à M. Benalla ». Enfin, le chef du groupe de sécurité de la présidence Général Lionel Lavergne est également ciblé par la mesure du Sénat.

Des tensions entre l’Élysée et le Sénat qui fragilisent le "clan Macron"

Cette décision vient marquer une étape supplémentaire dans les tensions entre l’Élysée et le Sénat. Le délégué général de LREM Stanislas Guérini n’a ainsi pas hésité à dénoncer un « procès politique en règle ». Benjamin Griveaux de son côté a regretté ces divisions au sein de l’Etat dans une « période où on a besoin d’unité nationale, où on doit faire fi des petits jeux politiciens pour se rendre à l’intérêt général ».

Si la décision a été majoritaire au Bureau du Sénat de saisir la justice concernant les trois cas, elle n’a pas fait l’unanimité. Elle intervient dans un contexte où la réforme constitutionnelle prévoit de réduire le nombre de sénateurs, beaucoup craignant que l’Élysée leur fasse « payer » l’affaire Benalla. Le président du Sénat Gérard Larcher a ainsi tout fait pour ne pas que le bureau ne prenne cette décision, par peur de froisser Macron.

Ce dernier a en effet l’espoir de préserver son institution de la réforme envisagée par le gouvernement, ce qui l’a poussé à s’arranger avec les sénateurs centristes pour tenter d’empêcher cette saisie de la justice. Ces derniers sont en effet clairement montés à l’assaut en défense du pouvoir, comme Vincent Capo-Canellas, affirmant qu’ « il ne faut pas politiser le Sénat, qui doit garder de la hauteur et une certaine exigence. Son rôle n’est pas de partir dans une guerre contre Macron ».

Clairement mal à l’aise avec cet appel à la justice, Gérard Larcher a notamment déclaré n’être « en guerre contre personne ». Il semble pourtant que cette offensive de la droite sénatoriale en alliance opportune avec le Parti Socialiste ait décidé délibérément de retourner le couteau dans la plaie de l’exécutif.

Ce dernier, profondément déstabilisé suite à l’acte XVIII des Gilets Jaunes, voit l’étau se resserrer de tous les côtés. Alors qu’Ismaël Emelien, le « cerveau » de Macron a déjà dû quitter l’Elysée dans le sillage de l’affaire Benalla, que la démission de Christophe Castaner est réclamée par la droite, ce sont trois proches du pouvoir qui sont désormais mis en cause. Un événement qui fragilise encore un peu plus le « clan Macron » – alors même que ce groupe restreint de collaborateurs constituait le cœur du pouvoir.




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