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Politique

« Bons » gendarmes contre « mauvais » policiers ?

Affaire Geneviève Legay : il n’y a pas de « bonne proportion » en termes de répression !

Un rapport caché ressurgit. Un escadron de gendarmerie a refusé de mener la charge de police dont Geneviève Legay a été victime. Qu’il y ait des dissensions au sein des différents corps qui constituent le bras armé de l’État, soit. Mais pour ce qui est de l’équation bons gendarmes contre mauvais policiers / répression proportionnée contre disproportionnée, on repassera.

mercredi 26 juin

Crédits Photo : Sebastien Botella

Un buzz médiatique qui peut semer la confusion

Depuis que l’on vient d’apprendre qu’un rapport de gendarmerie avait été opportunément passé à la trappe dans le traitement judiciaire de l’agression qu’a subie Geneviève Legay, il y a maintenant plusieurs mois, les articles et commentaires fleurissent. Ce rebondissement et le nouveau débat qu’il relance, repose sur un rapport écrit par un commandant, deux jours après que cette militante septuagénaire ait été gravement blessée, lors de l’acte 19 des gilets jaunes à Nice. Le rapporteur y révèle qu’un escadron de gendarmerie a refusé de participer à la charge dont Geneviève a été victime, jugeant les « ordres reçus disproportionnés face à la menace (foule calme) ».

Parmi les commentaires que suscite ce buzz médiatique, les uns soulignent que « des gendarmes ont refusé de charger », les autres que « la police est bien embarrassée ». En la circonstance, les « excès » et les coups tordus de la police (et peut-être de la justice) ont pour effet de mettre en exergue, par opposition, la sagesse et la mesure d’un autre corps de répression de l’Etat, les gendarmes. En d’autres circonstances, ce pourrait être telle compagnie de CRS ou tel escadron de gendarmerie opposé à tel autre.

Mais, même si l’opposition gendarmes /police, qui n’est d’ailleurs pas nouvelle, donne du piquant à l’événement, ce sont en fait les deux faces d’une même médaille ; mettre en avant la mesure des uns ou l’embarras des autres sont deux angles de vue pour un même message dont le sens pourrait être : « certes, il y a des brebis galeuses dans les rangs de l’appareil d’Etat, mais il y a aussi des gens qui font “leur travail “ correctement et avec mesure. » Autrement formulé : « tout n’est pas pourri au royaume des “forces de l’ordre“ et il y a en leur sein des « mauvais » mais aussi des « bons ».

En fait, en matière de violences, la gendarmerie n’a rien à envier à la police. Si la répression policière contre Geneviève Legay a été d’une extrême violence, le corps de gendarmerie n’en est pas plus « mesuré ». Les évacuations de Notre-Dame-des-Landes et de Sivens en attestent, dramatiquement.

Il n’y a pas de répression « proportionnée » des droits démocratiques

On se souvient des versions successives par lesquelles est passé le récit des conditions dans lesquelles Geneviève Legay a été gravement blessée lors de cet acte 19. Militante d’Attac et fervente défenseuse des droits démocratiques, et bien que le lieu de manifestation soit dans un périmètre interdit ce jour-là par la préfecture, elle estimait avoir légitimement le droit d’y être, alors qu’elle s’exprimait légitimement en défense d’une juste cause.

Après de multiples versions éliminant toute responsabilité de la police, il a fini par être établi par différentes preuves et témoignages et par son propre récit qu’elle avait bel et bien été victime de la violente charge conduite par la police. Le rapport de gendarmerie qui est exhumé aujourd’hui est évidemment un élément de preuve supplémentaire du caractère particulièrement violent de cet acte de répression policière. La part que pourrait éventuellement avoir pris la justice dans sa dissimulation ne ferait qu’accentuer la dimension « d’affaire d’Etat » que le dossier prend au fil des jours.

Son avocat s’est d’ailleurs indigné en apprenant l’existence du rapport et a déclaré au Monde : « Soit le procureur n’avait pas connaissance de ce rapport et alors c’est une faute professionnelle, soit il en avait connaissance, mais n’a rien dit et dans ce cas c’est une infraction pénale. »

D’ores et déjà, Geneviève Legay apparaît doublement victime : victime une première fois des violences physiques qu’elle a subie, victime une deuxième fois de l’obstruction qui a été systématiquement faite à l’établissement de la vérité des circonstances de ses blessures au point d’aller jusqu’à la dissimulation de ce qui pourrait valoir de témoignage, voire de preuve, dans le cadre du procès.

Mais elle le serait une troisième fois, si ce jeu trouble autour du rapport de gendarmerie, mené à l’occasion de son procès, servait à dédouaner un corps qui fait partie, à part entière des forces de répression et tout en se glorifiant d’être resté dans « la juste mesure », avoue en même temps qu’il aurait été légitime d’exercer une répression « proportionnée » si la foule s’était montrée un peu plus agitée…

En matière de répression il n’y a pas de « dosage » acceptable. C’est Non, non et non. Dire autre chose serait trahir Geneviève et les autres victimes des Macron, Castaner et autres préfets, policiers et gendarmes.




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