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Société

Protection des sources

Affaire Benalla : Mediapart contre-attaque et assigne l’Etat en justice

En voulant perquisitionner les locaux de Mediapart afin de trouver les sources du journal en ligne dans l’affaire Benalla, le pouvoir a directement porté atteinte à la protection des sources d'information des journalistes. Cette ingérence inédite dans une affaire d’État a suscité une réponse intransigeante de la part du journal d’Edwy Plenel. Mediapart va ainsi assigner l’État pour faute lourde.

lundi 25 février

« Nous allons assigner ce qu’on appelle l’agent judiciaire de l’État, c’est-à-dire l’État, en fait le parquet de Paris, pour une faute lourde qui a été commise derrière la tentative inédite, dans la manière donc ça s’est passé dans le cadre judiciaire, de perquisition de Mediapart ». C’est ainsi que Fabrice Arfi, en charge de l’enquête sur l’affaire Benalla pour Mediapart, s’est exprimé sur le plateau de C politique sur France 5 pour dénoncer l’ingérence de l’État dans cette affaire qui n’en finit pas de dévoiler scandales sur scandales au sommet de l’État. En effet, l’affaire Benalla a bien évoluée depuis l’été dernier : de violence policière illégale, elle est passée à une affaire d’État avec les passeports diplomatiques et les relations russes d’Alexandre Benalla. Cette affaire ébranle le pouvoir dans ses fondements d’autant plus que, comme le souligne Fabrice Arfi et les autres journalistes de Mediapart chargés de l’enquête dans le live consacré le 20 février par le journal en ligne, derrière cette affaire il y a en filigrane « une responsabilité, c’est celle d’Emmanuel Macron ».

Le 4 février dernier, le parquet de Paris envoyait trois procureurs et deux policiers dont un commissaire divisionnaire de la brigade criminelle pour perquisitionner le journal, au mépris total de la protection des sources. Comme à chaque fois dans ce genre d’affaire qui met à mal les puissants, les accusations d’« atteinte à la vie privée » et de « détention illicite d’appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d’interception et de télécommunications ou de conversations » sont avancées pour forcer les journalistes à dévoiler leurs sources et pouvoir poursuivre ceux qui ont osé témoigner. C’était déjà le cas lors de l’affaire Bettencourt où les écoutes prouvant l’existence de malversations ont été attaquées pour ses motifs.

Mediapart a révélé des enregistrements entre Alexandre Benalla et Vincent Crase qui se sont tenus en juillet dernier alors que leur contrôle judiciaire leur interdisait de se rencontrer. Fait encore plus accablant, les enregistrements évoquent des destructions de preuves. Ces informations, contrairement à ce que le parquet de Paris affirme, ne sont pas de nature à violer la vie privée de deux hommes. Elles délivrent des faits d’intérêt public dans une affaire d’État. C’est pourquoi, Mediapart compte assigner l’État en justice pour « faute lourde » pour avoir voulu criminaliser ce travail de journaliste. Fabrice Arfi dénonce à ce titre une « une enquête qui a été ouverte sans base légale ». Le journaliste pointe même la collusion entre la justice et l’État en affirmant que « le pouvoir exécutif » est « derrière l’enquête du parquet », confirmant que c’est bien Matignon qui est à la manœuvre dans cette atteinte aux droits les plus élémentaires

Photo : Fabrice Arfi dans le live Mediapart




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